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Upamecano, c’est lui le patron

Par Jérémie Baron, au Hard Rock Stadium de Miami
4' 4 minutes
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Upamecano, c’est lui le patron

Laissé sur le banc pour offrir du temps de jeu aux copains mais obligé d’entrer à la pause pour remettre les choses en ordre, Dayot Upamecano a signé une entrée tonitruante qui a changé le match de l’équipe de France face à l’Angleterre, en vain. Le meilleur Bleu de cette World Cup ?

Terminé, on remballe. Ce samedi à 18 heures – fuseau floridien –, le Mondial français était terminé, les Anglais n’ayant eu besoin que de 46 minutes, pas plus, pour éparpiller ce qu’il restait de cette équipe de France après la foirade de Dallas. Il y avait quatre buts et une classe d’écart entre les deux sélections, et il était temps que ça s’arrête, notamment pour Didier Deschamps, abandonné par ses joueurs alors qu’il bouclait, avec une émotion difficile à dissimuler, quatorze ans d’histoire avec ce banc.

Puis « le coach a fait un discours exceptionnel pour permettre à tout le monde de se reconcentrer » (Aurélien Tchouaméni), et le Bayonnais a surtout eu la bonne idée de taillader un onze que l’on savait remanié, mais que l’on n’aurait pas pensé si cataclysmique. Atone pour la seule opportunité qui lui aura été donnée durant ce Mondial (il y eut les quatorze minutes face à la Norvège, puis rien), Ibrahima Konaté a logiquement pris la porte, Dayot Upamecano est réapparu, et la terre s’est remise à tourner normalement. Les Bleus aussi.

Dayot technologie

On le savait leader de défense, nettoyeur de surface, avaleur d’attaquants. On a aussi découvert que comme Gonçalo Ramos, Ole Gunnar Solskjær ou le grand verre d’eau du robinet ingurgité en rentrant d’une soirée partie en vrille, le Bavarois possédait aussi la carte du supersub. Drôle de concept pour un défenseur central, mais qu’importe : comme depuis la première seconde de cette Coupe du monde, le natif d’Évreux a imposé son audace, sa personnalité, ses yeux globuleux, ses gros sabots, ses 90 kilos et sa lecture du jeu avec et sans ballon, dans une deuxième période qui ressemblait pourtant, sur le papier, à une corvée.

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Puisque certains des joueurs professionnels de haut niveau qui composent cette équipe de France avaient visiblement besoin qu’on les pousse pour se motiver dans un match de Coupe du monde face à l’une des quatre meilleures nations du globe, il a aussi permis à ses coéquipiers de « remettre le bleu de chauffe » (Malo Gusto) et de retrouver « de l’orgueil » (Jules Koundé), ingrédients que l’on n’avait plus vus depuis Philadelphie et la baston paraguayenne.

Le roc a certes profité de la métamorphose, après le changement de côté, de ces rosbeefs logiquement plus portés par la volonté de ne pas encaisser quatre buts que par celle d’en inscrire un cinquième. Mais si les Anglais ont, comme face à l’Argentine trois jours plus tôt, subitement arrêté de jouer à ce sport dont ils revendiquent pourtant la paternité, c’est aussi car plus rien ne passait et que les ballons revenaient dans leurs 30 mètres aussi vite qu’ils en avaient été écartés, tout ça parce qu’un pied, une tête, un genou, une fesse ou une épaule d’Upa était passé(e) par là. On exagère, mais c’est à peu de chose près l’impression que cela donnait depuis les hauteurs du stade de Miami, et sans doute aussi depuis le carré vert.

Le vrai méchant

On avait compris dès le début de deuxième, lorsque le défenseur était allé conquérir deux ballons anodins dans le jeu, mais cruciaux dans le scénario de ce match : sur le premier, Olise a fait parler sa magie, Mbappé sa rage ; sur le second, Rabiot a dévissé. Mais c’est sans doute ici, dans ces quatre minutes de hard rock jouées par les Français (vous l’avez ?), que la rencontre a basculé. Le rêve n’ira pas au bout, c’est vrai : après sa passe décisive pour Dembélé – dans un fauteuil qu’il s’était lui-même installé, toujours dans l’anticipation, puis la projection –, il s’est couché, comme les autres, devant Jude Bellingham.

Devenu cette saison, encore plus qu’auparavant, une référence à son poste, Upamecano a couplé ça d’une Coupe du monde où il aura crevé l’écran, à un poste ingrat où la moindre erreur peut vous faire perdre tout crédit. Les Bleus ont encaissé des buts, même lorsqu’il était sur le terrain – deux samedi, quatre lors des sept rencontres précédentes – et Dayot a lui aussi trempé dans des affaires louches : oui, il est arrivé que le monstre trépasse, comme face à la Norvège, ou l’Espagne, sans évidemment traîner à l’issue de ce parcours les casseroles de Theo Hernández, Lucas Digne, Ibrahima Konaté ou Malo Gusto.

À chaque match ou presque, il aura en tout cas symbolisé, dans un autre registre que ses camarades de devant, une France puissante, « méchante », ambitieuse, parfois même terrifiante, emmenant le regretté William Saliba dans son sillage. « Aujourd’hui, ce qu’on va retenir, c’est la deuxième mi-temps », lâchait innocemment Dayot sur Bein Sports, à l’issue d’une bagarre dont il a disputé… seulement la seconde période. Dans une équipe avec quatre champions d’Europe, un Ballon d’or mais aussi les meilleurs buteur et passeur du tournoi, le vrai indispensable de cette équipe aura donc été – du moins, il y a débat – un défenseur central. Mais ne le dites pas trop fort.

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