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Hans Vanaken : « Je ne suis pas toujours un exemple pour les jeunes »
Avant d’affronter l’Olympique de Marseille avec le Club Bruges ce mercredi, Hans Vanaken se confie sur sa loyauté inébranlable envers la Venise du Nord. Le capitaine des Blauw en Zwart consolide année après année sa légende en Pro League et figure même dans les petits papiers de Rudi Garcia pour la Coupe du monde 2026.

À 33 ans, Hans Vanaken a fini le jeu à plusieurs reprises avec le Club Bruges : 544 matchs, 148 buts, six titres de champion, une Coupe nationale, huit campagnes de Ligue des champions et trois titres de meilleur joueur du championnat belge. Pourtant, l’élégant milieu offensif n’a jamais tenté sa chance au-delà des frontières du Plat Pays. De là à nourrir des regrets ? Il n’en est pas question pour celui qu’on a parfois surnommé le « Kevin De Bruyne Slow motion », qui a bien compris qu’on pouvait être heureux toute sa vie en restant au chaud à la maison.
Bonjour Hans. Avant toute chose, comment te sens-tu avant le match de Ligue des champions face à Marseille ce mercredi ? On sait que le Club Bruges jouera aussi sa place dans le top 24.
On espère gagner, bien sûr. Si on montre le même niveau que celui affiché face à Monaco en septembre (4-1) ou contre Barcelone en novembre (3-3), on a toutes nos chances. Le Club Bruges a connu un début d’année 2026 assez difficile, mais on revient bien ces dernières semaines. Ce ne serait toutefois pas un échec pour Bruges de louper les barrages. C’est difficile d’imaginer le championnat belge envoyer chaque année un représentant dans le top 24. Il est normal que les attentes soient plus élevées nous concernant, mais il ne faut pas oublier qu’il y a dix ans, Bruges était déjà content de ne serait-ce que jouer la Ligue des champions.
C’est probablement la question qu’on t’a le plus posée ces dernières années : pourquoi as-tu fait le choix de faire pratiquement toute ta carrière à Bruges plutôt que de tenter ta chance à l’étranger ?
Tout simplement parce que je suis très heureux ici. À Bruges, je joue pratiquement tous les matchs, je me bats pour des trophées collectifs et individuels chaque année, je joue la Ligue des champions… Je me sens bien dans ce contexte, donc pourquoi partir ? Pourquoi irais-je dans un club étranger pour jouer le ventre mou ou le maintien ? Le Club m’a toujours accordé une grande confiance, en revalorisant régulièrement mon contrat. Et, pour être honnête, peu de clubs sont venus frapper à ma porte ces dernières années.
Tout est une question de data aujourd’hui : il faut courir telle distance, tel nombre de mètres à haute intensité… Mais tout ça, ça ne sera jamais mon truc.
Vraiment ? Pourtant, tu sors quand même régulièrement de bonnes prestations en Ligue des champions…
J’ai toujours entendu que je figurais dans telle ou telle liste, sans savoir à quel point ces listes étaient longues. La seule équipe qui a sérieusement cherché à me recruter, c’est West Ham. Ils sont revenus à la charge trois années de suite, leur coach (David Moyes à l’époque, NDLR) me voulait vraiment. J’étais ouvert à un départ, mais le Club m’a demandé de rester. J’étais tellement heureux à Bruges, je n’avais pas envie de forcer mon transfert et tout foutre en l’air avec les gens du club. Ce n’était de toute façon pas dans mon caractère. Si j’étais parti, ça aurait été une belle opportunité à titre personnel, mais rester me convenait aussi.
Tu aurais certainement gagné beaucoup plus d’argent en Angleterre.
Bien sûr, et l’argent reste quelque chose d’important. Bruges m’avait offert un bon contrat pour me remercier d’être resté, j’estime que c’était un juste retour des choses. On veut toujours gagner le plus possible pour sa famille, mais on a tous commencé à jouer au football parce qu’on voulait s’amuser. J’aime tellement ce sport, c’est toujours un plaisir de venir m’entraîner ici.
Ton style de jeu particulier a-t-il pu refroidir certains clubs ?
C’est plutôt une question qu’il faudrait poser aux clubs qui ne m’ont pas recruté (sourire). Je ne corresponds effectivement pas à l’image qu’on se fait d’un milieu offensif. (Il fait 1,95 m, NDLR.) Je ne suis pas très rapide, mais je ne pense pas que ce soit la qualité la plus importante pour mon poste. J’ai toujours été un joueur qui jouait à l’intuition, je scanne constamment ce qui se passe sur le terrain, c’est quelque chose que je n’ai jamais eu besoin de travailler. À côté de ça, j’estime aussi être décisif pour marquer des buts et donner des passes décisives. Bien sûr, je préfère avoir le ballon, être dans une équipe dominante, mais j’ai aussi été performant dans un club plus modeste comme Lokeren ou lorsqu’il fallait pratiquer un jeu de transition en Ligue des champions. On ne saura jamais ce que j’aurais pu donner ailleurs. On dit souvent que j’aurais été fait pour le football d’il y a 20 ans ; honnêtement, je n’en sais rien.

