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Webo : « Il faut qu’il y ait un avant et un après Vinícius - Prestianni »

Propos recueillis par Timothé Crépin
8' 8 minutes
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« Why you said n***o ? » En 2020, il devenait un des symboles de la lutte contre le racisme dans le football après ce « n***o » prononcé à son encontre par un arbitre lors de PSG - Başakşehir en Ligue des champions. Plus de cinq ans après, Pierre Achille Webo, aujourd’hui entraîneur-adjoint à l’USL Dunkerque, revient sur les événements de Benfica - Real Madrid. Et espère enfin une bascule.

Comment avez-vous vécu cet épisode entre Vinícius Jr et Gianluca Prestianni ?

Que ça vienne d’un professionnel, d’un collègue, parce que nous sommes tous des collègues, c’était quelque chose de très frustrant. Et le dire et le faire avec cette lâcheté de masquer la bouche, c’est ce qui m’a un peu intrigué… C’était très triste, car ça m’a rappelé l’épisode que j’ai traversé… (Gianluca Prestianni), c’est un jeune footballeur (20 ans), il a tout son avenir devant lui. Et qu’aujourd’hui, il traite un collègue ainsi… Vous savez, le slogan du football de nos jours, de la FIFA c’est : « Le football pour tout le monde. » Et à l’UEFA, le slogan aussi tourne autour du respect, pour la plus grande compétition qu’est la Ligue des champions. Franchement, vu la réaction de Vinícius et le témoignage de Mbappé, je pense qu’il faut des sanctions très sévères.

Je pense qu’aujourd’hui, José Mourinho regrette son comportement et son intervention.

Pierre Achille Webo

Avez-vous été déçu de José Mourinho ?

Mourinho, vous savez comment il est… Il défend les intérêts de son équipe, de son joueur, mais je suis déçu parce que c’est quelqu’un que j’ai eu à côtoyer, même si c’était pour très peu de temps (en Turquie). J’ai parlé avec lui plus d’une fois, et je pense que, là, il n’a pas été juste par rapport à ce qu’il s’est passé. Je pense qu’aujourd’hui, lui-même, il regrette son comportement, son intervention. C’est quelqu’un qui a travaillé longtemps avec des footballeurs de plusieurs nationalités, et c’est quelqu’un qui est respecté, qui est écouté. Ça a été très maladroit de sa part. Donc oui, qu’il dise cela, j’étais assez déçu.

Le Real Madrid aurait-il dû quitter le terrain à Lisbonne ?

Oui, oui.

Comme vous, en 2020, lors de PSG – Başakşehir

Je ne célèbre pas ça, parce que ce n’est pas quelque chose qui m’a plu. Je ne suis pas fier de ce qu’il s’est passé. Je l’ai toujours dit. Mais s’il y a une chose dont je suis sûr, c’est que ça a eu beaucoup plus d’impact, car ça sensibilise beaucoup plus les gens, les supporters, les médias et tout le monde. Si le Real avait quitté le terrain, encore plus après le magnifique but de Vinícius, ça aurait pu donner une autre vision de la chose face au public, face au monde du football.

 

Vous le disiez au début de l’interview, cette scène lors de Benfica – Real Madrid vous a rappelé de mauvais souvenirs…

Bien sûr, ce ne sont pas des souvenirs agréables. Quand je regardais Vinícius lors de l’incident, c’était très dur. Je peux le dire haut et fort, moi, je sais ce qu’il ressentait. Parce qu’on est très peu à avoir ressenti cela. Surtout dans un tournoi majeur comme la Ligue des champions, qui est pour moi la compétition de clubs la plus prestigieuse au monde. Que ça arrive sur une situation comme celle-là, où il marque un but fantastique… On le voit danser, avant de recevoir ça d’un jeune qui lui dit ça, c’est assez incroyable. C’est intolérable.

C’est une attaque en ton cœur, à ta personnalité, à ta personne. C’est inhumain.

Pierre Achille Webo

Décrivez-nous cette sensation que vous aviez pu ressentir à l’époque.

Une sensation de ne pas savoir quoi faire. C’est inexplicable. Mais moi, ça m’est arrivé qu’une seule fois dans ma vie. Vinícius, je sais que ça lui est arrivé plusieurs fois… Quand c’est le public, c’est une chose, mais quand c’est un joueur ou un arbitre comme ce qui s’est passé avec moi, je ne sais pas comment le décrire… C’est une attaque en ton cœur, à ta personnalité, à ta personne. C’est inhumain.

Si on fait un rapide flash-back sur cette soirée de décembre 2020, et ce PSG – Başakşehir arrêté avant de reprendre le lendemain, quel moment vous revient directement ?

