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Les clés tactiques de Bodø/Glimt, plus qu’une simple surprise

Par Mathieu Plasse
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Les clés tactiques de Bodø/Glimt, plus qu’une simple surprise

En l’espace de quelques semaines, Bodø/Glimt a fait tomber l’Atlético, Manchester City et a désintégré l’Inter en barrages de Ligue des champions. L’équipe norvégienne façonnée par Kjetil Knutsen n’est plus une surprise, c’est une machine parfaitement rodée. Allez, un peu de tableau noir avant le huitième de finale contre le Sporting.

Bodø/Glimt est-il un club comme les autres ? Question légitime, lorsque l’on voit cette escouade du cercle arctique enfiler les succès pour sa première apparition en Ligue des champions. Idem, quand cette même équipe gifle à deux reprises l’Inter, finaliste de l’édition précédente, et que son gourou Kjetil Knutsen répond au micro de TV2 : « Honnêtement, le match ne s’est pas déroulé comme prévu. On était nerveux et anxieux en première mi-temps. On a bien défendu, mais on n’a pas osé prendre de risques avec le ballon. » Désarçonnant au premier abord, mais rien de nouveau pour cet ancien instituteur, ayant toujours fait passer la performance avant le résultat. De quoi enseigner que cette victoire n’était pas une fin en soi, mais une étape : « On ne sait pas jusqu’où on peut aller, la seule certitude est qu’on est en huitièmes de finale. » Plus qu’une sensation ou un parcours irrationnel, Bodø/Glimt est le fruit d’un projet de jeu (et de club) très réfléchi.


Triangle des Bermudes, carré de Norvège

Parmi les nombreuses excuses de Cristian Chivu, une ressort : « Nous aurions pu attaquer différemment la surface adverse, mais je n’ai rien à reprocher. Avec 10 adversaires dans la surface adverse, c’était difficile. » Considérer la structure défensive de Bodø/Glimt comme un bloc bas ou un bus est réducteur. L’utilisation du terme « bloc compact » serait plus appropriée. À ce petit jeu, difficile de faire plus resserré. Si les Norvégiens affichent un 4-3-3 sur la feuille de match, c’est un milieu à quatre qui se dessine quand l’adversaire a le ballon.

Voici un schéma typique de Glimt face à des équipes monopolisant le ballon. Un bloc médian bas, où les milieux se rapprochent de la ligne défensive. Ce double rideau va non seulement coulisser de manière à rendre difficiles les transmissions sur les côtés, mais aussi les cassages de lignes avec le carré formé par les deux milieux (ici Patrick Berg et Sondre Fet) et les défenseurs centraux. Le tout accompagné d’une première ligne (ici Kasper Høgh et Ole Didrik Blomberg) afin de maintenir une pression sur les relanceurs adverses.

Si un ballon arrive à se faire une place dans ce carré, encore faut-il le porter dans cet océan de crève-la-dalle. Là, ce sont quatre joueurs qui pourchassent le porteur du ballon dans des zones réduites. Difficile d’avancer dans une telle situation, encore plus de combiner.

Exemple contre Manchester City, où Rodri est touché entre ces deux lignes avant de recevoir un traitement de faveur. Pas moins de six joueurs peuvent presser le Ballon d’or 2024 dans un petit périmètre. Håkon Evjen s’en chargera sur un retour défensif, avant que la Horde jaune ne fasse le break en contre-attaque.

Cette mise en place s’exécute dans un but bien précis : éviter que l’adversaire ne s’aventure dans la surface ou dans l’axe. Ce n’est pas un hasard si le seul but de l’Inter au match aller, inscrit par Sebastiano Esposito, arrive d’un centre de Nicolò Barella. Un indicateur permettant à Chivu de travailler cette faille, sachant que les Nerazzurri règnent en maître dans les duels aériens. Avec 15 buts, l’Inter est l’équipe la plus décisive sur corner depuis le début de saison, devant Arsenal. Un plan de jeu mieux rodé au Giuseppe-Meazza, mais qui ne permet pas d’être dangereux, même en tirant davantage au but (30 tirs contre 7, mais 2,29 xG contre 1,74 lors du match retour).


