- Angleterre
Pourquoi la longue touche est-elle devenue à la mode en Premier League ?
Depuis le début de la saison, la longue touche terrifie les défenses de Premier League. Passé aux oubliettes pendant quelques années, ce geste peu sexy revient à la mode. De quoi susciter des interrogations sur l’ingéniosité tactique des équipes du soi-disant meilleur championnat du monde.
Bath, Bristol, Exeter, Gloucester, Harlequins, Leicester, Newcastle, Northampton, Sale, Saracens. Fabrizio Romano n’a pas encore lâché son « here we go », mais les talonneurs de ces dix équipes du championnat anglais de rugby pourraient bientôt recevoir une proposition de contrat d’un club de Premier League pour envoyer des touches de 20 mètres sur les pelouses de l’Emirates, de Villa Park ou encore du Stadium of Light. Popularisées par le célèbre Stoke City de Tony Pulis et de Rory Delap à la fin des années 2000, les patates chaudes balancées depuis les lignes de touche cuisinent à nouveau les défenses de Premier League cette saison.
La Premier League touch
Dans le meilleur championnat du monde autoproclamé, les joueurs aussi musclés que Daniel Craig ont le vent en poupe. Comme James Bond à son prime, plus de quatre missiles en direction de la surface adverse sont lancés par match depuis le début du cru 2025-2026, à des années-lumière de notre agréable Ligue 1 et sa seule gâchette par rencontre. Autre statistique : les grosses paluches de PL ont envoyé 455 touches longues, soit 77% du total de la saison précédente, alors qu’on joue seulement la douzième journée ce week-end.
On y travaille et on y fait attention. J’ai le sentiment que si on joue bien, on concédera moins de corners et moins de touches.
🚀 Kayode's throw 👤 Ajer's flick 🎯 @DangoOuattara on the finish Our opener tonight 🙌 pic.twitter.com/14UQVQnsqY
— Brentford FC (@BrentfordFC) October 25, 2025
Outre-Manche, les vedettes s’appellent maintenant Michael Kayode de Brentford, Antoine Semenyo du très fringant Bournemouth, Jefferson Lerma de Crystal Palace, Jurriën Timber d’Arsenal ou encore Kevin Danso de Tottenham. Ces deux derniers exemples prouvent que la longue touche n’est plus réservée aux équipes de bas de tableau comme à l’époque de Stoke City. Désormais, ce geste est aussi martelé par les gros poissons engagés dans la course au titre. Signe d’une Premier League au ralenti dans ses variations tactiques.
Destruction créatrice
Cette tendance met en lumière une sombre réalité : les meilleures équipes du cru 2025-2026 ne sont pas du tout inspirées dans la construction du jeu. Certes, la saison est loin d’avoir rendu son verdict, et de nombreuses formations sont encore en rodage à cause de leurs achats exhaustifs à l’intersaison. Néanmoins, en multipliant les longues touches, elles montrent leur incapacité à se créer des occasions franches sans cette innovation du moment. Et ce, dans un championnat où les plus fins tacticiens du globe se sont installés ces dernières années…
C’est devenu un effet de mode. Arsenal, Newcastle, Liverpool. Comme d’autres équipes, ils s’obstinent à jouer des longues touches sans disposer des qualités nécessaires.
De plus, la longue touche n’est pas un jeu, mais un art à part entière. Un outil tactique à employer parce qu’on a appris à le maîtriser et non pas parce que les adversaires l’utilisent. Thomas Grønnemark, spécialiste et seul coach des touches de cette Terre qui, ces dernières années, a travaillé avec les staffs de Liverpool, du Borussia Dortmund, de Toulouse, de l’Ajax et évidemment de Brentford, a remarqué que beaucoup d’équipes copiaient les Bees ces dernières semaines. Quitte à faire n’importe quoi. « C’est devenu un effet de mode. Arsenal, Newcastle, Liverpool. Comme d’autres équipes, ils s’obstinent à jouer des longues touches sans disposer des qualités nécessaires, observe-t-il. Résultat : le football devient ennuyeux pour les spectateurs et la longue touche est contre-productive, notamment car elle peut provoquer davantage de contre-attaques pour l’équipe adverse. »
Interrogé sur le sujet chez Sky Sports, le consultant star en Angleterre Jamie Carragher critique aussi l’abus des longues touches des cadors du championnat : « Je peux comprendre pour les équipes du bas de tableau. Mais avec de tels effectifs, Liverpool, Manchester City ou Arsenal doivent exploiter d’autres aspects du jeu. En tant qu’amoureux du football, j’ai l’impression que c’est un retour en arrière. » Malgré ces critiques légitimes, tant l’usage excessif d’un geste à la main est paradoxal dans un sport qui se joue au pied, la longue touche reste une arme de destruction massive. Du moins quand elle est travaillée avec méthode et exigence, et non lorsqu’elle est répétée sans convictions.
Apporter sa touche tactique
Oui, la longue touche ne séduit pas les amoureux du beautiful game. N’empêche qu’elle demeure diablement efficace, ce qui pousse les clubs à investir dans cet aspect du jeu. « J’ai travaillé trois ans avec Brentford, et la saison dernière, ils étaient premiers non seulement au niveau des buts, mais aussi en XG sur les touches, ajoute Grønnemark qui ne collabore avec aucun club de PL cette saison. Je pense que l’ensemble des clubs ont compris que maîtriser la touche était un gain marginal. Preuve en est, une équipe en a en moyenne 40 par match, ce qui peut directement influencer le résultat. »

Comme avec l’essor des entraîneurs spécialistes des coups de pied arrêtés ces dernières saisons, les longues touches commencent à être optimisées à outrance par les staffs techniques, toujours plus élargis en Premier League. « Certains organisent une séance par semaine dès le début de la saison. Ils ont raison parce que si on s’y met en plein milieu du championnat, ça ne sert à rien », insiste le Danois. Sa recette pour progresser dans le domaine : former un lanceur de haut niveau, avoir des excellents joueurs de tête dans l’effectif, développer une stratégie intelligente et utiliser les datas.
D’ailleurs, ces fameuses datas contribuent à légitimer la longue touche. Sur le plateau de Sky Sport, l’ancien entraîneur de Bournemouth et de Wolverhampton Gary O’Neil a indiqué avoir échangé avec plusieurs spécialistes pendant sa période de chômage : « Tous m’ont confirmé cette analyse : les datas montrent que le pourcentage de buts est nettement plus élevé lorsqu’on joue une longue touche plutôt qu’une courte. » En dépit de cette statistique implacable, quelques exceptions du championnat anglais échappent encore à la règle. À l’instar du Chelsea d’Enzo Maresca avouant « qu’à l’heure actuelle, nous ne comptons pas jouer des longues touches, mais nous les utiliserons probablement un jour ». Pour la beauté du jeu, espérons que ce jour n’arrive jamais.
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