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Bayeux : journal d'un condamné à l'exploit

Par Julien Delastre
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La défaite était attendue, presque écrite à l’avance (9-0). Mais ce mardi 13 janvier 2026, face à l’Olympique de Marseille, le Bayeux FC a surtout vécu une journée hors du temps. Dans le Bessin, au-delà du score, c’est ce moment rare, celui dont rêvent tous les amateurs de football, qui s’est gravé dans les mémoires.

Bayeux : journal d'un condamné à l'exploit

Dans un stade Michel-d’Ornano plein à craquer, désormais habitué aux scénarios horrifiques, le petit Poucet a sorti sa meilleure plume pour écrire son conte de fées face à l’ogre marseillais. Mardi 13 janvier, le club amateur du Bayeux FC, évoluant en Régionale 1, a côtoyé le monde professionnel. Pour ce match de clôture des 16es de finale de Coupe de France, le Bayeux FC s’est enfermé dans une bulle, instaurée 48 heures avant le coup d’envoi. Un choix assumé par Éric Fouda, le coach, soucieux de protéger son groupe, et lui-même, d’un monde médiatique encore inconnu, et désireux de garder les esprits concentrés pour continuer à rêver. Nous avons néanmoins pu suivre cette journée. Du petit-déjeuner au coup de sifflet final. Et à Bayeux, plus qu’ailleurs, on sait que les histoires peuvent se raconter sans paroles. La tapisserie en est témoin. Voici donc la tapisserie moderne de ce 13 janvier 2026, cousue heure par heure. La journée d’un club amateur plongé, le temps d’un match, dans le monde des grands.


9h04. Bayeux s’éveille. Sur la façade de la mairie, le jaune et le bleu ont pris le pouvoir. Les vitrines des commerces suivent le mouvement. Arthur David, adjoint du coach, fait le plein de journaux avant de les amener au groupe, qui réside à l’hôtel bayeusain du Lion-d’Or, transformé pour quelques heures en centre de préparation quasi professionnel. Pourtant, la plupart des joueurs ont un travail à côté du football. Pour affronter les stars phocéennes, certains ont posé des congés, d’autres ont décalé leurs vacances au ski.

9h31. Les vingt joueurs sélectionnés, ainsi que les membres du staff, prennent le petit déjeuner. Entre deux bouchées de croissant, ça se charrie avec quelques vannes pour relâcher la pression avant le « match d’une vie », comme certains l’appellent.

9h55. La question fatidique tombe enfin : « Qui récupères quel maillot ce soir, les mecs ? » Le débat est lancé. Les supporters marseillais du groupe ont déjà posé leurs options. Et oui, huit joueurs supportent l’OM, tout comme l’entraîneur et son adjoint. Mais aujourd’hui, les cœurs seront jaune et bleu.

10h02. Les premiers joueurs se lèvent pour se rendre dans une salle réservée aux massages et aux exercices de réveil musculaire. Oscar Lecanu, gardien de 23 ans, commercial dans la vraie vie, se fait étirer par Nathan Thébault, le kiné du club, encore en formation. De son côté, entre deux cafés, le milieu de terrain de 29 ans Florian Lemasson, qui travaille dans le monde agricole, suit Côme Thomasset de Longuemare, le préparateur physique, lui aussi en formation, en enchaînant les positions d’étirement. Au-delà des moments plus légers, tout le monde reste sérieux, appliqué.

10h15. Le groupe de l’Olympique de Marseille tombe. Lucas Lefèvre, défenseur de 24 ans, formé au Stade Malherbe de Caen et supporter de l’OM, se met alors à imaginer la composition probable de l’adversaire sur une feuille blanche. Puis vient le tour de celle de Bayeux. « De toute façon, ce soir, nous serons 20 011 », rappelle celui qui est aussi livreur.

10h54. Grégoire Delain, défenseur et capitaine emblématique du BFC, règle quelques affaires au téléphone pour son entreprise de volets, dont il est chef d’atelier. Et quand on dit volet, on ne parle pas des reprises.