Du relationnel et du relationnisme

C’est un secret de polichinelle, une famille vit dans le club ayant placé le nord de la Norvège sur la carte. Dans le sens où certains d’entre eux avaient leurs propres pères jouant pour le club dans les années 1990, qu’il s’agisse de Patrick Berg, Håkon Evjen ou Fredrik Bjørkan. Autant dire qu’ils se connaissent sur le bout des doigts, sur et en dehors des terrains. De cette alchimie naît la possibilité de créer ce qui a fait réagir toute personne ayant vu un de leurs matchs : ces combinaisons en triangle permettant de casser de nombreuses lignes de pression. Des passes très courtes vers l’avant d’une méticulosité rare, pouvant concerner tous les joueurs du onze de départ.

Exemple sur le premier but de Bodø, où un triangle va se former dans l’entrejeu, afin que Sondre Fet puisse se retourner et envoyer le ballon sur le côté faible…

… une fois que le ballon a été avancé aux abords de la surface, c’est l’occasion de recréer un nouveau triangle. À commencer par une passe diagonale de Håkon Evjen pour Kasper Høgh qui adressera une talonnade lumineuse pour aspirer le défenseur et trouver Sondre Fet, à la conclusion des deux triangles et qui ne se loupera pas face à Yann Sommer.

Plus complexe cette fois : les interactions axiales se multiplient, au point que ce soit le latéral droit à l’origine du triangle et que Fet quitte le demi-espace gauche pour créer le triangle. Sans cela, le pressing de l’Inter serait beaucoup plus aisé. Bjørkan monte d’un cran sur son côté gauche, pour compenser l’abandon de poste de son milieu.

Tous ces mouvements rappellent un courant récent : le relationnisme. Aussi appelé « jeu apositionnel », il suppose le jeu comme une volonté d’avoir le plus de joueurs possibles dans une zone concrète, qu’importe la position originelle de ceux-ci. Une philosophie ayant germé du côté de Fernando Diniz à Fluminense. Un terme que l’on pourrait appliquer au jeu prôné par Kjetil Knutsen, tant l’on voit des mouvements divers et variés au fil des séquences. Mais il ne faut pas créer une dichotomie avec le jeu de position, ayant donné une énorme importance aux demi-espaces, souvent utilisés par Glimt de par ses passes diagonales. Dans ce cas, on pourrait parler d’une flexibilité positionnelle offrant une liberté, mais surtout une grande intelligence de jeu à son groupe.

Le défenseur Bjørkan semble ne pas avoir de solution au milieu de terrain…

… en réalité, Sondre Fet vide l’entrejeu afin que son vis-à-vis le suive, et que Håkon Evjen arrive de l’axe droit pour recevoir la relance. Une méthode qui se voit beaucoup dans la Roma de Gasperini, et qui fait gagner 30 mètres ici.

Autre exemple saisissant avec cette contre-attaque : le quatuor offensif paraît bien trop resserré pour faire quelque chose de concret…

… Alors qu’Evjen a renversé côté droit pour Jens Petter Hauge, Glimt a une bonne occasion de tuer dans l’espace libre. À la réception du ballon, Kasper Høgh va muer son appel en celui d’un ailier gauche, ayant remarqué la course explosive d’Evjen. De son côté, Blomberg va effectuer une de ces courses intérieures que l’on retrouve souvent chez les ailiers, servant à attirer Bastoni et Akanji vers lui. Ce qui permet au numéro 10 d’adresser un caviar à son milieu central. De quoi mieux comprendre sa tirade le concernant : « Jens Petter est comme Magnus Carlsen. Il a le don de tirer le meilleur de chacun quand il le faut. »

Kjetil Knutsen : « Pour moi, Glimt, c’est arriver à trouver des solutions quand on en a besoin. » Des propos qui dépassent le cadre du football, mais trouvant leur réalité dans le rectangle vert. Cette symbiose entre onze éléments que rien ne prédestinait à jouer de grandes affiches de Ligue des champions, on ne la voit nulle part ailleurs. Aujourd’hui, on prédit déjà un gros transfert pour Jens Petter Hauge ou Kasper Høgh. Au fil des titres en Eliteserien, Glimt a prôné la force de son collectif, apprenant le haut niveau étape par étape. Des déceptions en barrages de C1 au dernier carré de Ligue Europa la saison dernière, le groupe a pris en maturité et décelé ce qu’il fallait faire dans les grands rendez-vous. Pour en arriver à un statut privilégié, celui de chasseur de géants, et rappeler qu’une autre manière de penser le foot est possible.

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