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Abdeljalil Medioub : « À la King’s World Cup, la France était l’équipe à abattre »

Propos recueillis par Pablo Lapeña

Abdeljalil Medioub rêvait de marcher dans les pas de Pelé et de Maradona, respectivement champions du monde sur le sol mexicain en 1970 et 1986. Lors de la King’s World Cup, un Mondial de football à sept organisé au Mexique par la boîte de Gerard Piqué, la France emmenée par Samir Nasri et Jérémy Ménez avait fière allure. Pour autant, Foot2Rue n’a pas su s’extirper du premier tour de la compétition, après une énorme polémique survenue lors du dernier match, face à l’Argentine. Tiens, tiens...

Abdeljalil Medioub : « À la King’s World Cup, la France était l’équipe à abattre »

Tu reviens tout juste de la King’s World Cup au Mexique. Dans quel état d’esprit te trouves-tu après cette élimination prématurée, et un peu polémique ?

On était très en colère contre l’arbitre, qui a fait des choix qu’on se doit de respecter, mais qui sont difficiles à accepter. On l’a bien fait comprendre à Piqué et aux organisateurs. Ce n’est pas normal de voir des choses comme ça dans un Mondial. Piqué était le premier à nous dire qu’il avait aussi connu de grandes injustices au cours de sa carrière, mais que jamais un match n’avait été rejoué pour autant. Il a reconnu que certains penaltys auraient pu être sifflés pour nous. D’où notre colère. Maintenant, les jours sont passés, mais on garde des regrets.

Quel a été le poids de l’arbitrage dans votre élimination ?

Déjà, il faut savoir que la plupart des arbitres étaient mexicains ou espagnols. Je parle espagnol couramment, donc j’arrivais à me faire comprendre facilement. Sur notre dernier match, je suis allé voir l’arbitre plusieurs fois pour avoir des explications. Il m’a dit qu’il aurait pu siffler un penalty en notre faveur sur une action litigieuse, mais il n’a rien sifflé. Quand je suis allé le voir à la fin du match, il ne voulait même plus me parler. Il a conduit notre équipe à sa perte.

Il y a notamment cette balle de match, repoussée par votre gardien avant de finalement rentrer dans le but ?

C’était une action bizarre. Quand je revois les images, la balle monte en l’air et j’ai l’impression qu’elle touche le plafond. Mais je ne peux rien affirmer. Certains disent oui, d’autres disent non. Apparemment, elle touche légèrement un projecteur, mais pas le plafond. En tout cas, on ne peut pas en vouloir à notre gardien Christian Nsapu. Il y avait écrit « no goal » sur les écrans, les lumières sont devenues noir et rouge, le joueur adverse était dépité après sa frappe… Mais quand j’ai vu le ballon revenir vers le but et l’arbitre courir vers la cage pour suivre la fin de l’action, j’ai dit « merde » ! C’est une situation qui fait vraiment chier.

Dans une compétition de ce genre, qui coûte des millions, tu ne peux pas te baser sur une vidéo d’un supporter pour décider du sort de notre Mondial. J’avais la rage !

Abdeljalil Medioub

Comment avez-vous réagi au sein de l’équipe à la suite de cette injustice ?

Nous sommes allés voir les responsables. Lorsque nous avons parlé à Piqué, j’étais présent. Avec Amine et Samir. Nous avons discuté un moment. Ce qui m’a le plus énervé, c’est que Piqué s’appuyait sur une vidéo filmée par un fan situé dans les tribunes à 60 mètres de l’action pour nous expliquer que la balle n’avait pas pu toucher le plafond ! Dans une compétition de ce genre, qui coûte des millions, tu ne peux pas te baser sur une vidéo d’un supporter pour décider du sort de notre Mondial. J’avais la rage ! On a quitté la compétition avec un goût amer en bouche. Le niveau, on l’avait. On aurait pu aller très loin, on avait une grosse équipe. Contre l’Argentine, on aurait pu gagner avec cinq buts d’écart !

La France éliminée par l’Argentine aux tirs au but : il y a comme un air de déjà-vu. Depuis le Mondial (de la FIFA), il y a une grosse rivalité entre les deux nations. Vous en avez parlé au sein du groupe ? Ça s’est ressenti sur le terrain ?

