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Natacha Polony : « Ne pas utiliser le football pour acheter la paix sociale »

Ne vous fiez pas aux apparences : journaliste et chroniqueuse politique, Natacha Polony aime le ballon et les beaux gestes. Liste de Deschamps, Benzema, Coupe du monde 1990 et géopolitique, l’éditorialiste livre, sans prétention, son regard sur le football d'aujourd'hui.

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La première Coupe du monde que vous avez suivie est celle de 1990.
Allez savoir pourquoi. En 1990, j’avais 15 ans. Ça me titillait, m’intéressait. L’équipe de France n’était pas là. C’était donc assez confortable, j’ai juste regardé pour la beauté du jeu. J’étais en seconde à l’époque, et n’avais pas grand-chose à faire de mes mois de juin et juillet. Je me suis mise à regarder un nombre incalculable de matchs. L’Italie de Totò Schillaci, fabuleux, meilleur joueur de cette Coupe du monde. Zenga ne s’est pas pris un seul but jusqu’en demi-finales si je me souviens bien. Et puis, il y avait aussi l’équipe allemande, bien huilée, avec Rudy Völler, le capitaine Lothar Matthäus. C’était du lourd, il y avait du beau joueur ! Je me rappelle avoir suivi la demi-finale Allemagne-Angleterre dans un ferry qui m’amenait en Angleterre. Il y a eu un effondrement des Anglais, c’était un bon moment.

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Le foot chez vous, c'est une histoire de famille ?
Pas du tout. Je suis la seule de ma famille à regarder le foot. J’ai commencé, puis petit à petit j’ai compris les règles et surtout qu’il pouvait y avoir de très beaux gestes, des instants de magie, presque hors du temps. Évidemment, l’un des plus grands auteurs à traiter du sujet, c’est Eduardo Galeano : « Le joueur ne pousse pas la balle devant lui, il a la balle en lui. » Le football peut procurer des moments de pur plaisir.

Quel joueur symbolise cela à vos yeux ?
Ce n’est pas très original, mais j’ai des souvenirs de Zidane en 1998 de cet ordre-là. Le ballon glissait le long de son pied, avait parfois l’air de se mouvoir, comme attaché et à la fois prêt à s’en détacher. C’est ça un beau geste. J’ai d’autres souvenirs plus anecdotiques. J’ai beaucoup suivi Lyon pendant sa grande période. C’était autre chose. D’ailleurs, on ne regarde pas de la même manière une Coupe du monde et des matchs de championnat.


Pourquoi ?
Peut-être parce que je n’ai pas d’équipe fétiche en championnat. Je fais évidemment partie de la génération qui se souvient de l’OM en 1993. Tout le monde adorait l’OM, comme il y en a eu une autre qui aimait Saint-Étienne, mais par la suite, je me suis intéressée à toutes les équipes. J’ai des souvenirs de matchs de Monaco, de Lyon qui étaient excellent. Je suis à la recherche du beau jeu. Durant la dernière Coupe du monde, le match Chili-Brésil était magnifique. J’étais effondrée de voir les Chiliens perdre alors qu’ils méritaient de gagner. Objectivement, ils avaient fait un super match, c’était splendide. Je peux m’accrocher à un match et me dire : « Là, c’est beau ! Il y a ce que j’aime » , et puis à côté de ça, ça peut être parfois d’un ennui profond avec une équipe qui ne risque pas, qui ne cherche pas. Tout le problème est d’arriver à défendre ce football du beau geste, de la prise de risque, un football presque chevaleresque. Mais c’est con à dire parce que ce n’est évidemment pas quand il y a plusieurs millions en jeu qu’on va pratiquer un football chevaleresque, mais de temps en temps il existe encore.

Faut-il mettre son cerveau, ses valeurs en off pour l’apprécier ?
Non, on peut avoir parfaitement conscience des enjeux financiers qui faussent le championnat français. Le déséquilibre est tel que ça ne colle plus. Mais on ne retirera jamais le génie de Neymar sous
« La façon dont l’Arabie saoudite est en train, discrètement, de mettre un pied dans la FIFA, la manière dont ils ont piraté les décodeurs de beIN Sports... C’est de la géopolitique, le foot. »
prétexte qu’il vaut des millions. En revanche, il faut être attentif, ne pas occulter la dimension financière. La façon dont l’Arabie saoudite est en train discrètement, de mettre un pied dans la FIFA, la manière dont ils ont piraté les décodeurs de beIN Sports... C’est de la géopolitique, le foot. Si les États-Unis et l’Arabie saoudite se mettent à se positionner sur le foot pour contrer la Chine, je me demande ce qui va rester à l’Amérique latine, à l’Afrique. Le football est victime, comme l’ensemble des productions humaines, de libéralisation et de la dérégulation. Ce n’est pas une fatalité, mais des choix politiques. Ça n’a rien d’une fatalité.

