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« En équipe de France, il y a un Sénégalais : c’est Guy Stéphan »

Propos recueillis par Mathis Blineau-Choëmet
9' 9 minutes
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Avant de devenir l’acolyte de Didier Deschamps, Guy Stéphan a dirigé la sélection sénégalaise entre 2002 et 2005. À l’aube de ce France-Sénégal, trois joueurs de cette époque racontent la méthode Stéphan et expliquent en quoi cette expérience a compté avant ses quatorze ans chez les Bleus.

Casting :

Ferdinand Coly, défenseur du Sénégal entre 2000 et 2006

Omar Daf, latéral du Sénégal entre 1999 et 2012

Moussa N’Diaye, attaquant du Sénégal entre 1998 et 2006


Guy Stéphan devient sélectionneur du Sénégal en 2003, juste après votre incroyable parcours au Mondial 2002 et cette victoire contre la France. Comment son arrivée a-t-elle été perçue dans le groupe ?

Ferdinand Coly : On sortait d’une épopée historique et Guy Stéphan a succédé à Bruno Metsu. On se demandait si le coach Bruno Metsu allait continuer parce qu’il avait eu beaucoup de sollicitations. Finalement, il est parti et la fédération a choisi Guy Stéphan. Dès le début, les rapports étaient positifs entre lui et les joueurs.

Omar Daf : Guy avait déjà beaucoup d’expérience dans le championnat français, donc quand il est arrivé, la transition s’est faite de manière naturelle. Je me souviens de la première discussion que j’ai eue avec lui. Il s’est présenté lors d’un petit-déjeuner et on a échangé ensemble. J’ai rencontré quelqu’un avec beaucoup d’empathie et j’ai rapidement compris qu’il nous connaissait tous parfaitement.

Moussa N’Diaye : Quand il est arrivé, le groupe l’adorait déjà. Il était sympa et il parlait avec tout le monde.

Il succède à un autre entraîneur français, Bruno Metsu, devenu une véritable icône au Sénégal. Est-ce qu’il s’est appuyé sur le travail de son prédécesseur ou a-t-il essayé d’imposer une autre philosophie ?

FC : Après le quart de finale de Coupe du monde 2002, il fallait relancer la machine. Il est arrivé avec sa vision du football et sa tactique, sans non plus bousculer tout ce qui avait été mis en place. Il est passé en 4-3-3. Il y a eu beaucoup de discussions par rapport à ce choix parce qu’on était habitués à notre 4-4-2 et un repli défensif que les attaquants ne faisaient pas toujours. On avait fait une opposition et, à la fin, il nous a donné la parole. J’ai pu dire ce que je pensais par rapport au système, parce qu’en tant que défenseur, si votre attaquant ne se replie pas, vous êtes souvent en deux contre un et ça pose problème. C’est la preuve que chacun avait le droit d’exprimer sa vision, même si le coach avait le dernier mot.

OD : Oui, il a apporté sa philosophie. Bruno Metsu était moins proche des joueurs que Guy Stéphan. Il avait une approche différente. Au niveau du plan de jeu, il a apporté sa patte tout en misant sur nos qualités. Il nous a aidés à grandir. Depuis cette époque-là, le Sénégal n’a pas cessé de progresser et il y est aussi pour quelque chose.

MN : Il venait regarder nos matchs en club et on allait au restaurant ensemble discuter de football. C’est rare qu’un sélectionneur ait un tel rapport avec ses joueurs. C’était plus qu’un coach, c’était comme notre grand frère.

 

Guy Stéphan est aussi rapidement devenu amoureux du Sénégal…

FC : Il a apprécié la vie au Sénégal et il s’est vite adapté au pays et à la façon de vivre à la sénégalaise. Je pense qu’il en garde un excellent souvenir. Il était bien implanté parce que le Sénégal, c’est quand même la Teranga, c’est l’accueil des étrangers. Je crois même qu’il avait acheté une villa ici. Il faudrait aussi demander au ministre des Affaires étrangères s’il n’a pas gardé son passeport diplomatique.

