- Free Gleizes
Le match que vous auriez dû regarder : Lens-Rouen, pour Christophe Gleizes

Cette rencontre entre le RC Lens et le FC Rouen aurait pu être un simple rendez-vous organisé afin de garder le rythme pour deux équipes contraintes de ne pas disputer le match hebdomadaire de leur championnat respectif. Mais ce samedi 11 avril, le club sang et or a décidé de se ranger aux côtés de Reporters sans frontières pour soutenir Christophe Gleizes, notre collègue emprisonné en Algérie depuis le 29 juin 2025 pour avoir exercé son métier. On y était, bien sûr.
Planté au cœur du paysage artésien, Bollaert-Delelis est un stade mythique du football français. Il suffit de quinze minutes à pied depuis la gare de Lens ou d’emprunter les routes bordées des imposants terrils de la région pour le rejoindre. Après la théorie, la pratique : ce mardi, un poids lourd entré en collision avec un TGV à un passage à niveau entre Béthune et Lens a malheureusement causé un mort et une quinzaine de blessés. Par conséquent, de nombreux trains ont été supprimés et, le prix de l’essence s’envolant à la suite du bazar lancé par un bonhomme orange au Moyen-Orient, trouver un covoit’ s’avère plus difficile que prévu. Bon, ce n’est rien : il reste un brin de chance, et quelques trajets reliant Paris et Lens. La cause rend ces péripéties dérisoires.
Parmi la marée de supporters lensois qui descendent du train se trouve une poignée de proches de Christophe, reconnaissables à leur écharpe « Free Gleizes ». « Le RC Lens figure parmi les premiers signataires de la pétition (qui compte plus de 30 000 signataires, NDLR), explique Pierre de La Saussay, l’un des meilleurs amis du journaliste. C’est un dispositif qu’on voulait mettre en place depuis plusieurs mois. Il y a trois ou quatre semaines, on a été contactés par Benjamin Parrot, le directeur général du RC Lens qui parraine cette année une promo du CELSA, école par laquelle est passée Chris. Tout s’est fait naturellement. »
« On vit, on dort et on agit pour Christophe »
Aux abords du stade, la foule peinte de rouge et de jaune se meut entre le doux parfum des frites de Ch’nord et celui de la bonne bière servie comme un élixir de vie. Une fois à l’intérieur, on peut distinguer plusieurs écharpes de soutien arborées fièrement par plusieurs familles. Pour l’échauffement, les joueurs portent des tee-shirts à l’effigie de notre collègue et ami. Ce n’est pas tout, car plusieurs messages passés dans le stade et une pancarte du RC Lens appellent à la mobilisation pour la libération de Christophe. « On se félicite du soutien que nous donnent la LFP et la FFF », sourit Pierre.

Il semblerait que cette joute ne soit d’ailleurs amicale que sur le papier tant les joyeux lurons du Pas-de-Calais donnent de la voix dès les premières foulées de leurs idoles. En tout, 20 074 spectateurs ont répondu à l’appel, ce qui est plutôt réjouissant quand on sait que les grands groupes d’ultras lensois n’étaient pas là. Une absence que regrette Romain, professeur d’histoire-géographie au collège de La Malassise (un établissement réputé du coin) venu apporter sa voix pour Christophe : « Je m’attendais à plus de monde et c’est dommage que les gros groupes ne soient pas venus, les Red Tigers tout ça… Mais bon ! »
Ça fait du bien de voir que mon club de cœur organise un tel évènement le jour où il devait affronter Paris, l’équipe préférée de Christophe.
L’enseignant poursuit : « Cela fait dix ans qu’un journaliste n’a pas pris autant de prison pour le fait d’exercer son métier, et ça fait du bien de voir que mon club de cœur organise un tel évènement le jour où il devait affronter Paris, l’équipe préférée de Christophe. » Cet abonné, habitué à chanter en tribune Marek avec ses potes et son frère, milite activement à son échelle pour la liberté de la presse : « Je travaille avec mes élèves sur le cas de Christophe Gleizes. Je leur ai proposé une expression libre, des lettres ou des dessins, pour s’engager dans cette cause. On a même fait un tournoi de foot pour lui et on lui a envoyé tout ce qu’on a fait, mais je ne sais pas s’il a pu lire. »
Avant que la bande de Florian Thauvin ne galope sur le pré, ce sont les parents de Christophe qui ont droit à une retentissante ovation après avoir donné le coup d’envoi fictif de la partie. Sa mère Sylvie et son beau-père Francis présentent un maillot du RCL floqué « Gleizes » le sourire aux lèvres : l’émotion est palpable. « On vit, on dort et on agit pour Christophe, témoigne sa mère au micro de Ligue 1+, diffuseur de la rencontre. Il ne faut pas se laisser prendre par le temps, qui est long, et on continue à être combatifs. »
On va faire savoir à Christophe ce qu’il s’est passé en son honneur. On n’oubliera jamais le soutien de Lens.
