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Mais pourquoi le PSG prend-il autant de buts en Ligue des champions ?

Moins souverain défensivement que l’an dernier et plus exposé aux offensives adverses, le PSG ne semble pas avoir conservé l’une des assises majeures de son titre européen. Irrémédiable ?
Le dicton est connu : les attaques gagnent des matchs, les défenses gagnent des titres. En s’imposant largement sur sa pelouse face à Chelsea en huitièmes de finale allers de Ligue des champions, le PSG a confirmé la première partie de l’adage. Pour la seconde, cela demande à être révisé. Si Paris cartonne devant (31 buts déjà en C1), il flanche clairement derrière avec 17 buts encaissés, soit une moyenne de 1,55 but par rencontre. Des chiffres qui rapprochent les Parisiens de ceux du FC Barcelone (1,65 en 9 matchs) plutôt que des deux favoris annoncés de l’édition, Arsenal et le Bayern (0,55 et 1 après 9 matchs), et qui contrastent avec ce que les hommes d’Enrique avaient proposé l’an dernier (0,9 but par rencontre en 17 sorties).
Le seul départ de Gianluigi Donnarumma ne saurait expliquer la propension du PSG à offrir des buts à ses adversaires européens. Au centre de l’échiquier, et s’il ne l’érige pas en unique responsable, Didier Domi prévient : l’usure physique parisienne a sa part de responsabilité. « On est dans un engrenage où, pour toutes les équipes, n’avoir qu’une semaine de préparation, c’est un petit boulet. La préparation, c’est comme un seau d’eau. Au début, tu essayes de remplir le seau pendant trois, quatre semaines pour toute la saison, avec le cardio. Ensuite, tu accélères le débit du robinet, ça c’est la force, etc. Une semaine pour tenir une saison, c’est pas facile. C’est un petit boulet que Paris traîne, qui a entamé un peu la confiance, l’aisance technique. Quand le corps est fort, il obéit. Mais quand il est faible, c’est lui qui commande. » Mais au-delà de cette considération et avant de retrouver ces Blues qui se sont déjà goinfrés au Parc, comment expliquer ces largesses ?
→ À la perte de balle, Paris perd la tête
Le constat est simple, le PSG a concédé un peu plus de 40% de ses buts (7) à la suite de pertes de balle. Sur les transitions adverses, Paris est sur les talons. Comme face au Barça, où, après une perte de balle de Vitinha, les Catalans plantent en trois passes, avec des Parisiens obnubilés par leur contre-pressing et qui en oublient Ferran Torres dans leur dos.
Le Barça ouvre le score face au PSG après 19 minutes 🫨 Ça va trop vite à la perte de balle côté catalan et c'est Ferran Torres qui en profite sur un service de Rashford 🎯#BARPSG | #UCL pic.twitter.com/JIMm6hvg9P
— CANAL+ Foot (@CanalplusFoot) October 1, 2025
Ça irait, si c’était une exception. Mais les mêmes (mé)faits se sont produits au Bayern, Tottenham, Monaco et Chelsea sur le but d’Enzo Fernandez. « On voit beaucoup d’erreurs qu’on ne voyait pas l’année dernière », constate Didier Domi. Face à Chelsea, en plus du but du 2-2, Paris aurait pu le payer cher, dès le début de la rencontre, alors que João Pedro a manqué l’occasion de briller.

4e minute de jeu au Parc et João Neves perd un ballon le long de la ligne de touche. À la récupération, les Parisiens, qui se sont déjà projetés, sont dépassés par le ballon, et Chelsea est en surnombre.

À l’arrivée, Pacho est obligé de sortir sur le côté gauche, alors que Marquinhos est isolé dans la surface et se retrouve avec trois joueurs de Chelsea face à lui. Finalement, João Pedro manque le cadre, mais Paris est prévenu.
Encore une fois, Domi analyse ça à travers une baisse de régime parisienne. « Défendre c’est quoi ? Déjà, c’est de la concentration. Est-ce que le PSG en a perdu ? Oui. Est-ce que le pressing et le contre-pressing sont aussi bons ? Non, avance-t-il. Ensuite pour Paris, défendre, c’est attaquer avec une bonne protection, c’est-à-dire toujours attaquer en regardant comment on va défendre si on perd le ballon et inversement. Or, cette protection est moins bonne et tu vois des imprécisions dans les passes, un pressing moindre. »
→ Au rebond, ça dort beaucoup
Si Paris concède beaucoup de buts, c’est aussi parce qu’il donne souvent l’impression de s’arrêter de jouer. Pour le dire moins grossièrement, Paris est en difficulté sur les deuxièmes ballons ou sur les rebonds. Leverkusen, Tottenham, Sporting, Newcastle ou encore Monaco, autant de rencontres où Paris s’est fait piéger sur ce type de situation.

