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Juanfran, plus Matelassier que jamais

Ses larmes ont déchiré le cœur et arraché les pleurs de tous les supporters Rojiblancos. Tireur malheureux face au Real qui l’a formé, Juanfran a pourtant apporté plus de bonheur que de malheur à l'Atlético qui l’a adopté. À tel point qu’il en est l’un des étendards.

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« Je n’ai tiré que deux penaltys dans ma carrière professionnelle. » Juanfran, dernier tireur décisif face au Bayer Leverkusen, n’en revient toujours pas d’avoir qualifié son Atlético en quarts de finale de la Ligue des champions. Un étonnement qui se lit sur son visage, ébahi par un tel exploit et lessivé par une telle pression, et qu’il explique une fois arrivé en zone mixte du Vicente-Calderón : « Avant de tirer, tu sens tes nerfs et tu as un peu peur, mais c’est bien d’avoir peur, cela fait sortir le meilleur qu’il y a en toi. Je suis toujours quelqu’un de positif et je savais que j’allais marquer. Il faut avoir de l’envie et du cœur dans le football comme dans la vie. » Mi-philosophique, mi-thérapeutique, ce discours repasse en boucle dans la tête du natif de Crevillente depuis ce fatidique samedi 28 mai. Car de positivisme, il n’y en a plus dans ses yeux bouffis par les larmes de son échec, là aussi décisif, face au montant droit de Keylor Navas. Symbole de ce beautiful loser qu’est l’Atlético, il raconte par bien des aspects l’identité prononcée de Mățelassiers qui, même dans la douleur, crient leur amour pour Juanfran.

Des prémices merengues aux préceptes du Cholo


De mémoire de Madridistas, rares sont les générations de leur Fabrica si imposante. Entre les Arbeloa, De la Red, Soldado, Ruben, Mejía et autres Valdo, un jeune de la région d’Alicante, petit fils du joueur de l’Hercules Vicenç Torres, galère à faire son nid. En deux saisons blanches, il ne connaît ainsi que onze maigres apparitions avec une équipe première peuplée par les Galacticos première édition de Florentino Pérez. Avec sa dégaine de serveur d’une cerveceria perdue au milieu de la pampa d’Estrémadure, sa calvitie avancée malgré son jeune âge, Juanfran n’est pas assez clinquant. Et, à l’instar de nombreuses pousses merengues, se retrouve contraint à l’exil. La destination de l’Espanyol Barcelone, club qui fait du recyclage des canteranos et ailiers madrilènes son gagne-pain (Callejón, Lucas Vázquez…). Car loin du latéral droit complet qu’il est devenu, il effectue toute sa formation et son début de carrière un cran plus haut, au poste d’ailier : « J’ai dû faire un master de défense en trois mois avec l’arrivée de Simeone » , plaisante-t-il au País. Un rôle offensif qui plaît à Osasuna, club qui s’attache ses services à l’été 2006.


À Pampelune, il découvre un employeur qui, plus dans le combat, plus dans l’humilité, sied à son pied. Rapidement indéboulonnable du onze des Gorritxoak, il y apprend le goût du sacrifice et l’esprit de rébellion. Des qualités qui plaisent à l’Atlético de Madrid. Si bien qu’en janvier 2011, deux jours après l’avoir recruté contre un peu plus de 4 millions d’euros, les Colchoneros l’alignent d’emblée en quarts de finale de Copa del Rey face à son club formateur. Ce même Real Madrid, il l’a d’ailleurs mis à terre quelques mois plus tôt, lors de la dernière journée de Liga, en offrant d’un but le maintien à Osasuna - « Grâce à toi, nous aurons du travail la saison prochaine » , diront certains employés de Navarre en guise de remerciement. La schizophrénie de l’Atlético, Juanfran la côtoie un an durant, jusqu’à l’arrivée en décembre de la même année de Diego Simeone, « l’entraîneur qui a changé [sa] vie » . En l’espace de quelques semaines, le Cholo fait de cet ailier de formation un formidable latéral droit, capable de défendre sur n’importe quel vis-à-vis et insatiable contre-attaquant, pendant de son homologue gaucher Filipe Luís.

Adelardo : « Qu’il arrête de me vouvoyer »


De toutes les batailles avec l’Atlético de Madrid, Juanfran connaît une progression parallèle à celle de son nouveau club de cœur. Une expression loin d’être usurpée, en atteste son implication dans l’association des vétérans rojiblancos, comme son rôle prépondérant dans la nouvelle stabilité de l’institution des bords du Manzanares. Ainsi que le résume Vicente del Bosque, qui fait de lui un international avec la Roja en mai 2012, « Juanfran a gagné tout ce qu’il arrive grâce à ses seuls mérites » . Son sens du sacrifice, de l’honneur et du passé fait de lui le chouchou des anciens du club, à l’image d’Adelardo Rodríguez, joueur le plus capé de l’histoire rojiblanca, qui le bénit dans El Pais : « Juan est de la trempe des Rivilla, Calleja, Aguilera (mythiques Colchoneros, ndlr), qui ont tous été de bons ailiers avant d’être d’extraordinaires latéraux. C’est un joueur à l’ancienne, qui pourrait très bien s’asseoir avec nous pour jouer au mus (un poker version basque, ndlr). Il n’y a qu’une chose qu’il doit arrêter, c’est de me vouvoyer. » Un gage de respect de la part d’un mythe de l’Atlético qui, malgré un penalty raté, ne lui en tiendra jamais rigueur.

Par Robin Delorme
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