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  • Meistratzheim

On a rencontré le club le plus poissard de France

Par Théo Juvenet
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On a rencontré le club le plus poissard de France

Ces trois dernières années, l’US Meistratzheim est passé par toutes les émotions. Après avoir été entraîné par une légende du Racing Club de Strasbourg et enchaîné trois montées consécutives en district, ce club alsacien a connu toutes les galères possibles et imaginables : incendie du club-house, vol de câbles électriques, envahissement de terrain par des caravanes et même des chameaux... Une poisse inédite, que le club et ses bénévoles espèrent conjurer le plus vite possible.

L’histoire récente de l’US Meistratzheim résume assez bien le lot de galères du quotidien que peut connaître un club de district. Depuis cinq ans, l’association sportive de cette ville de 1 500 habitants située à une vingtaine de bornes de Strasbourg est passée de tout à (presque plus) rien. Les montées successives et les bons résultats ont progressivement laissé place aux galères à n’en plus finir : pelouse saccagée, incendies volontaires, blessures simultanées, câbles électriques dérobés… En quelque temps, l’US Meistratzheim est devenu un sérieux prétendant au titre de club le plus poissard de France. Et cette année, le Vrai Foot Day, notre journée d’hommage au foot amateur, met à l’honneur ce club aux 120 licenciés, premier garant de lien social à l’échelle locale. Qui, malgré cet enchaînement d’événements négatifs, ne compte pas se laisser abattre.

En plantant leurs piquets, les gens du voyage ont percé les arrivées d’eau pour l’arrosage. On a dû tout refaire. On était entre les 15 000 et les 20 000 euros de réparation.

Claude Meyer, président de l’US Meistratzheim

Bien avant les emmerdes, l’US Meistratzheim connaît ce que tout club de D5 rêve de connaître. En mai 2020, l’équipe senior du club est reprise par une légende locale : Jacky Duguépéroux, mythique coach du Racing Club de Strasbourg, qui reprend du service quatre ans seulement après avoir ramené le Racing en Ligue 1. De quoi faire de Meistratzheim la nouvelle attraction du coin : « Les premiers matchs amicaux aux débuts de Jacky, il y avait au moins 900 personnes au stade ! », se remémore fièrement Claude Meyer, président du club depuis 2019. Si Duguépéroux finit très vite par retourner entraîner à haut niveau régional, la machine est lancée : s’ensuivent trois montées consécutives de 2022 à 2024, faisant passer Meistratzheim de la rude D5 à la D2, avec un objectif régional clairement annoncé. La dynamique suit à ce niveau, où l’équipe fanion finit championne d’automne. « Après, les galères ont commencé. »

Gens du voyage, chute au ski et club-house en flammes

En réalité, elles ont débuté en 2023, un lendemain de montée en D3, où un énorme convoi de caravanes s’est installé sur les deux terrains du stade de l’Ehn. « En plantant leurs piquets, les gens du voyage ont percé les arrivées d’eau pour l’arrosage. On a dû tout refaire, souffle Meyer. On était entre les 15 000 et les 20 000 euros de réparation, sans compter les heures de bénévolat. » Un premier coup dur qui en appellera bien d’autres, y compris sur le plan sportif. Fin 2024, quand tout Meistratzheim croit à une nouvelle montée en fin de saison, l’équipe fanion perd dans un intervalle de temps très réduit… 13 joueurs sur blessure. « On a eu de tout : des genoux, des croisés, un gars qui s’est déboîté l’épaule au boulot, l’autre qui tombe au ski… Quand on récupérait un joueur, on en perdait deux ou trois autres derrière », constate le dirigeant. On est passé de champions d’automne à maintenus à la dernière journée. »

Tout le monde à Meistratzheim aurait signé des deux mains pour avoir une relégation plutôt que la suite. En avril 2025, quelques jours avant un loto, des individus mettent volontairement le feu au club-house de l’association. Un bâtiment construit par les premières mains de ce club fondé en 1959. « Les anciens membres du bureau ont fait des crédits personnels pour construire ce club-house », se désole encore aujourd’hui Meyer. Un élan de solidarité s’est alors mis en place entre clubs voisins (dont le RC Strasbourg) avec prêt de matériel et des installations, ou l’aide inattendue de Stéphane Loison (ex-président du FC Annecy), qui a épaulé le bureau dans la restructuration du club. La commune de Meistratzheim, seule entité capable d’agir sur un terrain communal, n’envisage cependant pas de reconstruction du club-house avant 2029.