90e minute de Sporting-PSG, alors que Chevalier repousse une frappe de Trincão, trois joueurs portugais se projettent déjà sur le rebond, alors que seul Marquinhos semble en mouvement côté Paris. Derrière, Luis Suárez devance Nuno Mendes et marque le but de la victoire.
Domi y voit le signe d’un PSG à réaction : « Inconsciemment parfois, tu ne fais peut-être pas tous les efforts. C’est toujours la question de savoir si tu es pro actif ou réactif. » Des séquences où le PSG a fait preuve d’attentisme et l’a payé au prix fort, avec là encore, sept buts issus de ces phases de jeu. D’autant plus dommageable, lorsque l’on voit la force de frappe du PSG quand il maîtrise ce genre de ballons et peut partir en contre-attaque comme sur le but de Dembélé contre Chelsea.
→ Paris aspiré
Face aux Blues, Luis Enrique avait choisi de défendre en individuel, avec deux rôles clés largement analysés dans l’après-match : João Neves sur Cole Palmer et Achraf Hakimi sur Enzo Fernandez. Un positionnement défensif qui a forcément et volontairement déséquilibré l’équipe entre les phases offensives et défensives. « Une leçon de bravoure, de courage, même s’il a évidemment le matos » salue Domi, alors que cela a parfois coûté aux joueurs parisiens d’être aspirés par le ballon et désorganisés à la perte de balle. Au rugby, puisque c’est d’actualité, on dit souvent à la défense de ne pas se focaliser sur le ruck, mais d’observer l’attaque pour se placer en conséquence. La remarque pourrait se faire dans les rangs parisiens qui, trop souvent, se font prendre par un joueur au deuxième poteau ou qui arrive de plus loin après une longue course, comme sur le 2-2 contre Chelsea, contre Monaco ou encore le Barça, sans avoir été pisté par un défenseur rouge et bleu.

56e minute, sur le centre de Pedro Neto, alors que Zaïre-Emery est en retard, personne ne prend l’information sur Enzo Fernandez, pas beaucoup plus que sur João Pedro, esseulé au deuxième poteau.
Encore une histoire de protection pour Didier Domi. « Pour pouvoir gagner, il faut pouvoir prendre des risques et accepter d’être déséquilibré. La protection est moins bonne parce qu’il y a moins de coffre. Le pressing est moins bon. Peut-être parce qu’il faut calculer les efforts. C’est une question de confiance aussi, pas que physique, mais on peut voir sur certaines séquences que ça reste la force en défense. »
→ L’erreur est aussi individuelle
Forcément, quand on pointe du doigt les pertes de balle ou les erreurs d’inattention, on peut souvent trouver un coupable bien défini. Quel que soit le domaine, Vitinha, Nuno Mendes, Désiré Doué, Ilya Zabarnyi, Lucas Chevalier, Matvey Safonov ou encore Marquinhos ont chacun été directement responsables d’un ou plusieurs buts adverses. À l’image du capitaine, actuellement plus conforté par les perfs de ses concurrents qu’incontestable, mis en difficulté par la tactique choisie et souvent pris de vitesse par Pedro Neto au Parc des Princes, après une semaine compliquée au niveau personnel. « Quand il faut coller l’adversaire, il le fait très bien, mais parfois, il faut prendre un peu de distance pour pouvoir anticiper, surtout si on a moins de vitesse », note Domi, alors qu’on attend encore de savoir si le Portugais lui fera à nouveau face à Stamford Bridge. Mais le capitaine est loin d’être l’unique fautif, à l’image du but de Malo Gusto, qui émane d’un enchaînement de faillites individuelles.

28e minute de PSG-Chelsea, Malo Gusto est isolé côté droit et appelle Enzo Fernandez. L’Argentin ne manque pas l’opportunité et sert le latéral, qui égalise. Pacho et Neves sont focalisés sur leur marquage individuel et ne se préoccupent pas de ce qu’il y a dans le dos, Barcola lâche le sien sur Gusto alors que Mendes s’oublie et ne prend pas d’information sur sa zone, l’erreur est collective, mais témoigne d’un manque de lucidité ou de concentration.
Pour Domi aussi, Paris a offert l’égalisation aux Blues : « Paris donne le but. Normalement, Mendes et Pacho défendent de trois quarts. Là, ils ne regardent que le ballon. C’est des fautes qu’on voyait chez Nuno il y a trois ans, plus maintenant. Il a mangé tout le monde l’an dernier parce qu’il était plus concentré. Quand tu es un peu plus fatigué, tu rentres dans des habitudes, des mauvaises habitudes, où tu n’es pas à fond tout le temps, et la concentration en fait partie. S’ils retrouvent tout ça, ils iront loin. » Si non, il faudra encore compter sur la magie de Kvara ou Dembouz pour aller au bout.
Liam Rosenior pointe du doigt le week-end de repos du PSGPar Julien Faure
Tous propos recueillis par JF.
Captures d’écran : Canal + Sport, Youtube


















