« On est particulièrement émus par votre soutien, reprend Francis. On va faire savoir à Christophe ce qu’il s’est passé en son honneur. On n’oubliera jamais le soutien de Lens. » Une atmosphère particulière se fait sentir, mais il faudrait rêver pour déceler un soupçon de tristesse. « Dignité, force et résilience, c’est un triptyque qui résume bien ses parents, explique Pierre. Je connais Chris depuis 32 ans, donc eux, depuis des décennies. »
Un match pour l’espoir
Sur le terrain, Lensois et Rouennais se rendent les coups. D’entrée de jeu, les hommes de Pierre Sage, qui a apporté son soutien à Christophe après la rencontre, imposent une certaine intensité aux visiteurs, qui ne sont pas désemparés pour autant. L’animation offensive proposée ne suffit pas, le score est nul et vierge à la pause. Mais qui dit pause à Lens dit frissons ! Fort heureusement, ceux-ci ne sont pas dus au petit vent venu rafraîchir les travées de Bollaert : ce sont Les Corons, repris par tout le stade, qui viennent enjoliver une journée déjà placée sous le signe de la célébration. Parce que oui, soutenir Christophe, c’est aussi vivre les émotions du sport et les apprécier à leur juste valeur.
Standing ovation de Bollaert pour la maman de 𝑪𝒉𝒓𝒊𝒔𝒕𝒐𝒑𝒉𝒆 𝑮𝒍𝒆𝒊𝒛𝒆𝒔, journaliste sportif détenu depuis 286 jours en Algérie, qui a donné le coup d'envoi de ce #RCLFCR 👏#FreeGleizes @sofoot @RSF_inter ➡️ https://t.co/Tzw57FkiBH pic.twitter.com/ZSXE9jAEqd
— L1+ (@ligue1plus) April 11, 2026
Si Wesley Saïd et Andrija Bulatovic (auteur d’un sublime coup franc) délivrent le peuple sang et or malgré la réduction de l’écart par Valentin Fuss, le RC Lens peut surtout se targuer d’avoir réussi son coup. Un petit groupe de supporters du FC Rouen fait un tour à la boutique du RC Lens malgré la courte défaite (2-1). Frédéric, passionné des Diables rouges depuis 1977, a fait quatre heures de route pour l’occasion. « Je trouve que c’est bien que le football se mobilise, car jusqu’à maintenant, il ne s’est pas passé grand-chose, admet le Seinomarin aux tempes grisonnantes. Que des clubs populaires comme Lens et Rouen se mobilisent, ça envoie un signal. J’ai l’impression qu’on oublie la cause alors que c’est important que les journalistes s’expriment sans qu’un État ne vienne l’emprisonner. […] Venir à Bollaert, c’est exceptionnel, et si c’est pour une bonne cause, c’est la cerise sur le gâteau. »
Jérémy, fidèle du peuple sang et or depuis son enfance, s’est ramené au temple lensois avec son cousin et son frère après 30 minutes de route. Le bonhomme, casquette de son club de toujours vissée sur le crâne, admet avoir découvert la situation de Christophe grâce aux actions mises en place lors du match. « Je ne connaissais pas du tout. Mais je vais faire quelques recherches », confie-t-il avec le sourire dans un petit parc près de l’antre lensois.
Il est 17 heures, moment opportun pour se bâfrer une fricadelle et des frites bien grasses à la brasserie La Loco, dont l’enseigne noire est décorée de ballons de baudruche rouges et jaunes. Là, de nombreux supporters lensois échangent autour de la rencontre. À plusieurs reprises, le nom de Christophe Gleizes est revenu. « Christophe a beaucoup donné au monde du sport, c’est normal que le monde du sport lui rende la pareille », conclut Pierre, son meilleur ami de toujours. Alors voilà, la mission du jour semble réussie : pousser l’engagement au-delà du stade, pour que la situation change au plus vite. Pour que Christophe Gleizes retrouve sa famille, ses amis et sa liberté.
Le RC Lens affiche son soutien à Christophe GleizesPar Suzanne Wanègue, à Lens






















