Certains joueurs ont pu évoquer cette rivalité au sein du groupe. Après, on ne peut rien reprocher aux Argentins au niveau de leur mentalité. Rien à dire. Je tiens à le souligner, car ce n’est pas le cas de toutes les équipes. Par exemple, le FC Pio (une équipe espagnole, NDLR) avait une mentalité de merde ! Mais les Argentins étaient respectueux et droits. Il n’y a eu aucun coup bas. Ils n’étaient pas là pour jouer la montre ou pour casser le rythme du match. Tout était réglo.

C’était très tendu face au FC Pio…

La veille du match, ils n’ont pas arrêté de nous narguer. Ils faisaient les malins. Certains de mes coéquipiers m’ont dit que les Espagnols voulaient « nous manger ». C’est vrai qu’après le match, ça a dégénéré. Amara Fofana a repris la célébration de Neymar en tirant la langue. Cela a été mal interprété, et il a été pris à partie par plusieurs de nos adversaires. Tout le monde est intervenu pour calmer les esprits. Mais je me suis quand même pris une patate dans la nuque ! (Rires.) D’ailleurs, un de leurs joueurs a été suspendu pour plusieurs matchs à la suite de cette dispute.

Sans entrer dans une forme de paranoïa, aviez-vous la sensation d’être logés à la même enseigne que les autres équipes ?

On avait la sensation d’être l’équipe à abattre ! On a ressenti ce sentiment tout au long de la compétition. Et je ne pense pas que ce ne soit qu’un sentiment. Tout le monde voulait nous éliminer. Je ne sais pas pourquoi. Nos adversaires se surpassaient contre nous, ils avaient plus envie que lors d’autres matchs.

Cette compétition t’a donné l’occasion de côtoyer de grands noms du foot. Pour un Marseillais, qu’est-ce que cela fait de jouer avec Samir Nasri ?

Quand il jouait à l’OM, j’étais ramasseur de balles au Vélodrome ! Donc forcément, c’est quelque chose ! Tout le monde sait qu’il a un gros caractère. J’ai appris à bien le connaître, et je peux affirmer que Samir est une personne très gentille qui a beaucoup d’amour à donner. Je me suis rapproché naturellement de lui : il est de Marseille, il est algérien… Il m’a donné beaucoup de conseils pour ma carrière. C’était super pour moi de jouer avec Samir.

Ménez et Nasri sont venus avec de la bonne volonté. Ils savaient que cette compétition pouvait changer nos vies.

Abdeljalil Medioub

En plus de Nasri, il y avait aussi Jérémy Ménez. À quel point le groupe a-t-il pu bénéficier de leur expérience ?

Ils ont beaucoup aidé l’équipe et ont facilité notre quotidien. Ils étaient très investis : ils ne loupaient aucun entraînement et ne négligeaient pas les soins. Une vraie préparation professionnelle, comme s’il s’agissait d’une très grande compétition. J’étais presque choqué de voir qu’ils mettaient autant d’envie et d’implication. Ils nous donnaient énormément de conseils. Ils sont venus avec de la bonne volonté. Ils savaient que cette compétition pouvait changer nos vies. Ils ont fait ça pour le plaisir, et pas par intérêt. C’est top, et c’est tout à leur honneur.

Tu aurais pu former une charnière centrale avec Adil Rami, mais finalement, il n’a pas été autorisé à venir. Pas trop déçu ?

Apparemment, Piqué était d’accord pour qu’on puisse ramener un autre joueur, et ce, à n’importe quel moment. Après, je ne maîtrise pas tous les tenants et les aboutissants. Peut-être qu’il a cédé sous la pression des autres équipes. En tout cas, ça aurait été incroyable d’avoir un joueur comme lui dans l’équipe. Il a énormément d’expérience et a réalisé une très grosse carrière. Il aurait pu nous apporter. Et en tant que grand fan de l’OM, ça aurait été bien d’avoir un ancien Marseillais de plus dans l’équipe !

Comment as-tu trouvé le format de la King’s League ?

C’est un mélange de foot, de hand, de water-polo, de Monopoly ! (Rires.) Certaines règles étaient un peu contraignantes. On n’avait pas l’habitude, on a dû s’adapter. Ce qui n’était pas le cas de quasiment toutes les autres équipes. Par exemple, j’ai évolué en Géorgie avec un joueur du FC Pio. Il m’a dit qu’il jouait depuis deux ans dans ce format-là. Nos adversaires étaient rodés, ils connaissaient bien les règles.

Dans quelle mesure les injustices subies par Foot2Rue pourraient remettre en question le futur de la King’s League en France, prévue pour 2025 ?

