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Carlos Baleba : stronger thing

Par Timothé Crépin
6 minutes

Il ne serait pas surprenant de le voir dans l’équipe type de cette CAN tant ses prestations crèvent l’écran. Milieu de terrain de Brighton et du Cameroun de 22 piges, Carlos Baleba est en train de se faire un nom sur le continent africain et ne devrait plus tarder à débarquer chez un mastodonte de Premier League. Surtout s’il fait mal au Maroc.

Carlos Baleba : stronger thing

2022. Carlos Baleba vient de fêter ses 18 ans et s’apprête à faire le grand saut pour un voyage en Europe jusqu’à Lille. Un gamin plein de potentiel et chargé d’attentes. Le talent camerounais quitte l’École de football des brasseries du Cameroun, à Douala, où il est entré à 13 ans après avoir été repéré lors d’un tournoi organisé par l’académie. Douala, c’est ici où la pépite des Lions indomptables est née et a grandi, dans le quartier d’Akwa, au nord de la ville. Une enfance marquée par la maison familiale qui avait terminé complètement calcinée, épisode qu’il n’a pas oublié, et, évidemment, par le foot. Il débute au Futur Soccer, à Douala. Il est alors ailier droit, mais arrête vite le foot à cause d’une blessure qui l’empêche de marcher normalement. Il reprend finalement, toujours à Douala, du côté de Bepanda et Grand Moulin. Avant, donc, que le numéro 10 de l’époque ne soit repéré par les Brasseries du Cameroun.

De Balepa à Baleba

Mais si le jeune Baleba a vite fait du foot une religion, c’est surtout à cause de son père, Eugène… Balepa. Oui, avec un P. « Je ne sais pas pourquoi, pour mon petit frère et moi, ça a été remplacé par un B », racontait Baleba à son arrivée au LOSC. Le paternel a été footballeur, avec même un essai effectué à l’AS Saint-Étienne à son époque, avant de jouer en Afrique du Sud et au Cameroun. Mais si Balepa n’a pas forcément eu la carrière dont il rêvait, pour son fils, il était en mission. « Depuis tout petit, je suis programmé pour ça, pour devenir professionnel, assurait Carlos Baleba dans une interview sur le site du LOSC. Il y a des choses que mon père me faisait faire qui étaient difficiles, comme porter des charges lourdes ou courir pendant plusieurs heures. Tout le monde lui disait : “C’est encore un enfant, il ne faut pas le faire.” Quand je suis entré à l’académie, il m’a laissé la première année, puis, vu qu’il est entraîneur aux Brasseries du Cameroun, il m’a repris en charge à mes 14 ans en me proposant des programmes de musculation et de courses. »

Il doit savoir qu’il va nager dans les eaux troubles, avec les requins. Il doit être intelligent. La magie, c’est le travail.

Samuel Eto’o

Mais revenons à ce jour de janvier 2022. Dans une petite cérémonie organisée à l’académie, Samuel Eto’o est là en personne. Passé lui aussi par les Brasseries pendant sa formation et désormais président de la Fédération camerounaise de football, l’ancien attaquant du Barça ou de l’Inter, avec son style bien à lui, prévient Carlos Baleba : « Il a un cahier vierge, il doit écrire son histoire. Il doit savoir qu’il va nager dans les eaux troubles, avec les requins. Il doit être intelligent. La magie, c’est le travail. » En s’adressant directement au futur joueur de la sélection camerounaise (première sélection en juin 2024) : « Aime le travail. Pour le travail, surtout celui que les autres ne voient pas. » Le ton est donné.