OD : Je me souviens de Guy qui était vraiment amoureux du Sénégal. Il aimait le pays. Il prenait du plaisir à être là, à visiter et à parler avec nous de notre culture. J’étais même agréablement surpris de voir à quelle vitesse il s’était adapté. Ses enfants étaient toujours là. C’est comme ça que j’ai connu Julien Stéphan avant qu’on passe nos diplômes d’entraîneur ensemble. À chaque rassemblement, ils étaient là en famille.

MN : Il adorait le Sénégal et le peuple l’a aussi apprécié. Malgré les résultats moyens, il a laissé une trace pour nous les Sénégalais.

Après la Coupe du monde 2002, beaucoup imaginaient le Sénégal devenir un outsider régulier sur la scène internationale. Pourtant, l’équipe sort en quarts de finale de la CAN 2004 et ne se qualifie pas pour le Mondial 2006. Comment expliquez-vous ce déclin ?

FC : Remplacer cette équipe glorieuse n’a pas été facile parce que c’était une génération dorée qui s’est construite sur deux-trois ans. Malheureusement on n’y est pas parvenu et le verdict du terrain a été sans appel.

OD : Gagner une CAN, c’est difficile. Sur le continent, il y avait de grosses équipes qui voulaient nous battre après la Coupe du monde 2002. En dépit des mauvais résultats, je ne garde que de bons souvenirs parce qu’on a continué à se structurer. Certains vont dire qu’on n’a pas gagné, certes, mais cela a permis aux successeurs Alain Giresse et Aliou Cissé de reprendre le flambeau avant de gagner à nouveau un trophée. Il fallait aussi du temps, et malheureusement Guy, il n’en a pas eu, parce qu’il y avait énormément d’attente après l’ère Bruno Metsu. Les Sénégalais voulaient qu’on gagne tout de suite.

MN : L’équipe a changé. Des joueurs cadres s’étaient aussi blessés. Cela a causé un renouvellement de l’équipe avec l’intégration de nouveaux joueurs pour ces compétitions. Il fallait construire un autre groupe et ces nouveaux joueurs ont eu besoin de temps pour s’acclimater, mais le haut niveau n’attend pas.

Sur le plan footballistique, tactique, humain, on voyait déjà qu’il avait une formation de très haut niveau.

Omar Daf

Guy Stéphan est finalement limogé en 2005. Après son éviction du Sénégal, il n’est plus redevenu entraîneur principal. À l’époque, pensiez-vous qu’il avait l’étoffe de l’être ou il lui manquait quelque chose ?

FC : Je trouve au contraire que ce rôle d’adjoint lui va à merveille. Il peut régler des problèmes et il a l’œil pour souffler ce qu’il faut à Didier Deschamps. Il y a une complicité dans leur communication qui est extrêmement importante. Didier Deschamps a fait la bonne pioche. Ce binôme, ça va être dur de le remplacer.

OD : Non, je pense qu’il avait les compétences, mais juste pas assez de temps. Peut-être que ça l’a touché de ne pas pouvoir travailler sur la durée avec le Sénégal et qu’après, il a décidé de devenir adjoint.

MN : Il avait le niveau pour être entraîneur principal, mais il a aussi toutes les qualités pour remplir ce rôle d’adjoint. Quand je vois son travail avec l’équipe de France, je ne suis pas surpris des résultats des Bleus.

 

Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des plus grands adjoints du football moderne. Quand vous l’avez côtoyé entre 2003 et 2005, est-ce que vous pouviez imaginer qu’il allait être champion du monde ?

FC : Non, pas forcément, mais on savait qu’il avait un bagage. Il est entré dans le bon wagon avec les Bleus. On ne souligne pas assez son implication, car il réalise un travail de l’ombre. Didier Deschamps doit être heureux d’avoir un collègue comme lui.