Je crois que cela n’aura pas vraiment d’impact. Amine a donné beaucoup de visibilité à la compétition grâce à ses lives. Je pense que cela a intéressé du monde. Les gens ne demandent qu’à revoir ce format-là, avec pourquoi pas plusieurs équipes qui pourraient représenter la France. Je suis convaincu que cela pourrait marcher.

Plus généralement, dans quelle mesure c’était un rêve pour toi de jouer cette compétition ? Finalement, c’est aussi une Coupe du monde…

J’avais la boule au ventre ! Au départ, je ne connaissais pas du tout. Un ami m’a envoyé le lien pour que je puisse m’inscrire. Je me suis dit « c’est quoi ça ? ». Je me suis inscrit au cas où, puis on m’a appelé pour les essais. Et là, grâce au live d’Amine, ça prend une autre ampleur. Plusieurs personnes m’ont reconnu dans la rue à Marseille. Encore plus que quand je jouais en Ligue 1 (11 matchs pros avec Bordeaux en 2021-2022, NDLR) ! Je ne m’attendais pas à tout ça ! Encore maintenant, je reçois énormément de messages de fans. Amine, avec ses lives sur Twitch, a donné beaucoup de visibilité aux joueurs de l’équipe. C’est une personne exceptionnelle, avec de fortes convictions

C’est Amine qui s’est occupé de toute la logistique autour de l’équipe ?

Non, je ne crois pas. Il était très investi, il s’entraînait avec nous, que ce soit pour tirer des penaltys ou pour prendre part à des petits jeux. Il a mis l’équipe dans les meilleures conditions pour qu’elle puisse aller le plus loin possible, mais il me semble que c’est la King’s League qui s’est occupée de toute notre organisation, que ce soit l’hôtel ou la nourriture. L’hôtel était plutôt bien, mais la bouffe laissait à désirer ! (Rires.) Amine, Samir et Jérémy dormaient dans un autre établissement, réservé aux streamers et aux personnalités.

Qu’est-ce que tu peux nous dire sur la vie de groupe de Foot2Rue ?

Ce qui était bien, c’est qu’il n’y avait pas de poison dans le groupe. C’était sain. Tout le monde s’entendait bien. Certains se connaissaient déjà. Par exemple, j’étais dans la même chambre que Clément Goguey, que j’ai connu au centre de formation de l’OM. Toute l’équipe mangeait ensemble, se promenait ensemble… J’ai fait de très belles rencontres : Yanis Barka, Salah Bouazza ou Lucas Valeri pour ne citer qu’eux. La petite déception, c’est qu’on n’a pas eu le temps de bien visiter México.

Je savais qu’en prenant une photo avec Piqué et le drapeau palestinien, mon message allait forcément avoir une meilleure visibilité. Peut-être que je l’ai mis dans la sauce !

Abdeljalil Medioub

Lors de la compétition, une photo de Piqué et toi avec un drapeau palestinien a fait le tour des réseaux sociaux. En quoi c’était important pour toi de faire passer ce message ?

Des supporters m’ont donné ce carton sur lequel le drapeau palestinien était dessiné. Quand j’ai vu Piqué, je me suis dit « pourquoi pas » ! Je ne connais pas ses convictions, mais je sais ce que Piqué représente. Je savais qu’en prenant une photo avec lui, mon message allait forcément avoir une meilleure visibilité. Peut-être que je l’ai mis dans la sauce ! (Rires.) La photo a bien circulé sur Internet, c’est le plus important. Si cela a permis à certaines personnes d’avoir une pensée pour ce qui se passe en Palestine, alors c’est une victoire.

Tu es actuellement sans club, ce qui n’est pas évident dans la vie d’un footballeur. Dans quelle mesure la situation en Palestine te permet-elle de relativiser ta situation ?

Ce qui se passe en Palestine, au Congo, à Haïti ou ailleurs dans le monde nous pousse obligatoirement à relativiser, à se dire qu’il y a plus grave ailleurs. Le football, c’est mon métier, c’est ma passion. Les pépins qu’on peut avoir ici ne sont pas les mêmes que ceux des Palestiniens. Cela nous amène à revoir notre sens des priorités.

Comment vois-tu ton avenir à court terme ?

J’espère retrouver un club qui me fasse confiance. Avec un entraîneur qui croit réellement en moi. J’ai envie d’être performant et d’enchaîner les matchs, car dans un coin de ma tête, j’espère un jour retrouver la sélection algérienne !

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Propos recueillis par Pablo Lapeña

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