Double salto, danse sur Snapchat et coups de poing

À l’époque, Lille accueille Baleba après avoir battu une concurrence XXL face à Nice, Rennes, Lyon ou l’Atalanta, également sur le coup. Baleba voyage hors du Cameroun pour la première fois de sa vie. Celui qui adore Paul Pogba, Kevin De Bruyne et Thiago Alcántara n’a besoin que de six mois pour faire sa première entrée en Ligue 1, lui qui est d’abord utilisé en réserve, en National 3, pour s’acclimater. Il remplace Angel Gomes face à Auxerre (4-1), en ouverture de la saison 2022-2023. Ça va très vite. Pour Simon Ramet, son ancien coéquipier en réserve, rien de bien surprenant. « Je me souviens d’un mec hyperrespectueux, drôle, plein de joie de vivre, il s’est tout de suite intégré au groupe, explique-t-il. Ce qui m’a marqué, dès son arrivée, c’est son côté surpuissant. En N3, il était capable de traverser le terrain balle au pied. Il était au-dessus. Il lui a fallu juste un laps de temps pour s’adapter au foot européen, car il mettait tellement d’impact, qu’il prenait trop de cartons. Par la suite, les coachs ont réussi à le canaliser et il est très vite monté avec les pros. » Adrien Tarascon, aujourd’hui adjoint de Paulo Fonseca à l’OL, chargé du développement individuel, a par exemple pu l’aider énormément, avec une analyse poussée de ses matchs.

Mais Simon Ramet découvre surtout un jeune gars qui croque dans ce qui lui arrive : « Il est hyperattachant, il ne se prend pas la tête et est un peu foufou. Je me souviens d’un match de N3, contre Compiègne. Un de nos coéquipiers marque, je pars célébrer et là je vois un mec passer devant moi faire un double salto. C’était Carlos. Il n’était même pas impliqué sur le but. Là, je me suis dit : “Ce mec est fou.” » Revenu en France cet hiver, au FC Nantes, après une expérience bien mitigée à l’Olympiakos, en Grèce, Rémy Cabella s’était attaché au jeune Baleba au LOSC. « Dans un vestiaire, Carlos est très réservé, confie Cabella. Après, il va nous faire ses fameuses danses sur Snapchat… Mais sur le terrain, c’est une pierre ! Il a une qualité de démarrage incroyable. À l’entraînement, il passait entre deux joueurs avec sa puissance. Parfois, quand il ratait une passe, il mettait des coups de poing au sol et criait “Carlos !” Puis, deux secondes après, il retournait se placer en vitesse. »

L’homme qui valait 123 millions d’euros

Carlos Baleba joue à peine 500 minutes en Ligue 1 avec le LOSC et voit Brighton aligner quasiment 30 millions d’euros en fin de mercato d’été 2023. Chez les Seagulls, Baleba est monté crescendo dans la performance et la régularité, notamment au cours d’une saison 2024-2025 de référence à haut niveau (34 matchs de Premier League, avec même trois buts et une passe décisive). Si un départ a longtemps été évoqué, Manchester United n’a jamais su sauter le pas et aligner les… 123 millions d’euros demandés par Brighton pour le libérer lors du dernier mercato estival. On aurait bien envie de parier sur une folie d’une des grosses cylindrées de Premier League pour l’arracher à son club d’ici la fin du mois de janvier…

C’est le meilleur milieu de terrain de la CAN actuellement.

Malcom Bokele

Car ce que Baleba montre avec l’étonnant Cameroun de David Pagou, qui affronte le Maroc ce vendredi soir pour une place dans le dernier carré de la Coupe d’Afrique des nations, est tout bonnement exceptionnel. « C’est monstrueux, applaudit Rémy Cabella. Il devient plus fort et plus intelligent dans le jeu. » Coéquipier à plusieurs reprises avec les Lions indomptables, Malcom Bokele, ancien joueur des Girondins de Bordeaux, non retenu pour la CAN marocaine, abonde : « Il a des qualités de fou ! Un profil de fou ! Il court vite, il est technique, il a les deux pieds, il est costaud, il peut récupérer des ballons, gagner du terrain avec. Il est complet. Très, très complet. Demain, ça ne me choquerait pas de le voir dans les plus grands clubs du monde ! » Avant, c’est le Maroc. Peut-être le plus grand défi de sa jeune carrière jusqu’ici. Bokele conclut : « C’est le meilleur milieu de terrain de la CAN actuellement. C’est impressionnant. Même si le voir à ce niveau-là ne me choque pas du tout. »

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Par Timothé Crépin

Tous propos recueillis par TC, sauf mentions.

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