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Le livre de la semaine

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Le livre de la semaine

Michael Attali (dir.) “Sports et médias du XIXe siècle à nos jours” (Atlantica)

Impossible aujourd’hui de penser le sport, a fortiori le football, sans l’intégrer dans le système médiatique, qui en semble désormais l’un des principaux piliers économiques, voire idéologiques. Au point que la LFP projette de lancer sa propre chaine de télé, saisie d’une peur quasi-théologique après l’annonce du retrait probable d’Orange TV. Cette profonde osmose ne date pourtant pas de l’ère Canal Plus. Elle remonte aux origines de l’essor de la pratique sportive moderne et pose les bases de sa démocratisation.

Cet ouvrage collectif, d’esprit universitaire (autant vous prévenir), caresse donc l’ambition de démontrer à quel point médias et sport se révèlent, depuis la fin du dix-neuvième siècle, les deux phénomènes majeurs, presque normatifs, de la culture populaire et de quelles façons, multiples et variées, leur interdépendance en constitua l’un des signes distinctifs. Le cas du foot étant souvent abordé, es-qualité ou de biais, comme exemplaire cette logique quasi-incestueuse. La presse écrite concentre le gros des travaux. Elle a été certes d’abord au cœur de la diffusion et de la promotion du sport et en particulier de ses formes de « loisirs » ou « ludiques » , dont le ballon rond s’avérera vite en France, surtout à partir des années 30, arche-typique.

Que les journaux suivent plus ou moins intensément la vie sportive (quotidiens régionaux, d’actualité etc.) ou deviennent eux-mêmes créateurs d’événements comme L’Humanité et son fameux cross ou L’Auto, ancêtre de l’Équipe (dont la (re)naissance en 1945, après l’interdiction de son prédécesseur trop compromis pendant l’occupation, est disséquée dans un article expliquant par exemple comment furent neutralisés ses concurrents d’inspiration socialiste ou communiste), la montée en puissance du « fait social total » sportif ne s’explique pas sans ces puissants relais éditoriaux.

Le sport y devient aussi un enjeu ou s’expriment les batailles politiques (cf. le texte traitant du cas de la presse collaborationniste d’ultra-droite et de son regard plein de mépris pour le football) et d’expression des rivalités diplomatiques « euphémisées » après la seconde guerre mondiale. En retour l’hégémonie de l’empire des sports, et du ballon rond en particulier, suscite de nouveaux « problèmes de société » que les journalistes tentent d’appréhender avec plus ou moins de bonheur (cf. Didier Rey au sujet du foot corse ou Nicolas Hourcade sur la perception des ultras).

La Télévision (cf. la partie III) et surtout l’Internet (peu abordé) sont les deux facteurs qui transforment radicalement la donne à partir des années 80. Difficile de résumer la soixantaine de communications ramassée dans ce gros pavé, mais dont la lecture conforte au final le sentiment d’une lente, mais irrésistible, construction de la spécificité du foot au sein du monde sportif.

Nicolas Kssis-Martov

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