- Ligue 1
Ce que révèle la publication des comptes de la DNCG pour le football français

Des pertes historiques, une dette énorme et une dépendance accrue aux ventes de joueurs ou aux dons des propriétaires : la récente publication du rapport de la DNCG confirme que le foot français vit sous perfusion.
Les artistes ne sont pas toujours à prendre aux mots. Quand Alain Bashung raconte que sa petite entreprise ne connaît pas la crise, Bashung parle de tout sauf d’Angers, de Marseille, de Strasbourg ou d’Amiens. Les entreprises du football français connaissent très bien la dépression. Elles y sont même habituées. Le déficit total des clubs de Ligue 1 atteint les 466 millions d’euros après les transferts. Pire : le déficit structurel des 34 clubs professionnels du foot français (Ajaccio et Martigues, qui ont déposé le bilan en fin de saison, ne sont pas comptés), dépasse 1,4 milliard d’euros. La récente publication du rapport de la DNCG pour la saison 2024-2025 prolonge une tendance lourde : sans les ventes de joueurs ou les apports de leurs actionnaires, les clubs de Ligue 1 devraient mettre la clef sous la porte. Pourtant, ils continuent leur activité.
Jardins nus d’expertise
Comme tout rapport de comptes, celui publié par la DNCG est truffé de chiffres, de millions et de bilans comptables. Sauf que contrairement à n’importe quelle entreprise saine, il regorge de tirets du 6, que les adeptes du Scrabble appellent les tirets demi-cadratins. Avant les transferts, ce signe négatif est placé devant le bilan des résultats financiers de tous les clubs français, Brest et Lille exceptés. Dans ce marasme, Marseille, Lyon, Nice, mais aussi Strasbourg et le PSG (avec des gros actionnaires) concentrent la grande majorité des trous. Les pertes d’Angers avant transferts ? 22 millions d’euros. Nantes ? 52. Lyon ? 208. En bref, les recettes des clubs français sont moins importantes que les dépenses.
Plusieurs raisons expliquent ce gouffre : les clubs de Ligue 1 payent la chute des revenus des droits télés, des coûts (salaires, mais aussi commissions d’agents ou facturations) qui ne diminuent pas, mais aussi à un gros recul des revenus issus d’« autres produits ». Ces derniers désignent notamment les revenus issus de l’accord entre la LFP et le fonds d’investissement CVC. Les pertes sont énormes. En cumulé, le résultat net global, c’est-à-dire le récapitulatif entre pertes et profits des clubs, atteint le double du déficit de la saison 2023-2024.

Les transferts, ces trésors satinés
Dans ce marasme, le respirateur artificiel s’appelle mercato. Les transferts jouent un rôle de plus en plus important pour la survie des clubs français. Les bons bilans de Lille, Lens et Brest vont dans ce sens, en plus de politiques de dépenses regardantes. À l’échelle de la Ligue 1, la part des transferts dans les recettes est passé de 17 % à 27 % environ en cinq ans, alors que celle des droits télés est passée de 43 % à 26 %. Les ventes de joueurs permettent d’atténuer les pertes. Mais cette dépendance, notamment à la Premier League et à l’Arabie saoudite, témoigne de la précarité du modèle économique. Les autres clubs sont réduits à faire appel à leurs actionnaires, signe que le foot n’est pas rentable pour lui-même. En cas de départ des investisseurs, ils devraient disparaître.
Après ces apports, sept clubs de Ligue 1 sont excédentaires à l’été 2025. Sept autres ont des pertes supérieures à 25 millions d’euros (contre quatre à l’été 2024). De l’autre côté, Paris concentre quasiment 39 % des revenus et 45 % des recettes de toute la Ligue 1. C’est plus que deux tiers des équipes du championnat. Ce triangle des Bermudes entre inégalités, pertes économiques et recours aux aides extérieurs (transferts, CVC ou actionnaires) signifie que le foot français est englué dans la crise. De nombreux clubs ont dû mettre la clef sous la porte, d’autres pourraient les suivre. Ces vertiges de l’amour ne font que commencer.
Les comptes de l’OL et de l’OM dans le rougePar Ulysse Llamas


























































