- France
- Troyes
Et si la multipropriété était le seul moyen de monter en Ligue 1 ?

Ce n’est pas nouveau : dans le foot, mieux vaut avoir de l’argent. Après Toulouse, Lorient et le Paris FC, Troyes est un nouveau promu issu d’une multipropriété. L’ombre de Manchester City est moins écrasante que celles de Chelsea et Bournemouth, mais les mêmes erreurs peuvent être très vite répétées.
Au moment de se poser dans le sofa pour une introspection, Renaud Ripart va forcément voir défiler ses deux dernières années en une fraction de seconde. Le torero a passé de longs mois de souffrance à cause d’une rupture du ligament croisé, mais pourra se rassurer en disant qu’il a pleinement participé au renouveau de son club lors des 24 derniers mois. Le 3 mai 2024, il rentrait sur la pelouse du stade de l’Aube et recevait, comme ses coéquipiers, la colère des supporters troyens en pleine face lorsque ceux-ci se sont mis à balancer plusieurs fumigènes sur le terrain. Une fin de match tendue pour clôturer une saison catastrophique. La relégation en National a finalement été annulée in extremis par la rétrogradation de Bordeaux.
Apprendre de ses échecs
Qu’est-ce qui a changé depuis ? Après l’échec de Patrick Kisnorbo, pur produit du City Group arrivé avec beaucoup d’attentes, et celui de David Guion, l’ESTAC s’est appuyée sur un expert de la Ligue 2 : Stéphane Dumont. Chef d’orchestre d’un collectif parfaitement huilé, il a mené sa jeune troupe jusqu’au sommet du championnat. Autour d’un Mathys Detourbet étincelant, d’un Tawfik Bentayeb surréaliste ou encore d’un Adrien Monfray imbougeable, Troyes n’a presque jamais tremblé de la saison, renversant les matchs les uns après les autres jusqu’à la fessée infligée à Saint-Étienne pour assurer la montée. Au Chaudron, s’il vous plaît.
L’ESTAC ne serait pas là sans le City Group.
Un an après Lorient et le Paris FC et quatre après Toulouse, voilà un nouveau club issu d’une multipropriété promu (on peut également ajouter Troyes, déjà monté en 2021). Si les remous de 2024 ont été causés par la mainmise du consortium qui possède notamment Manchester City, celui-ci n’est pas étranger non plus à la renaissance actuelle. « L’ESTAC ne serait pas là sans le City Group. La présence du City Group est très importante. C’est le travail de tout un club et de notre actionnaire aussi, qui nous apporte beaucoup de moyens. Pas simplement des moyens financiers, mais surtout humains. C’est important de le préciser aussi », s’est notamment félicité Edwin Pindi, président exécutif du club, au micro de RMC.
Plus Lorient que Strasbourg ?
Symbolisée par le vrai-faux transfert de Savinho (acheté par l’ESTAC sans y disputer le moindre match, prêté au PSV et, surtout, à Gérone, autre club du groupe, puis transféré à Manchester City), la relation entre les deux entités n’est pas partie du bon pied. Depuis, les dirigeants troyens ont remis les points sur les i, refusant d’être manié comme un vulgaire jouet. Dans un entretien à So Foot, Stéphane Dumont assurait que tout allait pour le mieux : « C’est une présence de tous les instants. On ne voit pas tout le monde en présentiel, mais il y a toujours un contact régulier. Avec un support agréable pour aller chercher de la compétence. » Le directeur sportif Antoine Sibierski, qui quittera son poste à l’issue de la saison, a permis un échange plus horizontal. Ainsi, des séminaires sont organisés très régulièrement pour échanger autour de la méthodologie de chaque club. De la même façon, une équipe de jeunes de Troyes se rend à Manchester tous les mois pour affronter la formation de leur catégorie d’âge des Cityzens.

On est donc (pour le moment en tout cas) loin de la relation Strasbourg-Chelsea où les Alsaciens regrettent d’être uniquement vus comme la réserve des Blues. Le City Group, fort de 13 clubs en son sein, ressemble davantage aux autres multipropriétés aperçues dans l’Hexagone depuis quelques années : Eagle à Lyon, mais aussi à Botafogo et Molenbeek, Black Knight à Lorient, Bournemouth et Moreirense, Ineos à Nice, Manchester United et Lausanne ou encore Core Sports Capital à Clermont, en Autriche, en Suisse et au Danemark. Les exemples deviennent trop nombreux pour tirer des conclusions et s’appuyer sur un modèle précis. La montée en Ligue 1 ne doit pas faire oublier les jets de fumigènes de mai 2024. Sortir de l’enfer ne garantit pas pour autant le paradis. Strasbourg peut rêver grand grâce à Chelsea, mais les supporters – les vrais, hein – assurent préférer leur ancienne vie, plus authentique. Dimanche, avant le match contre Lorient, ils se sont réunis avec ceux de Lorient pour dénoncer le « poison » de la multipropriété. Ceux de Troyes rejoindront probablement le cortège l’an prochain, quand Mathys Detourbet combinera avec Erling Haaland…
Troyes torpille Saint-Étienne et sera en Ligue 1 la saison prochainePar Enzo Leanni
























