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Comment apprécier le football sans être complice de ses dérives ?
C’est compliqué, je ne sais pas. On est complice de beaucoup de dérives : financières, d’un système qui va choper des jeunes dans des pays d’Afrique qui les prend et les jette quand il n’en a plus besoin. C’est absolument dégueulasse. Difficile à dire parce que dès qu’on regarde un match, on engendre des profits pour des gens... Faut-il boycotter le football pour ça ? C’est une question extrêmement complexe. J’avoue ne pas savoir. Je pense qu’on peut clamer son amour du football tout en dénonçant toutes ces dérives. Faire des articles, informer, c’est le minimum qu’on peut faire.


Vous avez organisé une table ronde dans une de vos émissions en titrant : « Footballeurs, une génération d’irresponsables » . N'est-ce pas un peu provocateur ?
Il y a quand même une évolution dans le profil des joueurs, dans la façon dont ils vivent leur sport,
« Il y a certainement eu, à un moment donné, une dérive avec des enfants gâtés, irresponsables qui n’avaient aucune conscience de la beauté de ce sport. »
leur engagement. Il y a certainement eu, à un moment donné, une dérive avec des enfants gâtés, irresponsables qui n’avaient aucune conscience de la beauté de ce sport. Sans doute parce qu’ils ont été pris très jeunes et qu’on a fabriqué des machines pour entrer dans ce système. On les plante là, on leur file un pognon fou et on les laisse dériver. Personne ne s’occupe de prendre en charge ces jeunes gens pour leur éviter toutes les dérives qu’il peut y avoir quand on est balancé à 18, 19 ans avec de l’argent et de la facilité. On a eu une génération qui a même perdu le sens de ce qu’était une équipe, un collectif. Je ne suis pas suffisamment spécialiste pour dire si c’est différent aujourd’hui, mais j’en ai quand même l’impression. La génération qui va participer à la Coupe du monde ne me semble plus tout à fait la même.

Pourquoi ?
Peut-être qu’on a compris certaines choses. Didier Deschamps a refusé de sélectionner certains joueurs pourtant excellents en club, je pense évidemment à Benzema, on peut débattre, ne pas être d’accord, mais il a choisi de privilégier la notion d’équipe. Je crois qu’il a fait comprendre que, certes, il y a des génies, des talents extraordinaires, mais que l’équipe passe en premier. Laisser des « ego sur pattes » jouer sur un terrain, ça ne donne pas des résultats formidables. Ça peut fonctionner en club, car l’organisation est différente, mais en équipe nationale, ce n’est pas comme ça que ça se joue.


Ne pensez-vous pas que c’est également pour maintenir une sorte de paix sociale ?
Ça va un peu avec. Un joueur comme Benzema a concentré sur lui certaines réactions épidermiques, mais il a tout même pris des positions, a eu une attitude qui montrait qu’il n’a pas suffisamment compris ce qu’était un collectif. En Afrique du Sud, les joueurs ont complètement oublié qu’ils incarnaient
« Il faut que les entraîneurs, les encadrant à toutes les différentes échelles du foot soient conscients du rôle essentiel de cohésion sociale et nationale. »
quelque chose. Je veux bien qu’on m’explique qu’ils n’ont pas à être des porte-drapeaux, mais si. Regardez le scandale qu’il y a eu avec les deux Allemands Özil et Gündoğan qui se sont affichés en photo avec Erdoğan en portant un maillot sur lequel était inscrit : « Respect pour mon président » . Non, ils n’ont pas à faire ça. Ils sont en équipe d’Allemagne et sont allemands. Ne pas avoir le minimum de conscience de ce que ça signifie, c’est franchement dommage. On demande ça à n’importe quelle personnalité publique, c’est également le devoir des footballeurs. Ils portent les espoirs d’enfants qui se reconnaissent dans un maillot, une nation, ça fait partie de ce qui les porte et les fait connaître. Ce sont des internationaux et ils sont des ambassadeurs d’un pays. Il faut que les entraîneurs, les encadrant à toutes les différentes échelles du foot soient conscients du rôle essentiel de cohésion sociale et nationale. C’est une façon d’appartenir à la nation que de participer à toute cette activité populaire quotidienne. Ils doivent en avoir conscience pour le transmettre aux joueurs et aux enfants parce que ça commence très tôt. Les encadrants doivent prendre conscience de leur immense responsabilité.