« On a travaillé dur pendant 5 ans, j’ai créé une section jeunes. Sur cette période, on est passé de deux à 80 jeunes licenciés. Une fois, j’ai dit à la commune : “Aujourd’hui, vous avez de la chance que sur les 80 gamins, il y en ait 30% qui viennent du village, et il vaut mieux qu’ils soient au foot que de commettre des incivilités” », rejoue Anthony Coelho, ex-entraîneur et actuel joueur de la Une, en charge des jeunes. Un cirque local qui devient réalité. En représentation dans le bled d’à côté, un vrai cirque s’installe au mois d’octobre dernier à côté du terrain de Meistratzheim. Claude Meyer rit jaune à l’évocation de ce souvenir. « Ils ont accroché leurs chameaux et dromadaires à notre barrière de passage. Et avec leurs 800 kilos, ils ont fini par l’arracher… » La note n’étant visiblement pas assez salée, les propriétaires du cirque en ont même profité pour se brancher sur le tableau électrique provisoire (installé après l’incendie) et utiliser l’électricité du club.

Et quand c’est pas l’électricité, c’est l’eau. Installées hors sol pour alimenter les préfabriqués, les canalisations ont sauté deux fois en fin d’année, ne résistant pas aux températures négatives du Grand Est. Résultat : le club s’est retrouvé deux fois sans eau pendant une dizaine de jours. « C’est sympa quand on accueille des gens », grince Laurence Bircker Seyller, secrétaire du club. Mais le club n’est pas encore au bout de ses surprises. Un soir de décembre, l’éclairage ne fonctionne plus pour l’entraînement à venir des jeunes. Un électricien est dépêché sur place. Son verdict est sans appel : « Que voulez-vous que je répare, vous vous êtes fait faucher tous les câbles en cuivre ! Il y avait plus de 300 mètres de câble », poursuit la dirigeante.

Les fleischkiechle de Bernadette

Malgré tout, le club continue de vivre. Et ses membres trouvent du réconfort et de la cohésion tous les jeudis soir après l’entraînement. Cela se passe lors du repas préparé par Bernadette, maman du président Meyer et dirigeante historique. Ses cordons bleus faits maison et ses fleischkiechle (des boulettes de viande à l’alsacienne) donnent du baume au cœur à tout ce beau monde. Au point d’en faire un argument pour recruter ? C’est ce qu’affirme avec humour le président Meyer : « On n’a pas grand-chose pour attirer les joueurs, mais la qualité du repas fait beaucoup. Avant, on faisait à manger chacun notre tour, mais quand on avait trois fois spaghettis bolo sur quatre repas… fallait trouver autre chose. (Rires.) » Depuis, à Meistratzheim, c’est tout un club qui se bat pour sa lente reconstruction. Celle-ci passera entre autres par un maintien de l’équipe fanion, dernière de sa poule en D2, et faire en sorte que l’engouement reste intact dans l’association qui organise le plus d’événements sur la commune. « Aujourd’hui, il n’y a plus aucun bistrot dans le village, ni même dans les alentours, constate Claude Meyer. Le foot et nos manifestations permettent aux gens de se rencontrer, de sortir, manger, danser… Heureusement qu’on a ça. »

Le foot et nos manifestations permettent aux gens de se rencontrer, de sortir, manger, danser… Heureusement qu’on a ça.

Claude Meyer

Pour continuer à être un fier représentant du foot du dimanche, l’US Meistratzheim compte surtout sur son vivier local. L’année prochaine, c’est entre six et huit joueurs des U18 qui viendront renforcer le groupe senior. Un nombre rare, dans un contexte où les clubs de foot sont toujours moins nombreux en zone rurale. Les derniers chiffres indiquent qu’entre 2011 et 2019, près de 3 000 clubs ont fermé en France, dont plus de 70 % en zone rurale. Autre chiffre : le budget alloué aux sports en France (et au programme étatique Sport, jeunesse et vie associative) a baissé de près de 5% cette année. Sans oublier que de plus en plus de parents de joueurs privilégient désormais les grosses structures sportives plutôt que la solution de proximité.

« On a trois gros clubs autour de nous et malheureusement, il y en a qui préfèrent amener leurs gamins là-bas parce qu’ils ont une meilleure réputation et plus d’argent. Et finalement il y a beaucoup de jeunes qui passent leur samedi aprèm sur le banc ou qui ne sont pas convoqués. C’est dommage pour eux, en plus ils paient la licence plus cher », constate lucidement Laurence Bircker Seyller. Avoir toutes les catégories de jeunes (bien qu’en entente), c’est sans doute la locomotive future de l’US Meistratzheim, où le découragement des événements passés cohabite avec l’impossibilité de laisser le club mourir. « Je ne lâcherai pas le navire tant que le club-house ne sera pas reconstruit et qu’on n’aura pas une base saine pour repartir, jure Claude Meyer. Ce n’est pas moi qui mettrai la clé du club sous la porte. À un moment, il faut que ça s’arrête. » Faut-il leur dire merde ou leur souhaiter bonne chance ?

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