OD : Sur le plan footballistique, tactique, humain, on voyait déjà qu’il avait une formation de très haut niveau. Que ce soit avec le Sénégal ou avec une autre équipe, on savait qu’il allait faire du bon travail. Aujourd’hui, son association avec Didier Deschamps marche très bien. Didier n’est pas fou. Si ça fait aussi longtemps qu’il travaille avec Guy, il y a bien des raisons.

MN : L’équipe de France lui a laissé du temps et ça a payé. Certains joueurs de cette génération 2002 sont devenus des entraîneurs et quand on regarde son travail, on a envie de faire une aussi belle carrière que lui. C’est quelqu’un d’inspirant.

Ces années au Sénégal l’ont forcément forgé pour gérer les ego des top joueurs mondiaux qui composent cette équipe de France.

Ferdinand Coly

Est-ce que vous estimez que ce rôle de l’ombre le rend encore meilleur ?

FC : Ce rôle lui va extrêmement bien. Il n’est pas irremplaçable, mais trouver un monsieur comme ça, qui accepte tout dans l’ombre, ça ne va pas être évident.

OD : Quand on est sélectionneur, avoir quelqu’un de compétent et d’aussi discret, cela amène beaucoup de sérénité. Avec l’équipe de France, il est toujours dans l’analyse, dans la réflexion, et pour un sélectionneur, c’est top. C’est vraiment la grande force de Guy.

MN : Il aime bien ce rôle de l’ombre. Il y a des gens qui sont comme ça. Ils sont plus forts que tout le monde parce qu’ils ne sont pas dans la lumière et qu’ils travaillent plus que les autres.

En quoi son passage au Sénégal l’a aidé pour réussir en équipe de France ?

FC : Gérer les ego. Quand il a eu moins de résultats avec le Sénégal, les ego ont émergé. Des tensions sont apparues et ça a été compliqué. Ces années au Sénégal l’ont forcément forgé pour gérer les ego des top joueurs mondiaux qui composent cette équipe de France.

OD : Connaître la pression d’une grande nation. Chez nous, tout le monde est entraîneur. La presse est assez difficile. Les questions sont quand même assez dures et il y a une pression monstre de la part des politiques. Son expérience avec le Sénégal, ça lui a permis de grandir en tant que technicien, dans le positif et dans le négatif.

MN : Vivre une compétition avec le statut de favori. Au Sénégal, le peuple attend qu’un coach gagne des trophées. C’est pareil avec la France.

Guy Stéphan retrouve le Sénégal avec la France pour ce match de poule de Coupe du monde. Pensez-vous que l’adjoint de Didier Deschamps aura une motivation supplémentaire pour battre la sélection qu’il a dirigée ?

FC : Dans l’équipe sénégalaise, il y a des Franco-Sénégalais et en équipe de France, il y a un Sénégalais, c’est Guy Stéphan. Il connaît parfaitement la mentalité des Sénégalais. Moi-même, je suis français. Il y a beaucoup de binationaux dans l’effectif des Lions de la Teranga. La francophonie est tellement importante au Sénégal. On a une histoire commune et on va croiser nos frères sur ce premier match du 16 juin. C’est extraordinaire et on s’attend à du spectacle.

OD : Ça va être un match spécial pour lui. Il connaît parfaitement la fédération et le football sénégalais et c’est un vrai atout pour l’équipe de France. Maintenant, quel sentiment il va ressentir ? Je ne sais pas, mais c’est sûr que ça va lui faire quelque chose parce qu’il a travaillé des deux côtés.

MN : Au Sénégal, tout le monde attend ce choc et j’imagine que Guy Stéphan a vraiment hâte de disputer ce match à part. J’espère quand même que le Sénégal va le battre. (Rires.)

Guy Stéphan dit les termes avant France-Sénégal

Propos recueillis par Mathis Blineau-Choëmet

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