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Wenger, le peuple est contre toi

Par Romain Duchâteau, Emmanuel Guérin et Grégory Blasco
Wenger, le peuple est contre toi

À la tête d’Arsenal depuis 1996, Arsène Wenger est, plus que jamais, sur la sellette. Critiqué par ses propres supporters, l’Alsacien semble condamné à finir la saison sans aucun trophée. Pour la huitième fois consécutive.

« Cela fait 2 830 jours qu’Arsenal a remporté son dernier trophée #WengerOut » . Piers Morgan l’a mauvaise. Ce supporter emblématique des Gunners, présentateur télé sur CNN, tient les comptes depuis 2005 et la FA Cup remportée contre Manchester United. Si l’attente et le soutien des supporters londoniens ont souvent été sans faille, aujourd’hui, la colère gronde. Il faut dire qu’une huitième saison sans titre se profile pour la formation d’Arsène Wenger. Arsenal a déjà dit adieu à la Premier League et à la League Cup depuis plusieurs semaines. Bis repetita ce week-end en FA Cup avec une défaite, synonyme d’élimination, face à Blackburn (D2 anglaise). La défaite de trop ? La question est, une nouvelle fois, au cœur des débats. Et pour cause, c’est la première fois sous l’ère Wenger qu’Arsenal est éliminé par deux clubs de catégories inférieures en coupes. Comme un symbole des difficultés rencontrées par les Gunners cette saison.

Arsenal FC n’est pas Arsène FC

« Honteux ! Aucun respect pour l’écusson ! Virez-le ! » Les supporters fulminent. La défaite face à Blackburn est la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien plein. Pour preuve, un récent sondage du Daily Mirror auprès d’un des groupes de supporters les plus influents d’Arsenal, le Black Scarf Movement, révèle que seulement 5% des votants pensent encore que Wenger est l’homme de la situation. Le bel exemple d’un malaise devenu de plus en plus perceptible. En janvier 2012 déjà, les fans des Gunners avaient crié au scandale à la suite d’une énième défaite face à Manchester United et le choix, plus que discutable, du manager français de remplacer le jeune Alex Oxlade-Chamberlain. Un changement incompris par l’Emirates Stadium et par les joueurs eux-mêmes, à l’instar d’un Robin van Persie médusé. L’image d’incompréhension du capitaine diffusée sur les écrans géants du stade avait fait polémique. La méthode Wenger divise même chez les anciennes gloires du club. Thierry Henry, l’icône d’Arsenal, ne cesse, contre vents et marées, de défendre son ancien coach. « Quand tu ne gagnes pas, les gens vont toujours remettre ton travail en question. C’est difficile à entendre, difficile à voir, mais pour moi le patron sera toujours Arsène. Je sais ce qu’il a fait pour le club. C’est assez dur de le critiquer, en sachant à quel point il a changé le club. » Un sentiment non partagé par l’autre grand buteur du club londonien, Ian Wright. L’ancien canonnier, conscient que cette compétition était sûrement le dernier espoir de titre, a ouvertement reproché à Wenger d’avoir aligné une équipe bis ce week-end. Pour autant, l’Alsacien n’est pas un homme isolé. Le président Peter Hill-Wood et les dirigeants semblent, pour le moment, apprécier le travail de Wenger.

In Arsène we trust

Si les détracteurs sont nombreux, tout n’est pas noir. Ces dernières années, Arsène Wenger a réussi là où tant d’autres clubs échouent : assurer la santé économique du club. Une donnée non négligeable à un an de l’intronisation du fairplay financier. Il suffit de regarder la balance des transferts depuis cinq ans pour se rendre compte du boulot d’Arsène à la tête du club. Alors que ses concurrents accumulent les dettes (67 millions d’euros pour Manchester United, 291 pour Chelsea et 491 pour Manchester City), Arsenal, lui, affiche un bénéfice de 23 millions d’euros. Un modèle économique viable qui ne satisfait pas pour autant les supporters : « Arsenal existe pour gagner des trophées. À la fin de la saison, personne ne se vante d’avoir le compte en banque le plus fourni. On regarde qui a le plus de trophées dans son armoire, et malheureusement celle d’Arsenal est vide depuis plusieurs années » , explique Tim Payton, porte-parole du Arsenal Supporters Trust, petit groupe d’actionnaires du club. Si l’équilibre est là, l’investissement des sommes perçues semble beaucoup plus discutable. Le dernier exemple en date en est la preuve la plus concrète. Lorsque Arsenal vend Robin van Persie pour 30 millions d’euros à United, Wenger recrute Olivier Giroud et Lukas Podolski pour près de 24 millions l’été dernier. Pas sûr que les Gunners aient gagné au change. Les arrivées simultanées du Français et de l’Allemand mettent aussi en lumière le changement de politique opéré par l’Alsacien ces derniers temps.

La fin d’une ère ?

Car, quelque part, Arsène n’est plus vraiment Wenger. Reconnu depuis toujours pour la beauté de son jeu et la qualité de son travail avec les jeunes, le Français semble opter pour des joueurs plus matures. Et un jeu beaucoup moins léché. Perry Groves, ancien joueur de l’escouade londonienne, avait avancé l’an dernier que « si vous interrogez les supporters d’Arsenal, vous verrez que la majorité d’entre eux sont prêts à se passer d’un football fluide et plaisant à voir, pour obtenir des résultats » . Preuve que la pression devient trop forte ? Peut-être. Wenger, qui ne fait plus l’unanimité a désormais une réelle exigence de résultat. Et pendant qu’il subit les critiques, son travail paye ailleurs qu’à Arsenal. Pour preuve, 25 des joueurs qui ont quitté le club ces huit dernières années ont remporté la bagatelle de 75 titres. La plupart ayant été façonné par l’ex-coach de Nagoya. Dur.

« Laissez-moi le temps de prouver que je n’ai pas complètement tort » , clamait Wenger, sûr de sa force, la saison dernière, après la claque reçue face à Manchester United (8-2). Une confiance qui aujourd’hui semble l’avoir abandonné. Rarement on ne l’a senti aussi fébrile que lors de sa conférence de presse avant le huitième de finale de Ligue des champions face au Bayern. Désormais, Arsenal et son coach jouent leur saison sur cette double confrontation. Le résultat, s’il ne scellera pas forcément l’avenir de Wenger, pourrait marquer la fin du projet imaginé par le technicien alsacien depuis tant d’années. Dommage.

Par Romain Duchâteau, Emmanuel Guérin et Grégory Blasco

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