C’est une image que j’ai vue à la télévision (expulsé, Webo était rentré aux vestiaires, NDLR) : c’est la sortie du terrain de la part de tous les joueurs. Neymar, Mbappé, Marquinhos avec les joueurs de Başakşehir. Cette union entre les joueurs. Je dis joueurs, car l’entraîneur du PSG (Thomas Tuchel) était dans la même optique que Mourinho, je ne sais pas si vous vous souvenez. Il disait la même chose, du style : « Ouais, c’est pas vrai. » Qu’on faisait ça parce qu’on ne voulait pas jouer, parce qu’on se sentait inférieurs à eux… Mais le football, ce n’est pas tout ! Il y a l’humain et les humains… Et à ce moment, tous ont dit à l’arbitre : « On ne continue pas, on arrête. »

On pense qu’on peut avoir de la passion et la vivre d’une autre façon, sans insultes, sans s’agresser les uns ou les autres.

Pierre Achille Webo

Vous connaissez très bien la culture sud-américaine pour avoir commencé votre carrière de joueur en Uruguay, au Nacional de Montevideo. L’Argentine est souvent pointée du doigt : est-ce quelque chose qui vous surprend ?

Oh, non, ça ne me surprend pas. C’est un pays où sur tous les terrains, dans tous les stades, il y a des insultes homophobes, racistes, de tout genre. Et, oui, je connais bien cette culture, et que ça vienne de là, sincèrement, ça ne me surprend pas. C’est culturel. C’est un gros problème parce que ce n’est pas à nous d’interpréter ce qu’ils pensent, ce qu’ils disent. Pour une compétition comme la Ligue des champions, la Coupe du monde, ou même la Copa Libertadores par exemple, je pense qu’il faut commencer à soigner ce problème. Je repense à notre dernier match avec Dunkerque face à Bastia. Il y a eu une insulte homophobe, on a arrêté le match. En France, c’est normal. En Argentine, ça ne l’est pas. Ça passe, on insulte et voilà… Ils appellent cela la passion. Je pense qu’on peut avoir de la passion et la vivre d’une autre façon, sans insultes, sans s’agresser les uns ou les autres. Je regarde très souvent les chaînes sud-américaines pour suivre leurs championnats. Je ne sais pas si vous avez vu le titre du Diario Olé, leur journal sportif, le lendemain de Benfica – Real Madrid. Ils écrivaient qu’il (Prestianni) avait dit « Hermano ». Mais arrêtez ! Le journal le plus populaire d’Argentine explique qu’il a dit « mon frère ». Ils le savent, mais tant qu’on ne frappera pas fort, ils continueront. Car à mon humble avis, ils se moquent un peu de tout le monde.

 

Vous espérez évidemment des sanctions pour Prestianni, mais y croyez-vous ?

Déjà, il ne va pas jouer le match de mercredi. Ça veut dire qu’il y a quelque chose qui va se passer. Qu’il ne joue pas le match retour, c’est déjà quelque chose d’important. Kylian Mbappé a dit qu’il ne devrait plus jouer la Ligue des champions. Beaucoup de choses se sont dites, mais il faut qu’il y ait un avant et un après parce que frapper fort sur la table peut donner un changement pour les autres joueurs partout dans le monde.

Mais ce discours-là, de vouloir taper fort pour marquer les esprits, vous l’aviez déjà eu à l’époque de PSG – Başakşehir. Finalement, rien n’a changé ou presque.

Oui, parce qu’on laisse passer, le temps soigne tout, et puis la compétition continue. Parce qu’à la fin, c’est le football. Le football, c’est la passion de tout le monde. Les gens veulent jouer, que la compétition continue. Économiquement, il y a de grands enjeux. Et puis les gens ne veulent pas perdre, que ce soit de l’argent ou bien du temps pour les compétitions à venir. Surtout avec des calendriers très, très serrés comme ceux d’aujourd’hui. Du côté de la FIFPRO, de l’UEFA, de la FIFA, des instances majeures, il faut frapper fort.

Vous avez envie d’y croire, cette fois ?

Je crois que quelque chose va changer. Et je pense aussi que ça s’améliore. Parce que je me rappelle il y a dix ou quinze ans en arrière, quand il fallait aller jouer dans des pays comme la Pologne, la Grèce ou d’autres, on se croyait parfois un peu trop tout permis. Donc je pense qu’aujourd’hui, c’est en train d’avancer, mais à pas de tortue. Il faudrait que ça avance un peu plus vite parce que le monde évolue, le football est beaucoup plus global. C’est pour tout le monde. C’est le sport le plus populaire au monde. Et quand on dit populaire, ça vient de partout. Ce n’est pas pour certains et pas pour d’autres. Ce n’est pas un sport sélectif. Il y a différentes cultures dans le football et il faut qu’on se comprenne. Noirs, blancs, bruns, asiatiques, américains, sud-américains ou quoi que ce soit, je pense qu’il faut que dans le football, il n’y ait plus ce genre de comportements. Et pour cela, il faut des sanctions très lourdes pour qu’à partir de là, d’autres prennent conscience.

Arbeloa et l’occasion en or de l’UEFA « pour marquer un avant et un après dans la lutte contre le racisme »

Propos recueillis par Timothé Crépin

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