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Pourquoi il ne faut pas attendre de miracle d'une Ligue 1 à 18 clubs

C’est le nouveau débat en France : passer ou pas à une Ligue 1 à 18 clubs. Vincent Labrune, président de la LFP, a allumé la mèche en proposant cette piste de réforme. Depuis, partisans et opposants se font face, argument contre argument. Mais si, finalement, ça ne changeait pas grand-chose ?

Dimanche dernier, le président de la LFP, Vincent Labrune, a lâché une bombe en proposant, dans le Journal du dimanche, de réfléchir à un changement d’organisation des compétitions, et notamment de passer à une Ligue 1 à 18 clubs. Son objectif ? Intensifier et resserrer le championnat, réduire l’élite et renforcer sa compétitivité. Dès lors, de très nombreux observateurs du football ont réagi, soutenant, pour la plupart, une telle idée. Le sélectionneur de l’équipe de France, Didier Deschamps, lui-même s’est déclaré favorable, considérant que cela permettrait de « tirer le foot français vers le haut. [...] Avoir quatre matchs de championnat en moins, ça va dans le sens de l’élite, [...] la Ligue 1 doit aller dans ce sens. »

Du côté des experts, même son de cloche. De nombreux économistes interrogés, comme Vincent Chaudel, directeur de l’Observatoire du Sport Business, ou Luc Arrondel, professeur à l’École d’économie de Paris (PSE), ont admis que ce projet serait positif et sans effet pervers. Par exemple : « Libérer des dates, c’est moins solliciter les joueurs et espérer qu’ils soient davantage performants sur la scène européenne. [...] De même, passer de 20 à 18 permettrait aux survivants de capter une plus grosse part du gâteau des droits TV, avec +10% à contrat constant. »

La théorie du gâteau


C'est justement là que le bât blesse. L’efficacité d’une telle mesure supposerait des contrats droits TV à prix « constant » , et il n’y a aucune certitude. D’abord parce que Mediapro, en pleine procédure de médiation et de conciliation avec la LFP, pourrait obtenir un rabais, puis parce que les diffuseurs, notamment Canal+ et Free, refuseraient très certainement une diminution du nombre de matchs sans obtenir une réduction des contrats. Si les chaînes ont payé plus d'un milliard pour 380 matchs par an jusqu’en 2024, elles ne vont pas accepter de payer autant pour 40 matchs en moins, sans audience, sans recette publicitaire ni programme de remplacement. Ainsi, l’argument de considérer que la diminution des participants permettrait de favoriser le partage du gâteau à la hausse est faux et hypocrite. La taille du gâteau baissera forcément.



Ceci dit, c’est là que la Ligue 1 à 18 devient intéressante et fait apparaître, malheureusement, un aveu d’échec pour la LFP. Plutôt que de partage du gâteau, il vaudrait mieux parler de la taille du gâteau, car avec l’épisode Mediapro et la catastrophique situation économique des clubs, victimes du confinement et de la crise sanitaire, de l’éparpillement des téléspectateurs et de la chute des audiences, les droits TV vont forcément baisser dans les années à venir. Comme le rappelait récemment l’ancien directeur d’Eurosport, Arnaud Simon, « le milliard, c’est terminé » . Si la Ligue se prépare à une future chute des droits TV, la moins pire des solutions serait donc d’assurer aux clubs les plus méritants de conserver quasiment la même somme qu’ils touchaient auparavant. Solution, si la taille du gâteau baisse, autant réduire le nombre de consommateurs de ce gâteau. Il n’y aurait donc absolument pas de majoration pour les équipes si la Ligue 1 passait à 18. Au mieux un gain inchangé, au pire une dévalorisation minimisée des dotations droits TV. Rajoutez à cela une baisse dans les recettes billetterie, à supposer que la réforme passera lors du retour des spectateurs dans les stades, avec 2 matchs à domicile en moins, et vous avez des conséquences économiques nulles voire négatives.

Sportivement, quel intérêt ?


En parallèle de l'analyse économique de la chose, certains répliquent en mettant surtout en avant l’intérêt sportif selon une règle a priori évidente : moins de clubs donc plus d’intensité compétitive, plus de challenge et plus de compétitivité. Seulement, l’argument ne tient pas. Entre 1997 et 2002, lorsque la LFP avait voté pour une division 1 à 18, à la fois pour soutenir l’équipe de France et les performances des clubs en Coupe d'Europe, le constat ne fut pas vraiment reluisant.
Certes, les Bleus ont remporté le Mondial 1998, mais les clubs n’ont pas brillé sur la scène continentale. D’ailleurs, Marseille champion d’Europe ou Monaco en finale de Ligue des champions, voire Lyon en demi-finales (on fera exception du PSG qui a atteint la finale la saison dernière lors d’un Final 8 après un championnat arrêté à la 27e journée), c’est arrivé avec une Ligue 1 à 20, pas à 18. Tout comme le deuxième titre mondial des Bleus.

De la même façon, l’intensité du championnat n’a pas grimpé avec moins d’équipes. Le nombre de buts moyen par match était par exemple de 2,18 entre 1997 et 2002 contre 2,23 entre 2003 et 2007. Selon Nicolas Scelles, économiste à l’université de Manchester et auteur d’une thèse sur l’incertitude des ligues, « passer de 20 à 18 équipes et de 38 à 34 matchs n'est pas censé avoir un impact notable sur l'équilibre compétitif. [...] Par le passé, je n'ai pas l'impression que cela ait eu un effet notable et durable sur les performances des clubs français. » En réalité, le seul intérêt qu’aurait le passage à 18 clubs, avec une réduction du nombre de rencontres, serait d’anticiper les futurs projets en Europe, de la Ligue des champions réformée en 2024, avec 8 matchs supplémentaires, au serpent de mer de la Superligue européenne. C'est tout. Tout le reste, tous les arguments économiques, sportifs, philosophiques ou culturels ne sont que littérature.

Par Pierre Rondeau
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