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Ces choses qu’on ne pourra jamais enlever à Amorim

Par Mathieu Plasse
6 minutes

Quelques jours après le licenciement d’Enzo Maresca par Chelsea, c’est un autre grand d’Angleterre qui fait le ménage sur son banc. Sixième de Premier League, Manchester United remercie Rúben Amorim au bout d’une petite année. Longtemps pointé du doigt pour ses résultats indignes, l’ancien patron du Sporting n’avait pas apporté que de mauvaises choses à Carrington.

Ces choses qu’on ne pourra jamais enlever à Amorim

1. Faire du neuf avec du vieux

Si Rúben Amorim espérait réussir avec les Red Devils, il fallait impérativement ranimer les cadres de l’effectif. Ceux dont le talent n’était plus à prouver, mais éreintés par les années sous Erik ten Hag. À l’arrivée du Portugais, les places de Harry Maguire et de Casemiro étaient remises en question, sans parler de leur fraîcheur physique. Rien ne semblait indiquer un second souffle, mais les deux finiront par redevenir les bases d’une colonne vertébrale plutôt fiable sur la pelouse d’Old Trafford. Le premier s’est démarqué par des coups de tête mémorables contre l’Olympique lyonnais et Liverpool, quand l’autre a retrouvé une certaine régularité au milieu de terrain. Dans le registre offensif, il ne faut pas non plus oublier les jolies performances de Mason Mount, dont le transfert à 65 millions d’euros semblait tourner à la catastrophe.

S’ensuit l’été 2025, ou après un énième mercato à 225 millions d’euros, Ineos se devait de trouver un peu de liquidités pour ne pas finir dans le rouge. C’est alors que vient l’idée de mettre sur la sellette leur plus grosse valeur marchande : Bruno Fernandes. Un sacrilège, pour le joueur comme pour les supporters. Tout près de l’Arabie saoudite, le meneur de jeu boude, comme souvent. « Il arrive un point où l’argent devient, pour eux, plus important que toi. J’ai senti que si je partais, ce n’était pas si mal pour eux. Cela m’a un peu blessé », racontait-il à Canal 11. Le transfert se serait fait sans l’implication de Rúben Amorim, non loin de le supplier pour rester au Royaume-Uni. Le maître à jouer restera, mais mettra aussi un peu de temps à s’adapter au système de jeu, l’éloignant sensiblement de sa zone de prédilection.

2. Une identité imposée contre vents et marées

Arrivé à l’hiver 2024, l’ancien patron du Sporting souhaitait apporter la même révolution qu’il avait lancée du côté de Lisbonne. Une nouvelle ère passant par une transformation en un 3-4-3 si cher à son cœur. Luke Shaw replacé dans l’axe ou Bruno Fernandes descendant d’un cran sur le terrain, tel était son credo. Cette croyance a longtemps fait débat au sein du vestiaire, peu convaincu par les résultats et ses difficultés d’adaptation face à ce système. Pourtant, comme Jérémy Mathieu le racontait du temps du Sporting : « Il est assez cool dans sa façon d’être, il met tout le monde à l’aise dans le vestiaire et surtout, il ne lâche personne. Ça donne envie de tout donner pour lui et pour l’équipe. » Même au plus bas avec une élimination en League Cup contre Grimsby Town, Amorim ne lâchera jamais un centimètre. Son dogmatisme commençait par payer ces dernières semaines, plus consistantes de par l’apport de Bryan Mbeumo et Matheus Cunha. Il n’y a que les cons qui changent d’avis, finalement.

3. Un super joueur de Subbuteo

Fin août, Manchester United se retrouvait coincé dans le piège du terrible Grimsby Town, actuel douzième de League Two. Alors que les Mariners mènent de deux buts, Rúben Amorim est prostré. Il ne donne plus aucune consigne. Il ne hausse même plus la voix. Le réalisateur le filme alors sur son banc, en train de faire des incantations sur son cahier et ses magnets. Si ce n’était pas ce qu’on lui demandait, on peut relever une grande dextérité au niveau de ses doigts, bougeant ses fusibles comme personne. Coïncidence ou pas, Mbeumo et Harry Maguire arracheront les tirs au but dans le dernier quart d’heure, sans grand succès. Le verra-t-on au Grand Prix de France ?

4. Amad pour un bien

Longtemps gêné par des blessures, des prêts sans lendemain et une affaire de trafic de mineurs, Amad Diallo commençait à perdre espoir. Mis au ban par Ten Hag, l’ailier ivoirien va très vite prendre du volume sous la houlette d’Amorim. Tout ce dont il rêvait depuis plusieurs années. Servant presque comme piston dans cette tactique à trois défenseurs, celui qui détonne avec les Éléphants à la CAN devient très vite un des piliers de l’équipe. Que ce soit pour sa percussion, ses dribbles ou certains buts comme lors du derby de Manchester. Quand la place du Portugais était mise en jeu, le natif d’Abidjan n’était jamais loin pour le faire respirer quelques semaines supplémentaires. Enfin un jeune conforté dans ce contexte chaotique, à l’image d’Ayden Heaven, très convaincant pour pallier les blessures. Le défenseur central formé à Arsenal aura même été élu joueur du mois du côté des Diables rouges. Quand on sait que Rúben Amorim avait été nommé entraîneur du mois d’octobre en Premier League, pas sûr que cela soit bon signe.

5. Une armoire à trophées dépoussiérée, mais pas la sienne

21 mai 2025, San Mamés accueille une triste finale de Ligue Europa. Manchester United, alors seizième de Premier League, affronte Tottenham, qui trône en 17e position. Si la place de Rúben Amorim est remise en question depuis le départ, Ange Postecoglou sait qu’il perdra son poste en cas de défaite. Pris d’un cas de conscience, l’entraîneur des Red Devils se montre solidaire envers son confrère. Dans un match immonde, les Spurs vont finir par l’emporter sur un but miraculeux de Brennan Johnson. Rien n’y changera, pas même la tête étonnamment bonne de Rasmus Højlund, sauvée sur la ligne par Micky van de Ven. Ce premier titre européen ne sauvera pas l’Australien, mais il lui permettra une sortie honorable dans un club qui n’a pas trouvé de recette miracle depuis. Le sens du sacrifice…

6. Celui qui a mené la fronde

Tout bon supporter le sait : Manchester United est dirigé comme un produit marketing depuis une dizaine d’années. Mais au sein du club, peu ont été vraiment loquaces quand à ce qu’il se passait dans l’arrière-cuisine. Rúben Amorim en fait partie. Sa lassitude devait se ressentir, lorsque le board lui a promis un milieu de terrain comme Baleba pour finalement revenir bredouille. Ou encore, lorsque le club dégaine 85 millions d’euros pour Benjamin Šeško, contre l’avis de son propre entraîneur. Un bâtisseur comme Amorim ne peut accepter d’être simple témoin : il veut plus de responsabilités. Ce qui ressemble presque à la norme, quand on connaît les passages de Sir Matt Busby ou Sir Alex Ferguson. En conférence de presse, le Portugais lâchera ces mots qui feront l’effet d’une bombe : « Je suis venu pour être manager, pas entraîneur. » En conséquence, Ineos remerciera son entraîneur. Il y avait des dizaines de moments opportuns pour remercier Amorim au vu de ses résultats, voilà qu’il prend la porte au moment où il critique la hiérarchie. Une victoire à la Pyrrhus.

Un ancien entraîneur de Manchester United pour succéder à Rúben Amorim ?

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