- Mondial 2026
- Mexique
La torteria des Ochoa, une table de choix

Six Coupes du monde. Voici le record qui permet à Memo Ochoa d’entrer dans la légende de la Coupe du monde en compagnie de Cristiano Ronaldo et Leo Messi. Pourtant avant d’avoir son rond de serviette à la table de ces deux monstres, il s’asseyait à celle de Don Polo, une institution de la ville de Mexico fondée par sa famille. Forcément, on a voulu aller goûter.
Généralement, quand on veut bien manger dans une ville inconnue, il faut faire confiance aux locaux. Depuis la sortie de la station Hospital 20 de Noviembre, sur la ligne 12 du métro de la ville de Mexico, il suffit donc de traverser l’avenue Félix-Cuevas et de se glisser dans la longue queue qui se forme devant un établissement à la devanture orange et vert. « Torteria Don Polo, restaurant familial depuis 1956 », annonce la devanture de ce vénérable établissement. Ce qu’elle ne dit pas en revanche, c’est que cette institution du quartier Colonia Del Valle appartient à la famille de Guillermo Ochoa. La légende du football mexicain aux 152 sélections qui vient d’émouvoir le pays en annonçant à 40 ans sa retraite à l’issue de la Coupe du monde y a d’ailleurs servi des tortas et des jus de fruits frais avant de faire des parades.

Mas que un casse-croûte
À l’intérieur, l’établissement ressemble à une cafétéria typique mexicaine des années 1950. Derrière un long comptoir en zinc, les cuisiniers s’affairent. Des serveurs habillés en chemise blanche et tablier noir circulent entre les tables, tandis qu’un portrait contemple les clients. Un homme tout en costume rayé et moustache semble surveiller le travail des équipes. Cet homme, c’est Don Leopoldo Sánchez Preciado, le fameux Don Polo, ainsi que l’oncle de Guillermo Ochoa. En 1956, il débarque de la petite ville de Colima à l’ouest du pays. Bien décidé à en découdre avec la vie urbaine, il commence par monter, avec 50 pesos en poche, un stand de jus de fruits sur l’avenue Félix-Cuevas. Le succès arrive vite grâce à une idée de génie. En plus des jus de fruits, l’homme se met à préparer des sandwichs.

Pas n’importe lesquels : selon la légende, Don Polo serait l’inventeur des « tortas calientes », ces sandwichs toastés que l’on retrouve partout en ville. Un coup de maître qui lui permet donc d’ouvrir un vrai restaurant en 1958 et d’y servir ses nombreuses créations parmi lesquelles la torta cubana (rôti de porc, fromage, avocat). Les affaires sont fleurissantes et Don Polo ouvre deux autres adresses.

Le secret du champion ?
Au début des années 2000, Guillermo Ochoa, jeune promesse de l’América, alterne entraînements et tours de service. Et puis parfois, quand il a un petit creux après la chauffe, il passe à table avec ses coéquipiers. Souvent, le gardien de but demande à son père de lui confectionner un sandwich qui ne figure pas à la carte. « Je lui disais, prépare-moi une torta avec de l’avocat et les quatre différents types de fromage », racontait-il au journal mexicain El Financiero. Le résultat, dégoulinant de fromage et servi de surcroît avec des frijoles, n’est pas franchement recommandé par les diététiciens de l’América, mais il se retrouve vite au menu et fait le bonheur des clients.
C’est un restaurant qui a quasiment 70 ans, c’est incroyable qu’il fonctionne encore, que les gens continuent à y aller.
Aujourd’hui, la « torta suiza » est devenue l’une des spécialités de Don Polo. « C’est un restaurant qui a quasiment 70 ans, c’est incroyable qu’il fonctionne encore, que les gens continuent à y aller » s’émouvait récemment Ochoa. La recette du succès ? La qualité des tortas et des délicieux jus de fruits essentiellement. Chez Don Polo, on ne se préoccupe pas franchement de la hype. Pas de portrait du fils prodigue, pas de télé pour la Coupe du monde, pas de matraquage sur les réseaux sociaux, l’établissement a l’assurance tranquille de ces 70 bâtons. Vu le nombre de cannes et de déambulateurs dans la salle, il n’est d’ailleurs pas à exclure que de nombreux habitués le fréquentent depuis son ouverture. L’ancien goal d’Ajaccio vient lui aussi encore régulièrement s’attabler dans le restaurant fondé par son oncle. Pour faire baisser l’âge moyen de la clientèle ?
Revivez : Mexique - Corée du Sud (1-0)Par Arthur Jeanne, à Mexico



















































