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À la FIFA, le Roi Gianni ne se meurt pas

Par Nicolas Kssis-Martov
4' 4 minutes
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À la FIFA, le Roi Gianni ne se meurt pas

Gianni Infantino vient de subir le premier grand revers de sa présidence avec l’abandon forcé de son projet de société commerciale, la FIFA Forward Enterprise (FFE). Pourtant, loin de le conduire à jeter l’éponge, l’homme s’accroche à son poste, et à ses revenus, convaincu que le temps et l’inertie du système jouent en sa faveur.

« Ma propre morale. Mon propre jugement. C’est la seule chose qui puisse m’arrêter. » Voilà ce qu’avait déclaré Donald Trump, le maître à penser et à agir de Gianni Infantino (même s’il ne lui répond plus au téléphone, semble-t-il). Le président de la FIFA a pourtant connu son petit « Détroit d’Ormuz », avec le retrait en catastrophe de la perspective d’une société commerciale (FFE), dont il aurait été, évidemment, le commissionnaire fort bien payé, y compris après la fin de son possible prochain et dernier mandat. Rien qui puisse malgré tout le contraindre à rendre les armes. Comme l’expliquait si bien Régis Debray : « Le désir du pouvoir – ce que j’appelle la libido dominandi –, c’est le continent noir, comme l’était la sexualité avant Freud, et je crois qu’il faut enfreindre un certain nombre de tabous, de pudeurs ou de stéréotypes. »

L’Italo-Suisse s’était précipité : trop vite, trop directif, trop transparent, finalement, sur ses intentions. Il rêvait de garder les clés du coffre-fort même une fois son poste actuel quitté, et, en même temps, de s’élever au niveau de ses collègues américains, par exemple Roger Goodell, big boss de la NFL, dont les émoluments dépassent les 60 millions de dollars annuels (contre 6 millions pour le « pauvre » Gianni). Effet pervers de sa vision strictement capitaliste du foot, l’UEFA lui a rappelé que le cœur économique du ballon rond continuait de battre sur le Vieux Continent et que, sans lui, la construction de sa FFE s’effondrait ipso facto.

Retour au plan de jeu initial

Gianni Infantino est donc revenu à ses fondamentaux : les coulisses, les arrière-salles, les jeux de l’ombre (promettre au Maroc la finale de la Coupe du monde 2030, par exemple), bref davantage dans la peau d’un personnage de Succession qu’en héros tragique de l’Odyssée, même sauce Nolan. Le temps est son principal allié et une réélection en 2027 lui offrirait largement le temps de remettre sur les rails, plus subtilement et en douce, une nouvelle mouture de la société commerciale.

Des excuses ont été présentées pour ces erreurs, assorties d’un engagement à veiller à ce qu’elles ne se reproduisent plus.

Gianni Infantino

Premier contre-feu et première victoire : il a rassemblé au Maroc la direction de la FIFA, en l’absence du Français Kevin Lamour, numéro 3 de l’instance, ou d’Arsène Wenger, mais en présence de Mattias Grafström, secrétaire général, qui a apparemment ravalé ses critiques initiales. Avec pour conclure cette réunion en urgence un communiqué qui signe une reprise en main, du moins au sein de ce petit gouvernement mondial du foot : « Les membres du Conseil de direction de la FIFA présents ont réaffirmé leur plein soutien au président de la FIFA, Gianni Infantino, en tant que seul responsable élu par les 211 associations membres de la FIFA. » Le président en exercice a même réussi l’exploit de faire endosser à cette assemblée ad hoc, face aux 211 fédérations, la faute d’une aventure dans laquelle il s’était presque lancé seul, ou tout du moins sans consulter ses pairs : « Des excuses ont été présentées pour ces erreurs, assorties d’un engagement à veiller à ce qu’elles ne se reproduisent plus. »

Les copains d’abord

Dans le même temps, Infantino a commencé à compter ses soutiens. L’Argentine, qui sait être reconnaissante, en premier : « Au nom de l’Association du football argentin (AFA) et de son Comité exécutif, nous nous adressons à vous, cher Président – et, par votre honorable intermédiaire, à la direction de la FIFA – pour exprimer notre soutien à la gestion menée au cours des dix dernières années, laquelle a eu pour axes majeurs le développement du football à travers le monde et la solidité institutionnelle fondée sur un modèle de gouvernance clair, stable et transparent. » Ensuite, la Confédération africaine de football (CAF), qui a « réaffirmé à l’unanimité son soutien » au président de la FIFA,  toujours alléchée par les promesses de millions. Quand viendra l’heure du décompte avant le congrès, Gianni Infantino a de quoi être d’ores et déjà rassuré.

L’UEFA a bien compris la manœuvre, en maintenant sa menace de boycott du Mondial (son arme de dissuasion massive) et en exigeant la garantie que « d’autres tentatives visant à défigurer le jeu ne seront plus jamais faites ». Aleksander Čeferin se méfie d’un personnage qu’il soupçonne, à raison, d’avoir encouragé, ou sinon accompagné, l’avènement de la Superligue afin de saper l’autorité et le pouvoir de nuisance de la principale opposition au sein de la FIFA. Gianni Infantino ne démissionnera certainement pas. Le communiqué de la FIFA a rappelé au passage qu’aucune faute ou infraction n’avait été commise et que « tout ce qui a été fait l’a été dans le strict respect du cadre réglementaire de la FIFA ». Le précédent de Sepp Blatter et Michel Platini ne fera pas jurisprudence. Gianni Infantino n’a toujours pas reçu le carton rouge que certains lui prédisaient : Gianni Infantino ne perd jamais ?

« Il est la honte du football » : des salariés de la FIFA dézinguent Gianni Infantino

Par Nicolas Kssis-Martov

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