Certains dénoncent le « deux poids, deux mesures » en prenant l’exemple des politiques. En cas d’erreur, ils peuvent, la plupart du temps, continuer d’occuper certaines fonctions, alors que Benzema, joueur de foot, est définitivement exclu.
C’est vrai, mais Benzema n’est pas exclu à vie.

Il y a une telle pression sociale, c’est devenu un tel symbole que ce serait assez étonnant...
Mais pas forcément. C’est aussi une affaire de posture. Quand Deschamps se fait traiter de raciste, c’est grave. C’est un stigmate terrible. En plus, ça a eu des conséquences. Il a eu des tags sur sa maison... Benzema aurait pu avoir un mot d’excuse ou quelque chose. Un truc pour dire : « J’ai compris, les mots ont peut-être dépassé ma pensée, on peut peut-être s’entendre. » C’est quand même normal. Il y a une demande de contrition sans doute exagérée dans notre société, mais de temps en temps, ça ne fait pas de mal. Une petite phrase, une façon de montrer que l’essentiel, c’est le football, et l’équipe de France aurait peut-être changé quelque chose. Je n’ai pas l’impression que ça lui a même traversé l’esprit et c’est peut-être le problème.

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Le football est-il le dernier moyen d’exprimer son patriotisme de manière pacifique en France ?
Non, je ne crois pas, mais on a considéré pendant longtemps que c’était le seul domaine où on avait le droit d’être patriote, en effet. Et encore, on en a entendu sur le chauvinisme autour des matchs de foot, mais c’était tout de même toléré. Tout le reste était voué aux gémonies, donc c’était le seul endroit où on avait le droit de brandir un drapeau, mais ça a changé. Il y a désormais plusieurs manières de parler de ce qui nous rassemble, mais il faut le faire sans se tromper, ni passer à côté
« Tout d’un coup, une nation et tous les individus qui la composent se retrouvaient derrière une équipe en dépassant les différences et en se souvenant que nous étions tous français. On s’est demandé ensuite si c’était une vérité ou un leurre, je pense que c’était les deux à la fois. »
des réalités. J’ai été très frappée par la période 1998-2001. 1998, Coupe du monde, ferveur nationale extraordinaire autour de la France black-blanc-beur. Tout d’un coup, une nation et tous les individus qui la composent se retrouvaient derrière une équipe en dépassant les différences et en se souvenant que nous étions tous français. On s’est demandé ensuite si c’était une vérité ou un leurre, je pense que c’était les deux à la fois. On en a fait beaucoup trop, mais pourtant ça nous racontait quand même à quel point il y avait une aspiration à la cohésion nationale.



Ça s’est abîmé en octobre 2001 lors du match France-Algérie. Il y avait tous les ingrédients pour que ça se passe mal. J’ai beaucoup discuté avec des profs de banlieue qui me disaient : « On a voulu acheter la paix sociale, on voyait les travailleurs sociaux distribuer les places pour le match aux caïds pour essayer de les acheter et dire : "Vous voyez on s’occupe de vous" plutôt que de les donner aux élèves méritants qui se comportent bien et les récompenser.  » Ils m’ont tous dit : « Il est arrivé ce qui devait arriver. » On a pris ceux qui étaient en révolte, en détestation, et tout d’un coup, le regard que les Français portaient sur le football s’est abîmé. Une grande partie des gens se sont dit : « On s’est trompés, cette France black-blanc-beurre n’existe pas. » C’est vrai que ça a été d’une violence terrible. On voyait des gens qui venaient avec leur drapeau bleu blanc rouge, toujours avec cette ferveur, et à côté de ça, des jeunes gens venaient avec le drapeau algérien et des regards de revanche. Ça s’est traduit par la Marseillaise sifflée, Lionel Jospin incapable de réagir, dépassé, au lieu de reprendre les choses en main et dire : « Ça, ce n’est pas la France, la France c’est être tous ensemble et on la soutient parce qu’on est tous français » . Il en a été incapable parce qu’il était lui-même l’héritier d’une idéologie différencialiste, incapable de répondre aux conséquences de tout ça. Ça ne veut pas dire que cette idée de cohésion nationale ait disparu. Au contraire, je pense que cette aspiration existe toujours et qu’elle ne demande qu’à renaître, mais il faut tenir un discours extrêmement clair. Ne pas utiliser le football pour acheter la paix sociale et faire plaisir aux gens, mais en faire un des éléments parmi tant d’autres, nous permettant de nous souvenir que nous avons un destin commun.

Propos recueillis par Flavien Bories
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