S’abonner au mag
  • International
  • Guerre au Moyen-Orient

Qatar, Arabie saoudite, EAU : les argentiers du foot à l’épreuve de la guerre au Moyen-Orient

Par Théo Juvenet
5' 5 minutes
2 Réactions
Qatar, Arabie saoudite, EAU : les argentiers du foot à l’épreuve de la guerre au Moyen-Orient

Depuis des décennies, les pétromonarchies que sont le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite étalent leur influence et leur puissance en investissant massivement dans le football, grand argument de soft-power. Un statut qui pourrait être fragilisé si la guerre au Moyen-Orient venait à s’éterniser ?

Le 18 décembre 2022, au Lusail Stadium de Doha, plus d’un 1,5 milliard de téléspectateurs ont assisté à l’une des finales de Coupe du monde les plus marquantes de l’histoire. Le scénario d’une Argentine championne du monde a été le point d’orgue de la première grande messe du football organisée au Moyen-Orient, offrant une brillante vitrine au Qatar et plus largement aux pays du Golfe qui confirmaient leur statut de nouvelle place forte dans l’écosystème mondial du football (faisant presque oublier tous les scandales autour de la construction des stades).

Quatre ans plus tard, c’est ce même pays qui se retrouve enlisé, au même titre que les Émirats arabes unis avec Dubaï et l’Arabie saoudite dans le tourbillon d’une guerre sanglante entre le tandem États-Unis – Israël et l’Iran. Autant cibles de bombardements iraniens sur les bases militaires américaines sur leur sol que victimes collatérales de missiles détournés par les différents dômes de fer, ces trois pays ont aujourd’hui un point commun : la guerre, si elle venait à durer, pourrait redéfinir complètement le rôle qu’ils jouent dans le football mondial. Un statut bâti sur plusieurs décennies à coups de rachats, de milliards investis dans des clubs européens comme le PSG, Manchester City ou Newcastle, et d’événements sportifs en tout genre, qui menace d’être jeté en pâture par une guerre qui s’étend comme une tache d’huile.

L’investissement sportif comme bouclier

Quelle serait la tendance à suivre pour les pays du Golfe dans le scénario où les missiles continueraient à s’écraser sur leur sol ? Ce sont en tout cas des hauts lieux stratégiques pour l’Iran qui, à travers l’attaque des bases américaines installées sur les sols qataris, émiratis et saoudiens, trouve un parfait moyen de mettre la pression à ces pays afin qu’ils revoient leurs relations avec les États-Unis. Si le sport, dans sa pratique, passe totalement au second plan en temps de guerre, il apparaît comme un atout géopolitique indispensable et un rayonnement qui se doit d’être intact une fois que les bombardements cesseront. En particulier dans les cas du Qatar et des Émirats arabes unis. « Ils sortent un peu du lot car ce sont les pays les plus riches, éclaire Raphaël Le Magoariec, spécialiste du sport dans la géopolitique des pays du Golfe. Leurs investissements étrangers seront le poumon de leur survie, pour continuer à exister et à maintenir tout ce qu’ils ont construit lors des deux dernières décennies. Quand on parle de sport dans les pays du Golfe, on s’en fout du sport. Le sport, ça vient expliquer les enjeux de pouvoir, c’est un atout de puissance. Le sport n’est pas pratique, il met en action un récit et un moyen de rayonner. »

Le PSG est limite plus important que l’ambassade du Qatar en France. En cette période d’instabilité, ils ont encore plus besoin de ce rouage.

