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À Manchester City, quelle vie après Pep Guardiola ?

Manchester City s’apprête à tourner une grande page de son histoire. Ce dimanche, Pep Guardiola va vivre son dernier match sur le banc des Citizens. Comment faire quand un chef d’orchestre quitte la scène après une décennie ?
Une des dernières notes du concert a résonné, ce mardi soir, sur la pelouse de Bournemouth (1-1), où ses musiciens n’ont pas su trouver la mélodie victorieuse pour croire encore au titre jusqu’à la dernière journée. Arsenal a remporté son premier championnat depuis 22 ans et le chef d’orchestre espagnol ne soulèvera plus ce trophée qu’il a tant cajolé durant son séjour mancunien. Dix ans que les supporters de Manchester City chantent le nom de Pep Guardiola à l’Etihad Stadium. Dix ans que les coéquipiers de Bernardo Silva, qui va lui aussi changer d’horizon cet été, répètent ce même refrain de victoire.
Six titres de champion, trois coupes d’Angleterre, cinq Coupes de la Ligue anglaise, trois Community Shield, une Supercoupe d’Europe, une Coupe du monde des clubs et surtout la première Ligue des champions, la partition s’est rapprochée de la perfection pendant presque une décennie. « Un coach qui va laisser une trace indélébile dans l’histoire du club. C’est un visionnaire, un novateur, pose Alain Casanova, ancien entraîneur de Toulouse. C’est le plus grand coach de l’histoire. » Dimanche, Guardiola va vivre son dernier match sur le banc de Manchester City. Ce n’est pas une page qui se tourne, c’est un livre tout entier qui se referme. Alors, comment s’en remettre pour les Citizens ?
« C’est un humain et non un extra-terrestre »
En grand chef d’orchestre, le chauve le plus famous des entraîneurs a répété jour après jour les notes que son équipe devait composer. « C’est un entraîneur très pointilleux. Souvent, dans ce genre de cas, les joueurs respectent le coach, mais ils peuvent être usés psychologiquement par ses principes à reproduire au millimètre près. Certains arrivent à s’adapter, d’autres non », avance Alain Casanova. Il confie que « cela pourrait être une bonne chose pour certains joueurs de voir du changement ». Autrement dit, l’arrivée d’un nouvel entraîneur ne représente pas la fin du monde pour la bande d’Erling Haaland. C’est le début d’une nouvelle histoire.
Ce n’est pas du tout le même schéma qu’avec Ferguson. Il est resté près de trois décennies, la fracture ne sera pas aussi forte.
Restons factuels. Sur les deux dernières années, Manchester City n’est plus au niveau qu’il avait atteint les sept années précédentes. Ils n’auront pas réussi à glaner un dernier titre de champion pour finir la tournée anglaise du tacticien ibérique en beauté. La saison dernière, ces joueurs ont vécu un véritable coup de mou, totalisant même dix-sept défaites toutes compétitions confondues, le plus lourd bilan de son aventure en Angleterre. C’était déjà un premier avertissement sur une façon de jouer qui s’essouffle. Pep a voulu changer : « Cette saison, les joueurs ont plus de libertés sur le terrain, à l’image d’un Cherki qui se balade », affirme Alain Casanova. Ce n’était peut-être pas non plus la recette parfaite dans un football où tout va toujours plus vite à l’image des flèches parisiennes qui usent chaque défense qu’elles rencontrent depuis deux ans.

Sur ce dernier exercice, les Citizens n’auront perdu que neuf fois en 59 rencontres, avec notamment une élimination en huitièmes de finale de Ligue des champions face au Real Madrid où ils auront été dans l’incapacité d’inquiéter un Madrid déjà faiblard. Finalement, la dernière note sonne peut-être à temps pour ne pas faire l’album de trop qui entacherait sa légende. D’après Stéphane Moulin, qui a également passé dix piges sur le banc du SCO, ce n’est pas une question de saison de trop : « Je ne pense pas que ce soit les bons mots. Ces deux saisons sans titre de champion montrent juste que c’est un humain et non un extraterrestre. Le football est fait de cycle. » Un cycle avec six Premier League, le plaçant derrière Sir Alex Ferguson au rang des coachs les plus titrés du championnat. Moulin ne croit pas à une descente aux enfers, comme les Red Devils l’ont connu : « Ce n’est pas du tout le même schéma qu’avec Ferguson. Il est resté près de trois décennies, la fracture ne sera pas aussi forte. Mais je pense que la saison prochaine sera plus difficile pour eux. »
L’idée du disciple pour mieux tourner la page
Avec 591 matchs sur le banc des Skyblues, l’ancien coach de Barcelone a eu le temps de mettre en place ses principes de jeu au millimètre près. Un jeu de possession huilé avec le tempo nécessaire sur chaque action, une révolution des latéraux qui s’intègrent au milieu de terrain avec John Stones en chef de file lors de la saison 2022-2023 historique de Manchester City. Une année où la mélodie de la Ligue des champions a résonné jusqu’à la finale victorieuse face à l’Inter… une saison pas loin du chef-d’œuvre. Des principes de jeu que le futur maestro de City devra lui aussi maîtriser à la lettre, si les dirigeants du club veulent continuer dans cette ruée aux trophées. Alors, quoi de mieux que de prendre un de ses disciples ? Quelqu’un qui connaît le refrain ?
Je pense que c’est un futur très grand coach. Ce qu’il faisait à Chelsea pendant la Coupe du monde des clubs était vraiment très intéressant.
L’ancien coach de Chelsea et ancien adjoint de Guardiola lors du triplé de 2022-2023, Enzo Maresca, devrait être nommé à la tête du deuxième de Premier League. Une bonne chose pour Alain Casanova : « C’est une bonne idée, car il a beaucoup appris à ses côtés. Je pense que c’est un futur très grand coach, ce qu’il faisait à Chelsea, notamment pendant la Coupe du monde des clubs, était vraiment très intéressant. » Même si personne ne peut copier le technicien catalan. L’idée du disciple, d’autres l’ont déjà eu pour remplacer Guardiola. « Je suis certain que Manchester City a dû anticiper la situation, il faut continuer dans cette lignée d’héritage comme Barcelone l’a fait », explique l’Auvergnat. En effet, lors de son départ de chez les Blaugrana en juin 2012, c’est Tito Vilanova qui l’avait remplacé, son ancien adjoint. Résultat : une saison historique à 100 points pour les coéquipiers de Lionel Messi.

Le regretté Vilanova n’a pas fait de magie, il a récité une partition qu’il avait lui-même tant de fois répétée. Un jeu de possession, le tiki-taka si caractéristique du jeu du catalan, et ils ont presque fait mieux. Si Guardiola a davantage marqué l’histoire du Barça que son successeur, sa moyenne de points par match était plus faible que celle de Vilanova : 2,36 pour Guardiola contre 2,52 pour son remplaçant. Il n’est pas question de taper sur le génie de 55 ans. Au contraire, les 240 joueurs utilisés par le cerveau espagnol tout au long de sa carrière ont été capables de s’adapter à d’autres coachs, et c’est en grande partie grâce à ce que leur ancien professeur leur a enseigné à travers cette connaissance tactique qui le caractérise. Parfois, quand le chef d’orchestre quitte la scène, il arrive que les musiciens ne s’effondrent pas. Ils respirent. Ils jouent différemment, peut-être moins parfaitement, mais avec une nouvelle idée et une autre liberté. Un beau défi à relever pour Manchester City.
Pep Guardiola a besoin d’une pausePar Evan Margerin
Tous propos recueillis par EM























































