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Walid Regragui, des missions sans démission

Par Mohamed Helti
5 minutes

Battu en finale de la CAN 2025 à domicile, le Maroc a vu son rêve continental s’éteindre à quelques minutes du but. Une défaite douloureuse, vécue comme un échec national, qui a immédiatement relancé le débat autour de Walid Regragui. Faut-il tirer un trait sur le sélectionneur qui a pourtant installé les Lions de l’Atlas à un niveau inédit ces dernières années ?

Walid Regragui, des missions sans démission

« Quand comptez-vous présenter votre démission ? Ce soir ou demain matin ? » La séquence existe, elle a été filmée et diffusée : un journaliste pose la question à Walid Regragui en conférence de presse après la finale perdue, et le sélectionneur marocain choisit de ne pas y répondre directement. Cette question n’est pas juste une sortie agressive, c’est quelque chose qui traîne dans l’air. D’abord parce que Regragui n’a pas attendu la finale pour parler de départ. En amont du tournoi, il avait lui-même mis une condition à son avenir dans un entretien à l’émission espagnole El Chiringuito : « J’ai un contrat jusqu’à la Coupe du monde 2026, mais si on ne gagne pas la CAN 2025, ce contrat prendra fin et je partirai. […] Si tu ne gagnes pas, tu sais ce que tu dois faire. C’est logique. » Autrement dit : il avait déjà posé la pièce sur la table, avant même de jouer la dernière main.

Ensuite parce que le scénario « sélectionneur sur la sellette » n’est pas né avec la finale contre le Sénégal. Dès le début de la CAN, la pression était documentée, avec cette idée qui tournait partout : ne pas gagner à domicile, c’est s’exposer au couperet. Regragui n’a donc pas découvert la critique après le match : il a coaché sous plafond bas, avec une marge de manœuvre politique proche de zéro. C’est là que le parallèle régional devient utile : l’Algérie a vécu une scène cousine avec Djamel Belmadi. Pas la même phrase, mais la même logique : un journaliste lui demande s’il va démissionner en cas d’élimination, et Belmadi répond sèchement, en esquivant, comme pour repousser l’évidence à demain. Le Maghreb adore les cycles, et déteste leur moment de creux. En attendant, 48 heures après l’immense déception pour le Maroc, Regragui est là et bien là.

Un Maroc à la hauteur

Il n’a pas laissé la coupe à la maison – parce qu’elle était bien sur le sol marocain, ce dimanche soir –, et alors ? Sur la période récente, Regragui a un bilan très positif avec la sélection. Il compte 46 matchs à la tête du Maroc, pour 33 victoires, 9 nuls et 4 défaites, avec 91 buts marqués et 18 encaissés. Dans l’idée, ça raconte deux choses simples : une sélection qui gagne beaucoup, et une sélection qui encaisse très peu. À ce bilan comptable s’ajoute un marqueur de statut : il a déjà prouvé sa capacité à tenir le Maroc dans le très haut niveau, avec un rapport à la pression internationale qu’aucun discours ne remplace. Ce n’est pas un coach « prometteur », c’est un coach « déjà passé par là ».

Le problème, c’est que Regragui n’est pas seulement évalué sur ses résultats. Il est évalué sur son image, sa manière, ses sorties. Et la finale a offert un exemple parfait de ce qui peut se retourner contre lui : sa colère face à Brahim Díaz après le penalty manqué. Même sans en faire un procès moral, l’épisode a installé une critique précise. Regragui gère bien le collectif, mais peut mal gérer la scène, et exposer inutilement un joueur dans l’instant le plus fragile. Dit autrement : sa force émotionnelle, celle qui soude un vestiaire, peut aussi déborder et coûter en communication.

Tarik Sektioui pendant les JO à Paris
Tarik Sektioui pendant les JO à Paris

Le débat ne consiste pas à dire s’il est mauvais ou non – on ne l’est pas quand on enchaîne une demie de Coupe du monde et une finale de CAN en l’espace de trois ans –, mais de se demander s’il n’est pas trop inflammable. La Fédération doit décider si elle veut un coach lisse… ou un coach efficace. Dernier point : Regragui n’a jamais caché sa matrice. Il a revendiqué l’inspiration « France 98 » comme modèle de solidité plus que de spectacle, et cette manière de gagner sans forcément plaire fait partie du package. Le virer pour ça, ce serait le recruter pour une raison puis le licencier pour la même.

L’alternative Tarik Sektioui

Le nom de Tarik Sektioui circule comme remplaçant naturel. Son profil coche des cases : ancien international marocain, passé par l’Europe comme joueur (notamment au FC Porto), vainqueur de la Coupe de la confédération CAF avec la RS Berkane, et surtout issu, lui aussi, de l’écosystème Mohammed VI, qu’il cite régulièrement comme un levier central du renouveau du football marocain. Sur le papier, l’option est séduisante. Mais l’histoire récente invite à la prudence. Hervé Renard disposait d’une crédibilité africaine immédiate, Vahid Halilhodžić avait qualifié le Maroc pour la Coupe du monde 2022. Aucun des deux n’a pu inscrire son travail dans la durée. À chaque fois, le changement a été présenté comme un nouveau départ, sans régler la question centrale de la continuité.

Sektioui, aujourd’hui, reste avant tout le sélectionneur de l’équipe olympique, médaillée de bronze aux Jeux de Paris 2024, avec une légitimité encore en construction au niveau de la sélection A. Le promouvoir maintenant, dans l’après-finale, ce serait moins remplacer un entraîneur que changer d’échelle, comme le Maroc l’a déjà fait par le passé. La question n’est donc pas celle de sa compétence, mais du timing. La Fédération veut-elle relancer un pari, alors qu’elle dispose déjà d’un sélectionneur expérimenté, au bilan statistique solide et au vécu mondial avéré ? Regragui a ses défauts, mais il a aussi installé une équipe stable, difficile à battre, et habituée à la pression. Le pousser dehors aujourd’hui relèverait moins d’un choix stratégique que d’un réflexe déjà-vu.

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