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Jérémy Jacquet, le dilemme de Rennes et du foot français

Par Clément Gavard
5 minutes

L’Angleterre, notamment Chelsea, fait les yeux doux à Jérémy Jacquet, au cœur d’un petit feuilleton cet hiver. Si le défenseur de 20 ans est attendu sur la pelouse du Roazhon Park contre Lorient ce samedi, le Stade rennais peine toujours à allier formation et ambition, encore plus dans le contexte économique actuel du foot français.

Jérémy Jacquet, le dilemme de Rennes et du foot français

Qu’est-ce qui sépare un simple match de Ligue 2 au Moustoir d’un derby dans l’élite contre Lorient, sous les projecteurs et face à l’intérêt d’un cador de Premier League ? Un an tout pile, quasiment jour pour jour, pourrait répondre Jérémy Jacquet. Le 25 janvier 2025, un samedi soir, le défenseur disputait son dernier match avec Clermont, où il était prêté, dans la peau d’un 12e de deuxième division avec une défaite (3-2) et un but de la tête pour ses adieux. Il était alors rappelé par le Stade rennais, son club formateur, lâchant une indemnité pour récupérer le joueur et renforcer en urgence une défense à la rue.

Nous voilà en janvier 2026 et le joueur a déjà pris une autre dimension. De retour de suspension et après deux semaines sans jouer, Jacquet retrouve le Roazhon Park et Lorient, pour un autre samedi soir, sans que l’on ne sache encore si cela sera sa dernière apparition sous le maillot rennais. Le double J est dans le viseur de Chelsea, qui aimerait ajouter le défenseur prometteur à son effectif colossal dès cet hiver. Au milieu, le club breton se retrouve face à la réalité économique du foot français et un dilemme : s’assurer une sécurité financière ou profiter un peu plus longtemps de la qualité de sa formation pour essayer de réaliser ses ambitions.

Une réalité difficile à accepter

Dès la semaine dernière, après le nul contre Le Havre sans Jacquet, qui était dans les tribunes, Habib Beye avait fait passer le message légitime qu’il n’imaginait pas vivre la deuxième partie de saison sans un joueur qui aura toujours été aligné titulaire cette saison quand il était disponible. « J’estime que Jérémy est très important pour nos objectifs, et que s’il devait partir, il faudrait revoir ces objectifs à la baisse, avait tranché le coach rennais. On doit savoir résister à ce type d’approche, après il y a plusieurs paramètres que je ne maîtrise pas dans ce dossier. […] Dans cinq mois, il sera un joueur plus abouti, ce serait gagnant-gagnant pour tout le monde. » 

Il y a une réalité économique, et je n’aurai pas toujours mon mot à dire.

Habib Beye

Revenu de nulle part après une crise en novembre qui avait failli provoquer le départ de Beye, le Stade rennais a retrouvé de la hauteur et de l’appétit, avec six victoires lors des neuf derniers matchs de championnat et une proximité avec le top 4, synonyme de Ligue des champions en fin de saison. Si son entraîneur répète qu’il est « bluffé de voir le calme » avec lequel le joueur gère cette agitation autour de lui, il sait que le mercato hivernal peut encore réserver de (mauvaises) surprises, surtout dans les derniers jours. « Le marché, ce n’est pas moi qui le contrôle, continuait Beye ce jeudi. Il y a une réalité économique et je n’aurai pas toujours mon mot à dire. »

L’ancien international sénégalais n’est pas né de la dernière pluie et sait qu’un tel dossier se joue bien plus haut, où les propriétaires du club, la famille Pinault, comme les dirigeants sur place (Arnaud Pouille et Loïc Désiré) n’avaient pas envisagé un départ de Jacquet au mois de janvier, le joueur disposant déjà d’un « bon de sortie » en cas de belle offre l’été prochain. Tout s’anime depuis plusieurs jours, avec des approches concrètes et aussi des coups de bluff, autour d’un garçon de 20 ans qui compte une cinquantaine de matchs chez les pros (29 à Rennes), cinq sélections chez les Espoirs et aucune expérience en Coupe d’Europe. Chelsea et Liam Rosenior auraient sorti leurs meilleurs arguments pour la drague, quand Manchester City, qui a déjà recruté Marc Guéhi cette semaine, suivrait aussi l’affaire, selon BILD.

Formation et ambition, un mariage impossible ?

Ce sont de moins en moins les clubs qui font la loi dans ce genre de feuilleton, mais le Stade rennais est en position de négocier pour un joueur dont le contrat court jusqu’en 2029 et dont le nom figure dans les petits papiers de tous les plus grands clubs européens (même chez ceux qui ne peuvent pas se l’offrir). Il y a ce que veut faire le joueur, qui rêve peut-être des Bleus et de la Coupe du monde 2026 dans un coin de sa tête, et ce que pourra faire le club breton. Le sportif et l’image du SRFC, qui a mis l’identité au cœur des célébrations de ses 125 ans, plaident pour une résistance aux offensives à venir sur le marché ; la réalité économique du football français peut en revanche convaincre de plier face à une offre XXL, les dirigeants rennais attendant un possible record de vente, soit plus de 65 millions d’euros.

Une bouchée de pain pour un club appartenant à des actionnaires milliardaires ? Oui et non, le Stade rennais subissant comme d’autres la crise des droits TV et se préparant à une saison 2026-2027 encore plus difficile sans Bein Sports et les droits européens. Les plus de 420 millions d’euros de ventes sur les trois derniers exercices vont dans ce sens pour un club qui possède une masse salariale importante.

Se pose la question du mariage entre formation et ambition, un vieux débat sur les bords de la Vilaine, où la meilleure académie de l’Hexagone depuis trois saisons (et mise récemment à l’honneur dans la 529e Lettre hebdomaire de l’Observatoire du football CIES ) fournit davantage de gros chèques et de beaux joueurs à d’autres clubs que d’émotions sur le terrain au Roazhon Park. À Rennes, le Ballon d’or Ousmane Dembélé avait joué 22 matchs il y a dix ans, le champion d’Europe Désiré Doué en avait cumulé 76 et le Madrilène Eduardo Camavinga 88, pour ne citer qu’eux. Ce samedi soir, Jérémy Jacquet fêtera sa 30e en rouge et noir ; au fond, il faut espérer pour Rennes et pour la Ligue 1 que ce ne soit pas déjà le dernier.

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