S’abonner au mag
  • C1
  • J7
  • Sporting-PSG (2-1)

Le football est-il vraiment un « sport de merde » ?

Par Ulysse Llamas
4 minutes

Luis Enrique l’assure : le foot, «  c’est un sport de merde  ». Avant de chier sur le ballon rond, voici comment utiliser cette expression.

Le football est-il vraiment un « sport de merde » ?

Jean-Pierre Coffe fait des émules. Le critique préféré des Français avant Mercotte et François-Régis Gaudry avait fait sienne cette expression : « C’est d’la merde. » Gueulée sur les plateaux télé pour qualifier des fraises comme des saucisses, elle est restée dans les annales (sans blague). Ce mardi, dans les couloirs du stade José-Alvalade de Lisbonne, Luis Enrique a imité l’homme aux lunettes colorées : « On a perdu parce que c’est un sport de merde, le football est de la merde. » La défaite inattendue contre le Sporting lui a sûrement fait mal au derrière. Son PSG a dominé, a beaucoup plus tiré que son adversaire, a fait le siège des buts portugais. Mais le PSG a perdu. C’est injuste, donc le foot, « c’est un sport de merde ». L’expression est sortie. Rien de grave, mais il faut la digérer. Tentative.

Merde alors !

Affirmer que « c’est la merde » est très facile. Sans être expert en scatologie, cinq lettres suffisent à dire que le PSG a manqué de réalisme contre le Sporting. Un petit mot et le tour est joué pour exprimer son dégoût. L’expression est très humaine, familière et ne laisse pas de traces. Elle n’est pas non plus trop violente : Luis Enrique n’insulte personne ouvertement. Il ne dit pas « t’es une merde, frère » à Rui Borges, l’entraîneur du Sporting qui lui a joué un mauvais tour. Dans la bouche de l’Espagnol, l’utilisation est propre. Elle passe mieux que les « en*** » qui descendent des travées des influenceurs virilistes. Elle passe bien chez celles et ceux qui l’écoutent, et donne surtout un peu de relief au reste des propos de l’entraîneur du PSG. D’ordinaire, et il l’a également fait ce mardi, il répète que son équipe « méritait de gagner le match ». « Je suis fier d’eux [mes joueurs] », juge-t-il.

Ainsi, dire que le foot, « c’est de la merde » constitue un moyen spontané de dire que la soirée a été pourrie. C’est une insulte temporaire. Qui se souvient que Roberto De Zerbi avait passé une « journée de merde » à Angers pas plus tard que samedi dernier ? Ou que Pablo Longoria avait critiqué la Ligue 1 en ces termes ? La merde se nettoie vite. Le foot n’est d’ailleurs pas le seul domaine concerné par les expressions autour des étrons : le cinéma, la politique, avec tous ces gens qui « ne se prennent pas pour de la merde » ou qui « foutent la merde ». Demandez aux enfants qui ont lu Merveilleux caca de Jean-Marc Mathis. Partout, tout le monde fait caca : les bébés, les enfants, les papas, les chanteuses et le père Noël font caca. Le « cacalogue » se complète donc avec le foot.

Le PSG n’est pas au fond du trou, le foot oui

Dire que « le foot, c’est de la merde » représente une jolie manière de critiquer, sans le nommer, le jeu de son adversaire. Il s’agit de le rabaisser, de le répugner. Luis Enrique n’a pas eu besoin de développer l’idée : un petit mot suffit pour dire que c’est le moins fort, le plus « merdique », qui a gagné hier soir. Le dire ainsi permet également de ne pas laisser les gratte-papier chatouiller la production offensive de ses ouailles. Il y a pourtant bien un étrange trou à inspecter là-dedans : le PSG a eu beau disposer du ballon les trois quarts du temps au Portugal, il a généré très peu d’occasions. C’est le souci de la merde : elle peut laisser des odeurs.

Ça sort…
Ça sort…

Luis Enrique souhaite que le résultat de mardi soit vite mis dans la cuvette, sous prétexte que devant la merde, on détourne le regard et on se bouche le nez. Dans des sociétés très pudiques – la merde est ce qu’on fait le plus et qu’on discute le moins, l’ancien attaquant met l’intime sur la table. Parler de merde lui permet de se rapprocher de ses suiveurs. Il dévoile un sentiment partagé : quel supporter du PSG n’a pas pensé que le foot était un sport de merde après la rencontre ? En sous-main, Luis Enrique affirme la propreté de son équipe. Il assure ainsi un collectif derrière elle, qui sera peut-être mobilisable pour le défendre, ou se rebeller contre l’injustice du foot. Pratique. L’expression est à utiliser sans retenue. Autrement, le foot risque l’occlusion intestinale : comme le dit Antonin Artaud, « là où ça sent la merde, ça sent l’être ».

Sporting-PSG : les joueurs appellent à « changer des petits détails »

Par Ulysse Llamas

À lire aussi
Les grands récits de Society: L'affaire Julie Michel
  • Enquête
Les grands récits de Society: L'affaire Julie Michel

Les grands récits de Society: L'affaire Julie Michel

Le 19 juillet 2013, Julie Michel, une jeune Auxerroise de 27 ans partie seule sur les routes du Sud-Ouest, disparaissait dans les Pyrénées, laissant derrière elle sa voiture, quelques indices attestant d'une inquiétante emprise sectaire et beaucoup de mystères. Douze ans plus tard, la justice vient de rouvrir l'enquête sur ce cold case tombé dans l'oubli.

Les grands récits de Society: L'affaire Julie Michel
Articles en tendances

Votre avis sur cet article

Les avis de nos lecteurs:

C'est une putain de bonne question !

Sadio Mané est-il le meilleur joueur africain de l’histoire ?

Oui
Non
Fin Dans 18h
146
138

Nos partenaires

  • Vietnam: le label d'H-BURNS, Phararon de Winter, 51 Black Super, Kakkmaddafakka...
  • #Trashtalk: les vrais coulisses de la NBA.
  • Maillots, équipement, lifestyle - Degaine.
  • Magazine trimestriel de Mode, Culture et Société pour les vrais parents sur les vrais enfants.
  • La revue de presse foot des différents médias, radio et presse française/européenne, du lundi au vendredi en 3 à 4h!