12h58. Après un repas en équipe, c’est l’heure de la séance vidéo. Le coach-plombier, Éric Fouda, fait le show. Blagues, sourires, vannes bien placées. Puis il bascule en mode sérieux. Décorticage méthodique des habitudes marseillaises, toujours avec ce ton qui capte l’attention.

14h04. Temps libre, moment choisi pour sortir le Uno. Avant de commencer, tout le monde se met d’accord sur les règles afin d’éviter la triche. Ça serait idiot de voir le groupe se déchirer maintenant.

16h07. Des klaxons de voitures interrompent une partie de cartes. Ce sont des supporters venus rappeler à leurs joueurs que toute une ville est derrière eux. Eliott Péan, 21 ans, attaquant et étudiant en droit, prend déjà la mesure de la situation : « C’est déjà dingue, j’imagine même pas ce soir à d’Ornano devant 20 000 personnes. Ça va être la folie. »

16h25. Paul Aubel, le numéro 10 de l’équipe, revient à l’hôtel avec des escalopes. Certainement l’un des joueurs les plus expérimentés du groupe. En 2020, alors qu’il évoluait à Granville, il n’avait pas été retenu pour un match de Coupe de France face à l’OM. Vendredi, il a reçu un coup sur le pied lors d’un match amical. Cette fois-ci, pas question de louper ce rendez-vous. Alors il est prêt à tout pour être à 100 % le soir du match. Cela peut paraître étrange, mais on lui a conseillé de jouer avec un petit bout d’escalope dans la chaussure. « Ça devrait agir comme une seconde peau pour absorber les chocs. » À ce niveau-là, on ne laisse rien au hasard, même pas la boucherie.

18h00. Éric Fouda choisit d’effectuer sa causerie avant de prendre la direction du stade à bord du bus du Stade Malherbe de Caen. Pour ce moment fort, il laisse la tactique au vestiaire. À la place, un hymne à l’amour. Des mercis, du cœur, pour ce cadeau de Noël arrivé avec un peu de retard.

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19h21. Les joueurs font face à la première acclamation du kop bayeusain. Tous semblent à la fois impressionnés et fiers. Les banderoles humoristiques font leur apparition, comme celle dédiée au coach : « Fouda-mour ».

19h56. Les gardiens Oscar Lecanu et Corentin Driaux font leur entrée sur la pelouse. L’ambiance monte encore d’un cran. Les drapeaux jaune et bleu sont sortis, et le stade Michel-d’Ornano rugit. Le décor est planté. Le rêve peut commencer.

20h24. En tribune, Pierre a d’ailleurs joué au club avec plusieurs joueurs présents ce soir : « Je regarde leurs parcours de loin et ils méritent vraiment de jouer ce match. L’important, c’est qu’ils se fassent plaisir, et peu importe le résultat, ce sera énorme. »

20h49. Au moment de l’annonce de la composition du FC Bayeux, la scène est impressionnante. Le nom de chacun des joueurs amateurs est scandé par des milliers de supporters, comme s’ils entraient en Ligue des champions.

21h00. Le coup d’envoi est enfin donné. Au bout d’une minute de jeu, un premier arrêt d’Oscar Lecanu fait déjà trembler les Calvadosiens. Malheureusement, ils ne tiendront que 12 minutes avant d’encaisser le premier des neuf buts marseillais, par l’intermédiaire de l’Anglais Angel Gomes.

22h50. Coup de sifflet final. La défaite est lourde, mais l’aventure, si belle. Les tribunes ont répondu présentes du début à la fin, et les joueurs ont respecté la demande d’Éric Fouda : « Jouer comme le FC Bayeux, en proposant du football. » Alors, même s’ils n’ont pas réussi à faire trembler les filets olympiens, les Bayeusains se sont créés des occasions et sortent la tête haute. Et pour clôturer cette épopée, celle dont rêve n’importe quel joueur de football amateur, le coach Fouda a choisi une dernière fois les mots plutôt que les schémas en remerciant ses joueurs. Parce que les scores s’effacent, mais que ces moments restent gravé à vie.

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Par Julien Delastre

Tous propos recueillis par JD.
Photos : JD.

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