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À Dijon, le football féminin en sursis

Par Léna Bernard
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Réactions
À Dijon, le football féminin en sursis

Actuellement cinquième de Première Ligue et toujours en course pour les play-off, la section féminine de Dijon est menacée de disparition dès la fin de la saison. Après Bordeaux, Soyaux ou encore Orléans, un nouveau monument du football féminin français pourrait être sacrifié au nom des économies d’échelle. Tour d’horizon.

Soyaux, Bordeaux, Orléans… chaque année le nombre d’équipes tombées dans les abysses des divisions inférieures ne cesse de s’accentuer. Dijon pourrait suivre le même chemin funeste dès la fin de cette saison 2025-2026. Alors que le DFCO continue d’être performant sur le terrain, à l’image des demi-finales de play-off atteintes la saison précédente et la cinquième place actuellement occupée par les protégées de Pierre-Alain Picard, le président du club, Pierre-Henri Deballon a annoncé au début du mois d’avril qu’il souhaitait revoir ses ambitions à la baisse pour la section féminine en raison d’un manque de ressources, allant jusqu’à envisager de supprimer l’équipe professionnelle.

À la fin, c’est la section féminine qui trinque

La stupeur est tombée après la publication d’un communiqué du club le 5 avril pointant les difficultés économiques du club : « En fonction du budget qui sera le sien, le DFCO pourrait renoncer à son agrément de centre de formation féminin car inadapté à la réalité actuelle du club. […] Cette mise en veille ne serait pas définitive et permettrait de réactiver cet agrément dans un contexte budgétaire plus favorable, après avoir reposé des bases financières saines […] en l’absence de repreneur, aucune garantie ne peut être donnée quant au niveau de compétition des équipes pour la saison prochaine. » Le message a le mérite d’être clair.

Face à ces déclarations, les Dijonnaises se sont unies pour dénoncer leur situation sur leurs réseaux sociaux : « Vingt ans d’engagement s’éteignent dans l’indifférence d’une direction absenteNotre section féminine, pourtant au plus haut niveau depuis huit années, se heurte à une gestion confuse et désinvolte. » Dans cette galère, les joueuses ont pu compter sur le soutien de leurs homologues masculins qui ont porté un tee-shirt avec l’inscription « Soutien à la section féminine » avant la rencontre face à Sochaux le week-end dernier (0-0).

La cible principale du courroux des joueuses : Pierre-Henri Deballon, entrepreneur local qui a pris les rênes du club en juillet 2024. Face au bilan économique du club, le dirigeant souhaite faire entrer des investisseurs depuis 18 mois afin de réduire les coûts de la section féminine. Malgré certains échecs, le club est toujours en pourparlers avec plusieurs investisseurs, mais « le timing devient de plus en plus difficile », selon le patron du DFCO. Le club souhaite donc désormais réduire la voilure de la section féminine, dont le déficit s’élève à 1,5 million d’euros pour la seule saison 2025-2026. Un chiffre que contestent les joueuses qui estiment de leur côté qu’en juin 2025, la somme de 600 000 euros de pertes avait été avancée. « Mon sujet, ce n’est pas le football féminin contre le football masculin. Il y aura toujours du football féminin au DFCO, assure le dirigeant. Mon sujet aujourd’hui, c’est la situation économique du club telle qu’elle est. »

Nous n’avons pas aujourd’hui à Dijon la capacité de financer deux équipes déficitaires.

Pierre-Henri Deballon, président du DFCO

Pour le président dijonnais, la crise des droits TV l’oblige à faire des choix et à se concentrer sur le fonctionnement de l’équipe masculine. « Nous n’avons pas aujourd’hui à Dijon la capacité de financer deux équipes déficitaires, et la conséquence, c’est qu’on se focalise sur les garçons. Pourquoi ? Car c’est là où il y a un modèle économique plus éprouvé et où on est plus proche d’atteindre un équilibre, alors qu’ils sont en troisième division, explique-t-il. C’est là où c’est complètement fou, avec un mérite sportif beaucoup plus bas en étant deux divisions en dessous d’une équipe qui a fait les play-off l’an dernier, qui est cinquième aujourd’hui, on n’arrive pas, en tout cas moins facilement, à attirer des partenaires. »

Pour le chef d’entreprise, cette situation relève d’un échec aussi bien personnel que collectif entre les diffuseurs, les instances et le développement du modèle économique du football français. Une lueur d’espoir subsiste tout de même pour le DFCO, selon les propos de son président en cas d’arrivée d’un repreneur : « Le sujet, c’est de trouver quelqu’un qui ait la capacité de porter le financement de cette section. Si c’est un repreneur qui va jusqu’au bout, qui a le financement nécessaire, alors il n’y aura aucun débat sur le fonctionnement de l’équipe féminine. »

Le mirage de la professionnalisation

Le cas de Dijon a déjà été précédé de nombreux autres, que ce soit Soyaux en 2023, Bordeaux en 2024 ou d’autres écuries, à l’instar de Guingamp et d’Orléans qui vont connaître deux relégations en deux ans. Le modèle économique du football féminin français ne cesse de rappeler sa fragilité d’année en année. Pourtant, sportivement, ces clubs réalisent de bonnes performances. Le prochain sur la liste pourrait être le FC Nantes, actuellement quatrième de Première Ligue et candidat aux play-off, deux saisons seulement après sa promotion en Première Ligue qui pourrait pâtir d’une relégation à l’échelon inférieur de l’équipe masculine. Dans le contexte de crise de droits TV qui ronge le football français, ce sont toujours les équipes féminines qui trinquent en premier.

Néanmoins, les joueuses commencent à s’unir pour dénoncer le manque de considération. Ce mardi, les 24 capitaines de Première et Seconde Ligue ont publié un communiqué avec l’UNFP pour dénoncer la situation de Dijon et l’absence de convention collective, dont les négociations traînent en longueur depuis trois ans. Une situation inquiétante, alors que la première et la deuxième divisions sont devenues professionnelles en septembre 2024 et que la Ligue 3, de son côté, a déjà signé sa convention collective.

C’est bien de parler de développement du football féminin, mais nous, les joueuses, on aimerait voir des actes.

Tess Laplacette, capitaine de l’Olympique de Marseille

Pour Tess Laplacette, capitaine de l’Olympique de Marseille, la convention collective est essentielle pour assurer la sécurité des joueuses : « Une convention collective permettrait de sécuriser les joueuses par rapport à de potentiels problèmes financiers de leur club, mais aussi de se rapprocher de l’équité entre les femmes et les hommes. Comme par exemple sur le droit à l’image ou encore la couverture en cas de blessure. C’est bien de parler de développement du football féminin, mais nous, les joueuses, on aimerait voir des actes. »

La capitaine olympienne va même plus loin : « Mes coéquipières et moi-même nous soutenons complètement les joueuses du DFCO. Une convention collective permettrait que ce genre de situation n’arrive pas et que les clubs qui rencontrent des difficultés ne trouvent pas comme première solution de supprimer leur section féminine. Soyaux, puis Bordeaux, et maintenant Dijon ? Il serait temps de passer à l’action. » La professionnalisation n’a pour le moment pas véritablement changé le visage du football féminin tricolore, puisque les équipes féminines seront toujours la première variable d’ajustement du football masculin si les règlements en restent là.

Eugénie Le Sommer apporte son soutien à la section féminine de Dijon

Par Léna Bernard

Propos de Pierre-Henri Deballon et Tess Laplacette recueillis par LB.

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