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Vinícius contre le racisme : une voix sans issue

Assurant que Gianluca Prestianni a tenu des propos racistes à son encontre, Vinícius Júnior s’est insurgé et a fait arrêter momentanément la rencontre contre Benfica. Une fois de plus, c’est à lui que l’on reproche son comportement, en l’occurrence une célébration un poil chambreuse, comme si danser méritait autant de haine.
Le foot est une affaire de mots, ni Eduardo Galeano ni Marco Materazzi ne diront le contraire. On ne fera pas offense à ces deux poètes en soulignant que ce sport est aussi rempli de maux. Même s’il est coutumier des phrases en émojis sur Instagram et du langage si brésilien du dribble, Vinícius Júnior est particulièrement bien placé pour parler lexique. Ce mardi soir, le fantasque ailier s’est une nouvelle fois distingué, brillant autant dans les bons que dans les mauvais moments d’une rencontre tendue face à Benfica (0-1).
Quelques semaines après les premières échauffourées entre les deux équipes, le Brésilien a pris les choses en main pour envoyer une merveille d’enroulée dans la lucarne opposée lisboète. Un retour en forme, ça se fête et, pour cela, quoi de mieux que d’aller danser de manière sensuelle autour du poteau de corner ? Un brin de chambrage et une jouissance bienvenus.
Les bons mots de Mbappé
Tout ça était bien trop beau : après avoir écopé d’un carton jaune zélé, Vinícius s’est insurgé après une altercation avec Gianluca Prestianni. Il s’est directement jeté sur François Letexier, assurant que le milieu offensif argentin a tenu des propos racistes à son encontre. Le match a alors été interrompu durant onze longues minutes, durant lesquelles les deux bancs se sont chauffés et Kylian Mbappé a joué son rôle de médiateur avec l’arbitre français et José Mourinho. Vinícius, lui, n’a pas décoléré.
Danse, Vini, et s’il te plaît ne t’arrête jamais. Ils ne nous diront jamais quoi faire ou ne pas faire.
Depuis plusieurs années, il est devenu la cible privilégiée du racisme dans de nombreux stades, principalement en Espagne, et semble encore plus exposé à chaque fois qu’il lève la tête et met en lumière ces agissements. L’ailier de 25 ans n’hésite pas à prendre la parole en dehors des terrains et continue de mettre les acteurs du monde du foot face à leurs responsabilités en exigeant d’arrêter la rencontre à chaque fois que cela survient.
« Au début, on voulait sortir du terrain, on a discuté tous ensemble, Vini a dit qu’il fallait qu’on reparte pour pouvoir gagner ce match et c’est ce qu’on a fait, et à la fin, la victoire est méritée », a expliqué Aurélien Tchouaméni au micro de Canal+ après le coup de sifflet final. Sur les réseaux sociaux, Kylian Mbappé est aussi venu à la rescousse de son coéquipier : « Danse, Vini, et s’il te plaît ne t’arrête jamais. Ils ne nous diront jamais quoi faire ou ne pas faire. »
Une célébration prétexte
De l’autre côté, évidemment, José Mourinho et ses troupes ont démenti les accusations de racisme. Le coach connu avant tout pour son goût de la provoc joue désormais au prude et regrette le comportement du Madrilène : « Cela se produit dans tant de stades et toujours de la même manière… Quelque chose ne fonctionne pas. Vinícius a marqué un superbe but. Pourquoi ne le célèbre-t-il pas comme Eusébio, Pelé ou Di Stéfano ? »
C’est là qu’on entre dans le processus habituel du matraquage à son encontre et de celui visant plus globalement les minorités : la victime est renvoyée à sa faute première, bien souvent bénigne par rapport aux conséquences. Ainsi, les célébrations, les chambrages, voire les insultes de Vinícius ne devraient jamais servir de prétexte à la défense de potentiels propos racistes. Le nombre de célébrations douteuses qui n’ont heureusement pas abouti à de telles scènes devrait interroger sur le ciblage dont il est victime.

Benfica et son joueur se sont déjà défendus en affirmant que le Brésilien n’aurait pas bien compris les mots de Prestianni, qui a courageusement pris soin de mettre le maillot devant sa bouche et assure avoir dit « pédé » plutôt que « singe » comme si l’un était moins grave que l’autre, et que le reste des Madrilènes étaient trop loin pour entendre ce qui avait été dit.
« On sait que finalement on ne saura jamais. On est tous derrière Vini. Il nous a dit ce qu’il s’est passé, le gars de l’équipe adverse a dit que ce n’était pas vrai », a soufflé Tchouaméni. Son coéquipier Mbappé a lui été beaucoup plus tranchant et clair, dans un propos nuancé et admirablement construit : « Le numéro 25 de Benfica, je ne veux pas dire son nom, il ne le mérite pas, a commencé à mal parler. Ça ne s’accepte pas, mais ça arrive dans le foot et ça arrivera. Mais après, il a mis son maillot comme ça (il montre le geste de mettre son maillot devant sa bouche) pour dire à Vini que c’était un singe à cinq reprises. Je l’ai entendu, il y a des joueurs de Benfica qui l’ont entendu aussi. Après ça, il s’est passé tout ce que vous avez vu. »
Hélas, Vinícius a dû essuyer tellement de plâtres qu’il n’est plus question de savoir si les propos sont racistes. S’ils ne l’étaient mardi, peut-être le seront-ils dans deux semaines, s’ils ne viennent pas d’un joueur argentin, peut-être seront-ils scandés par un groupe de supporters… Le Brésilien se bat contre des moulins à paroles et cela ne semble toujours pas inquiéter les instances. Tant qu’il continue à danser, tout le monde fermera les yeux et se bouchera les oreilles.
Affaire Prestianni-Vinícius : Benfica soutient son joueurPar Enzo Leanni










































