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Auxerre, la fin de l'âge de pierre

Nouveau président, investisseur extérieur, disparition progressive du trio Bourgoin-Hamel-Roux. Récemment, l'AJA a connu le plus grand bouleversement de son histoire. Des changements radicaux, mais nécessaires pour éviter la relégation administrative et enfin entrer dans le football moderne. Et tant pis si cela marque la fin d'une époque un peu désuète mais terriblement sympa.

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À Auxerre, le renouveau a un visage. Celui d'un homme rondouillard de 63 ans, aux cheveux blancs (forcément) qui commencent à se faire de plus en plus rares sur le devant du crâne. 63 ans, le bon âge pour couler une paisible retraite un peu partout en France. Mais l'âge de commencer le boulot lorsqu'on est à l'AJ Auxerre. Car du haut de ses 63 printemps, Guy Cotret fait figure de jeunot dans le club bourguignon, dont il vient de prendre la présidence. Venu au monde le dernier jour de l'année 1949, il incarne le nouveau visage de l'AJA. Un visage presque moderne. Celui d'un changement d'ère même. Il faut dire que le club icaunais partait de très loin. Si Cotret pourrait être le père des dynamiques présidents lorientais et toulousains, Loïc Féry (39 ans) et Olivier Sadran (44 ans), il insuffle autour de lui une odeur de neuf depuis son arrivée dans les bureaux de la route de Vaux.

À 73 ans, Gérard Bourgoin, diminué par des soucis de santé, était en bout de course. Pressé par la DNCG de trouver 5 millions d'euros sous peine de relégation en National, l'ancien roi du poulet a lancé les grandes manœuvres pour renflouer les caisses. « Notre but était de permettre à l'AJA de rester dans le monde professionnel. L'AJA ne méritait pas l'humiliation d'être rétrogradée après tout ce qu'elle a apporté au football français » , a déclaré Guy Cotret à son arrivée. Porte-parole de la société PLP (Paris Luxembourg Participations), l'homme qui a failli racheter Sedan a pris le pouvoir et donc mis fin à une organisation obsolète. Celle d'une SAOS (société anonyme à objet sportif) digne de l'équipe de pétanque du coin et dernier vestige d'un club passé de la DH à un quart de finale de Ligue des champions sans modifier son fonctionnement.

Dujon : « Il n'y avait plus le choix »

C'est d'ailleurs la voix presque tremblante que Gérard Bourgoin a annoncé la passation de pouvoir, synonyme de fin d'une certaine conception du football. « L'AJA tourne une page après une gestion associative pendant 35 ans. L'AJA régularise sa situation et devient comme tous les clubs, souligne l'ex-président. Mon premier bonheur, c'est de mettre l'AJA entre de bonnes mains. Pour moi, c'est un aboutissement après un an de réflexion et de recherche de partenaires financiers. C'est une très belle récompense et certainement le match le plus important de l'année que l'AJA ait gagné. »

Quand certains assurent que l'AJA a perdu sa particularité ou son âme, force est d'admettre qu'en regardant l'état des finances, tous s'accordent à dire que ce choix était devenu inévitable. La SAOS reste actionnaire minoritaire (40%) et propriétaire du stade ainsi que du nouveau centre de formation, mais Auxerre est bien entré dans le foot moderne et capitaliste du XXIe siècle. Un peu par choix, beaucoup par contrainte. « L'AJA peut dire merci à M. Cotret, sinon je ne sais pas ce qu'on serait devenus, souffle Alain Dujon (48 ans), patron du club avant le putsch de Bourgoin. C'est une bonne chose. Dans la situation actuelle, c'était inévitable. Mais un peu avant, il y avait d'autres choses à faire. Mais il aurait fallu la volonté de l'équipe dirigeante. Aujourd'hui, il n'y avait plus le choix.  »

Guy Roux fait de la résistance


Le changement juridique et organisationnel opéré, l'AJA a tourné une page importante de son histoire. Mais certains vestiges vont être difficiles à effacer. Soulagé d'avoir passé la main après deux ans de présidence marqués par une descente en Ligue 2, Bourgoin va désormais endosser le rôle de simple supporter. En cas de soucis, son portable sera toujours allumé pour gérer la transition. À 83 ans, Jean-Claude Hamel profite lui aussi de la retraite et son influence dans les hautes sphères du club décline à mesure que son âge avance. Reste le dernier membre du trio historique, et pas celui qui prend le moins de place, Guy Roux. Actuellement délégué à la formation et à l'école de foot, il compte bien conserver ses fonctions. Et même prendre place sur l'un des sept sièges du nouveau conseil d'administration.

Pas forcément du goût d'Alain Dujon, toujours actionnaire du club : « C'est lui qui voit, mais je n'arrive pas à comprendre. Il n'a peut-être pas demandé assez tôt. Mais je ne sais pas ce qu'il s'est passé avec les nouveaux actionnaires. C'est à eux de voir… » Le rendez-vous avec l'ancien entraîneur emblématique du club, prévu cette semaine, ne semble en tout cas pas effrayer plus que cela le nouveau président. « J'ai managé un très grand groupe bancaire (Caisse d'Épargne, ndlr). Rien ne me fait peur  » , assurait Cotret à ce sujet au micro de RMC. En attendant, les nouveaux repreneurs ont fait de la formation leur grande priorité, dans une logique « éducative et sociale » , et se refusent à fixer des objectifs trop élevés. Une méthode qui rappelle celle des plus belles années auxerroises. Car comme le dit Bourgoin : « Les hommes s'en vont, les affaires restent. »

Par Alexandre Alain
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