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« Le sexisme est très systémique et encore trop ancré dans le foot »

Propos recueillis par Brice Bossavie
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Depuis deux ans, l’association Her Game Too lutte contre le sexisme dans le monde du football en Angleterre, notamment dans le milieu des supporters. Une initiative qui a fait du bruit, de nombreux clubs allant même jusqu’à nouer des partenariats avec l’association, à l’image d’Everton. Une branche française vient récemment d’ouvrir, dans un contexte forcément d’actualité.

Her Game Too existe en Angleterre depuis deux ans maintenant et vous venez de lancer une antenne française. Comment est-ce que ça s’est fait ?Hadrien Agnew François : Je m’occupe d’un groupe de supporters français de Liverpool et on avait créé un premier partenariat entre ce groupe de supporters et Her Game Too. Ça s’était bien passé, et Her Game Too m’a alors proposé de développer Her Game Too en France, comme c’est déjà le cas aux États-Unis. Donc tout est parti d’un partenariat ponctuel qui a débouché sur la création d’une antenne française de l’association. Notre objectif, c’est de se baser sur ce qui a été fait chez les Anglais : Her Game Too UK, c’est une association qui a quand même vraiment pris de l’ampleur en Angleterre, ils ont récemment été récompensés d’un prix devant la BBC, le club d’Everton est partenaire de l’association de façon officielle, Frank Lampard s’est d’ailleurs présenté avec un pin’s de l’association en conférence de presse… Notre but va être de faire pareil petit à petit, et de sensibiliser les supporters et les clubs vis-à-vis de ces problématiques de sexisme dans le monde du football.

Mon père et mon frère sont fans du PSG, ils sont pareils que moi, j’ai baigné dedans. Mais personne ne leur a jamais demandé pourquoi ils aiment le football.

Si vous avez lancé Her Game Too en France, c’est parce que vous sentez qu’il y a un manque sur ce sujet dans notre pays ?Anoush Morel : De mon côté, j’ai rejoint l’association par conviction et par admiration pour le travail qui a été fait par l’association en Angleterre. Après, sur un plan plus personnel, ça m’arrive tous les mois de débarquer en soirée ou dans un événement professionnel, et quand je dis que je suis fan de foot, on me dit « Ah ouais ? » avant de me demander qui a sauvé le PSG de la relégation en 2008. Je suis là à me dire : « Tu veux que je sorte tout le palmarès du PSG ? » Je peux le faire, mais ça ne va pas être très intéressant… Pareil sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter où je me prends très souvent des « retourne à la cuisine » en commentaire quand je parle de foot. Il y a toujours ce truc de justification de pourquoi j’aime mon club. Mon père et mon frère sont fans du PSG, ils sont pareils que moi, j’ai baigné dedans. Mais personne ne leur a jamais demandé pourquoi ils aiment le football. Maria Khaled : Surtout, c’est un sexisme qui n’existe pas seulement sur les réseaux sociaux où on pourrait se dire qu’il y a quelques trolls. Par exemple quand une femme va avec son copain voir un match au bar, on va dire au mec « Oh tu as de la chance, ta copine vient au bar avec toi pour le foot ! » J’ai déjà entendu ça pour des amies alors qu’elles étaient fans de l’équipe dont le match était diffusé. Des choses comme « Ah tu regardes le foot parce que tu veux plaire aux mecs. » En fait, ce sont des petits messages sexistes qui sont parfois maladroits sans que les gens ne s’en rendent compte, et on aimerait que les gens prennent conscience que ce qu’ils disent sur les femmes qui suivent le foot peut être déplacé.

Vous êtes actuellement en train de faire un sondage sur le sexisme dans le football auprès de supportrices. Que donnent les premiers résultats ?HAF : On n’a pas encore communiqué sur les résultats du sondage vu qu’il est encore en cours, mais à la question « Avez-vous été témoin ou victime d’abus sexiste sur les réseaux sociaux visant des supportrices de football ? » , on a pour l’instant 67,1% de oui, ce qui est évidemment énorme. Et pour la question « Avez-vous été témoin ou victime d’abus sexiste dans un stade ou un bar sportif ? » , on est à 36%, ce qui est plus faible que dans le virtuel, mais toujours très élevé. Ça nous prouve bien la nécessité de travailler sur ces problématiques avec le soutien des différents acteurs, que ce soit les groupes de supporters, les clubs, et évidemment les instances du football.