Tu fêteras tes 34 ans dans quelques mois. Tu t’imagines terminer ta carrière à Bruges ?
Oui, j’estime que ce serait la meilleure chose pour moi. Je ne me vois honnêtement pas aller ailleurs pour le moment. J’ai un contrat ici jusqu’en 2027, mais je ne pense pas encore à raccrocher les crampons. Il faudra juste que Bruges veuille encore de moi, bien sûr.
C’est quoi ta définition du bonheur en tant que footballeur ?
Jouer des matchs est extrêmement important, c’est évident. Je ne veux pas que le football empiète sur ma vie privée, que ma femme ou ma fille me voient rentrer malheureux après un match. Mais au-delà de ça, j’ai surtout besoin d’être heureux en dehors du terrain : d’avoir une vie stable, d’être entouré de ma famille et de pouvoir continuer à mener une vie normale. Je ne ferai jamais un choix de carrière qui pourrait rendre ma femme malheureuse. C’est le genre de chose qui affecterait directement mes performances. On a la chance de vivre à Knokke, sur la côte belge, où la qualité de vie est excellente. J’ai l’impression d’être en vacances tous les jours. J’aime aussi la mentalité familiale des gens, ça me rappelle le Limbourg dont je suis originaire.
Tu n’es pas vraiment ce qu’on appelle un gros bosseur, n’est-ce pas ?
Non, je ne l’ai jamais été. À l’entraînement, je travaille à ma façon. Tout est une question de data dans les clubs aujourd’hui : il faut courir telle distance, tel nombre de mètres à haute intensité… Mais tout ça, ça ne sera jamais mon truc. J’en ai déjà discuté plusieurs fois avec le préparateur physique, parce qu’il voulait que je repousse mes limites, mais j’ai toujours dit que c’était impossible pour moi de changer ça.
C’est fou, car tu n’es absolument jamais blessé !
Oui, en 2025, j’ai joué près de 6 000 minutes de jeu. J’ai toujours dit que ne jamais aller à la salle de sport était mon secret pour éviter les blessures ! (Rires.) En réalité, je considère mon corps comme un cadeau, bien qu’il y ait aussi une bonne part de chance dans tout ça. Peut-être que le fait de ne pas être un joueur explosif me permet justement d’être épargné par les blessures.
Si j’ai envie d’un croissant au chocolat ou d’un burger, je ne m’en priverai pas, ce n’est pas une mauvaise chose.
Dans la vie de tous les jours, tu ne te refuses pas des petits plaisirs ?
Tout est tellement organisé dans la vie d’un footballeur. Les data, la nourriture, le sommeil… Parfois, c’est important de juste vivre pour se sentir bien dans sa tête, et donc sur le terrain ensuite. Si j’ai envie d’un croissant au chocolat ou d’un burger, je ne m’en priverai pas, ce n’est pas une mauvaise chose. Le Club le sait et me laisse tranquille, car les performances suivent sur le terrain. Si ce n’était pas le cas, ce serait peut-être une autre histoire… Disons que je ne suis pas toujours un exemple pour les jeunes joueurs. Tout le monde le sait ici à Bruges, et ils précisent généralement rapidement aux jeunes que j’ai ma propre manière de travailler et de vivre.
Peut-on dire que tu es un joueur old school ?
Oui, on peut dire ça. Le football n’est plus le même que celui que je connaissais en début de carrière. Quand je suis arrivé à Bruges en 2015, c’était un fonctionnement à l’ancienne. On arrivait au club, on déjeunait et on se retrouvait à 10 heures sur le terrain pour l’entraînement. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’autres choses entre les deux, avec un pré-échauffement, des soins, plein de trucs… La salle de sport est presque devenue obligatoire. Tout est mieux organisé.

Dernièrement, tu sembles enfin avoir voix au chapitre avec l’équipe nationale belge. Ça n’a pourtant pas toujours été facile pour toi avec les Diables rouges.
Sous Domenico Tedesco (de 2023 à 2025), je n’ai pas joué le moindre match. Mon style de jeu ne correspondait pas à sa vision du football, chose que je respecte tout à fait. Au bout d’un moment, je n’étais même plus dans les présélections… Avec Roberto Martínez (de 2016 à 2022), c’était différent, car il y avait une sacrée concurrence à cette époque : Kevin De Bruyne, Eden Hazard, Youri Tielemans, Axel Witsel… J’avais conscience de mon statut et j’étais déjà content d’être dans le groupe. J’ai quand même pu jouer quelques rencontres, notamment lors des qualifications pour le Mondial 2022.
Qu’est-ce qui a changé avec Rudi Garcia ? On l’a même vu te confier le brassard de capitaine face au Kazakhstan en novembre.
Rudi Garcia a été nommé sélectionneur juste après l’arrivée de Vincent Mannaert – ancien CEO du Club Bruges, qui me connaissait donc bien – à la tête de la Fédération belge. Je pense que ça a joué en ma faveur. On m’a donné ma chance lors des barrages de Ligue des nations face à l’Ukraine (défaite 3-1 à l’aller, puis victoire 3-0 au retour, NDLR) et je l’ai saisie, pour ensuite enchaîner les matchs. J’ai une bonne relation avec le coach : c’est quelqu’un de très calme, qui apprécie ma façon de jouer. Je n’avais pas joué la moindre minute au Qatar en 2022. Vu mon âge, ça sera cette année ma dernière occasion de jouer un match de Coupe du monde. J’espère pouvoir y jouer un rôle important.
La Belgique privée de Thibaut Courtois
Propos recueillis par François Linden, à Knokke























