Raphaël Le Magoariec, spécialiste du sport dans la géopolitique des pays du Golfe

Dans l’exemple « proche » de Qatar Sport Investment (QSI) avec le PSG, le Qatar a donc tout intérêt à maintenir intacts ses investissements dans le club de la capitale, même en étant sous les bombes. Une manière de continuer d’exister sur la scène internationale selon Raphaël Le Magoariec : « Le PSG, c’est vraiment le cœur de leur projet sportif, leur ambassade à l’étranger. Le PSG est limite plus important que l’ambassade du Qatar en France. En cette période d’instabilité, ils ont encore plus besoin de ce rouage, poursuit le spécialiste. Ils ne vont pas renier ce qui appartient à leur architecture à l’étranger. D’autant plus qu’ils ne peuvent rien organiser chez eux tant qu’il n’y a pas de retour à la normale. » Selon nos informations, c’est d’ailleurs bien ce que compte faire le Qatar. Les dépenses imprévues liées à la sécurité n’auront « aucune conséquence sur ces investissements (sportifs) », à moins que la guerre « ne dure plusieurs mois ». « Pour l’instant, le Qatar a les moyens de faire les deux », souffle un proche du gouvernement qatari.

Préserver son « récit d’attractivité »

Si les riches pays du Golfe ont toujours fait partie d’une région soumise à l’instabilité géopolitique, leurs investissements dans le sport leur ont permis d’attirer des sportifs (et notamment des footballeurs en fin de carrière) et de se donner une image de pays sûr. Le genre d’image bâtie sur le long terme, qui peut totalement s’inverser à la vue d’un missile depuis la vitre d’un luxueux hôtel. Une problématique illustrée à elle toute seule par Dubaï, une destination très prisée par le sport de haut niveau. « Son attractivité est basée sur le fait que c’est le symbole du Moyen-Orient pacifié. Le régime iranien vient de décrédibiliser ce récit en quelques missiles. Ça met aussi entre parenthèses la stratégie d’événements de ces pays. C’est ce qui fait aujourd’hui le moteur de leur visibilité. Par exemple, Bahreïn est connu pour son Grand Prix de Formule 1, sinon ça ne parle à personne », poursuit Le Magoariec. Un « récit d’attractivité » primordial également pour préserver ce qui se passe à l’intérieur même de ces pays.

L’exemple le plus parlant est sans doute celui de l’Arabie saoudite, qui à travers son Fonds public d’investissement (le fameux PIF) et le projet Vision 2030 a complètement refondé son championnat national, en attirant toujours plus de joueurs de tout âge depuis les grands clubs européens. « Est-ce que les joueurs de foot présents là-bas vont rester ?, s’interroge Le Magoariec. Ça veut dire que l’Arabie saoudite devra mettre encore plus d’argent pour continuer à en attirer. Et là, il y a une prime de risque qui s’ajoute. […] Certains sportifs peuvent prendre peur de venir dans la région. » Si l’Arabie saoudite jouit d’une géographie plus vaste et qu’elle représente de facto moins de danger, l’instabilité géopolitique n’a jamais semblé aussi proche de perturber la course au rayonnement des pays du Golfe. En attendant de savoir quand la paix reviendra, ceux-ci comptent bien continuer à faire ce qui a fait leur réputation : se construire en se projetant à l’étranger via le sport et le football. Et ainsi chasser les démons d’un déclassement encore inimaginable après le Mondial qatari.

Dembélé sur la même ligne de départ que Sinner, Alcaraz, Duplantis, Márquez et Pogačar

Par Théo Juvenet

À lire aussi
Les grands récits de Society: Les disparus de Boutiers
  • Enquête
Les grands récits de Society: Les disparus de Boutiers

Les grands récits de Society: Les disparus de Boutiers

Une famille sort réveillonner et ne rentre jamais chez elle. C’était il y a 50 ans, et personne n’a jamais retrouvé la moindre trace ni le moindre indice sur ce qui est aujourd’hui la plus vieille affaire du pôle cold cases de Nanterre. On refait l’enquête.

Les grands récits de Society: Les disparus de Boutiers
Articles en tendances

Votre avis sur cet article

Les avis de nos lecteurs:

30
Revivez Barcelone - Atlético de Madrid (3-0)
Revivez Barcelone - Atlético de Madrid (3-0)

Revivez Barcelone - Atlético de Madrid (3-0)

Revivez Barcelone - Atlético de Madrid (3-0)

Nos partenaires

  • #Trashtalk: les vrais coulisses de la NBA.
  • Maillots, équipement, lifestyle - Degaine.
  • Magazine trimestriel de Mode, Culture et Société pour les vrais parents sur les vrais enfants.