Du coup, est-ce que les récentes déclarations de Sonia Souid vous ont étonné(e)s ? AM : Non pas du tout. Je l’ai vécu personnellement, pas dans le football, mais dans l’équitation. Ça arrive tellement tous les jours que je pense que je peux réunir autour de moi 20 personnes pratiquantes du sport ou travaillant dans le milieu qui ont vécu des choses similaires. Mais ce qui est important à dire, c’est que ce n’est pas quelque chose de générationnel, ça concerne toutes les classes d’âge. La dernière fois que ça m’est arrivé dans le cadre professionnel, c’était avec un homme de 40 ans. Il avait juste une illusion de pouvoir et il a tenté de l’utiliser. Il y a des pouvoirs qui sont attribués à de très mauvaises personnes qui mériteraient d’être remplacées. C’est très systémique et c’est encore un peu trop ancré. Après, il y a des personnes qui se lèvent contre ça, je pense à des comptes Instagram qui dénoncent ces problèmes. Et il y a évidemment eu aussi Me Too qui a levé le voile sur pas mal de scandales.

Vous pensez qu’avec l’audit de la FFF et la mise en retrait de Noël Le Graët, on est à un tournant sur les questions du sexisme dans le football en France ?AM : J’espère que ce sera un moment charnière et pas juste un moment média et que les choses vont vraiment bouger après. Actuellement, que ce soit du côté de la presse, de la ministre des Sports, il y a un mouvement général, avec un « ennemi » commun. Mais j’aimerais que l’ennemi commun ne soit pas que Noël Le Graët, mais surtout ce qu’il représente. Il ne faut pas combattre l’homme, mais surtout ce qu’il incarne.

La plupart des valeurs des groupes ultras correspondent aux nôtres, donc on aimerait pouvoir faire quelque chose avec eux.

Qu’est-ce qui pourrait être fait selon vous en priorité dans le football français pour avoir un environnement plus accueillant pour les femmes ?AM : Je rêve qu’un joueur puisse s’élever contre le sexisme dans le foot publiquement pour que les supporters l’écoutent et se disent « Pourquoi il a dit ça ? » Même au début en s’en plaignant, « Oh la la, mais pourquoi il parle de sexisme ? » L’important c’est de planter la graine. Au niveau de l’embauche aussi, il y a quelque chose à faire. En Angleterre, il y a beaucoup de directrices de communication et d’attachées de presse femmes. En France et dans d’autres pays, c’est moins le cas. Pour les équipes premières masculines, il faut parfois rentrer dans le vestiaire et il y a des joueurs avec des convictions religieuses que ça peut déranger, ce que je peux comprendre. Mais en Angleterre, ils ont réussi à s’adapter à ça, donc pourquoi pas en France ? La directrice marketing et communication de l’OGC Nice est une femme par exemple, on n’en voit pas assez à ce genre de postes encore en France. Les choses sont encore à leurs débuts, mais ça va bouger j’espère.

Quelles sont les prochaines actions et les prochains objectifs que vous avez avec Her Game Too en France ?HAF : Dans un premier temps, on va essayer de trouver des profils intéressants afin de recruter des supportrices qui souhaitent rentrer avec nous dans notre campagne. On a aussi des contacts avec des clubs de foot, donc on va essayer de commencer à parler avec eux pour qu’ils connaissent déjà l’association et ensuite discuter de possibles partenariats ou actions. MK : Jusqu’à présent, on a aussi recruté nos premiers membres et on a mis en place nos réseaux sociaux pour essayer le plus possible de commencer à faire passer le message et sensibiliser un peu le public quand il y a des incidents liés au sexisme. On essaye de faire un peu monter notre voix et expliquer ce qu’on aimerait voir changer dans le milieu du foot. AM : On aimerait aussi beaucoup rencontrer des groupes de supporters. On est conscient que les groupes ultras ont d’autres choses à penser, mais je pense que la plupart de leurs valeurs correspondent aux nôtres, donc on aimerait pouvoir faire quelque chose avec eux. Mais il faut d’abord qu’on fasse des campagnes visibles avant d’arriver à ce point. On voit vraiment les choses à long terme en tout cas.

Propos recueillis par Brice Bossavie

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