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« Arsenal a des joueurs de classe mondiale dans le domaine des touches »

Cette saison, le seul entraîneur des touches de cette planète, Thomas Grønnemark de son nom, a collaboré avec le staff d’Arsenal pour optimiser un facteur de jeu non négligeable pour la finale de Ligue des champions samedi entre le PSG et les Gunners. Entretien avec un Danois magnat des boulets de canon.
Tu as rejoint Arsenal en décembre en tant que coach des touches. Comment les Gunners t’ont approché en plein milieu de la saison ?
J’ai travaillé il y a quelques années à Brentford avec Nicolas Jover, le coach des coups de pied arrêtés à Arsenal. J’avais remarqué que les touches des Gunners n’étaient pas bien réalisées. On en a discuté ensemble et le 13 décembre, il a fini par m’appeler pour me demander si je pouvais venir la semaine suivante. J’ai dit oui, parce que j’aime aider tous les clubs, surtout ceux qui peuvent gagner des titres. C’est encore plus excitant !
Depuis, comment fonctionne ta collaboration avec Arsenal ?
Je suis passé au centre d’entraînement en décembre et en février pour travailler avec les joueurs sur le terrain. J’ai donc seulement été sur place deux jours parce que je ne suis pas à temps plein. Je suis un coach freelance et je travaille avec 8 à 10 clubs chaque saison, donc je suis très occupé.
Quand je travaille avec Arsenal, je donne des tactiques de touches aux joueurs, au coach, mais aussi à l’entraîneur des coups de pied arrêtés.
Arsenal travaille quotidiennement avec Nicolas Jover qui s’occupe des coups de pied arrêtés. Vous formez donc un duo ?
Dans tous les clubs où je suis coach, ils ont déjà un entraîneur des coups de pied arrêtés. La plupart d’entre eux sont vraiment bons pour les corners et les coups francs parce que les staffs ont des connaissances depuis de nombreuses années autour de ces phases de jeu. Moi, j’ai beaucoup plus de connaissances autour des touches, car je travaille dessus depuis presque 22 ans. Les coachs de coups de pied arrêtés, eux, ne travaillent pas assez les touches. Ils n’ont qu’une ou deux combinaisons dans chaque zone et c’est une erreur. Donc quand je travaille avec Arsenal, je donne des tactiques de touches aux joueurs, au coach, mais aussi à l’entraîneur des coups de pied arrêtés. J’enseigne la façon de créer de nombreux espaces grâce à plusieurs tactiques différentes. J’apprends aussi aux joueurs à lire le jeu.
Est-ce possible d’inculquer cela alors que tu n’as passé que deux jours au centre d’entraînement ?
Oui, cela suffit parce que j’apprends aux coachs comment entraîner les joueurs quand je ne suis pas là. On fait aussi des appels vidéo où je leur montre différentes expériences et où j’explique ma philosophie. Bien sûr, si j’avais plus de temps, ce serait mieux. Par exemple, à Liverpool, j’étais présent cinq ans avec Jürgen Klopp et nous avons gagné sept titres. J’ai été beaucoup plus longtemps à Liverpool qu’à Arsenal. Mais désormais, j’ai beaucoup de connaissances et je sais exactement ce qu’il faut mettre en place pour être le plus efficace.

En octobre dernier, tu racontais à So Foot qu’Arsenal s’obstinait à jouer des longues touches sans disposer des qualités nécessaires. Ce n’est plus le cas avec ton travail ?
J’ai pris en considération le peu de temps que j’avais, parce que je suis arrivé au milieu de la saison et je suis vraiment satisfait du développement de nos touches. Avec Arsenal, j’ai travaillé les touches longues, rapides et intelligentes, mais une équipe n’a pas besoin de jouer seulement des longues touches pour être efficace. Tu peux aussi y parvenir avec des courtes. Preuve en est, on a marqué après des longues touches, mais on a aussi inscrit des buts après des touches courtes et rapides.
Si toutes les équipes jouaient comme le PSG, le football deviendrait vite monotone. Ce qui fait la richesse de ce sport, c’est justement la diversité des styles.
Combien de buts a marqués Arsenal à la suite d’une touche depuis ton arrivée ?
Cinq selon mes comptes. Les analystes de la Premier League en comptent moins parce qu’ils sélectionnent seulement les buts à la suite des longues touches. Alors que selon moi, si tu crées un espace grâce à une touche courte, tu changes le jeu et tu marques quelques secondes après, ça compte comme un but à la suite d’une touche.
Quels sont les joueurs des Gunners les plus décisifs sur les touches ?
Quand j’ai coaché Declan Rice sur les longues touches, il a envoyé la balle de 25 à 33 mètres. Ricardo Calafiori est passé de 29 à 35 mètres. Christian Nørgaard, que je connaissais de Brentford, s’est amélioré de 26 à 33 mètres. Ce sont des joueurs de classe mondiale dans ce domaine. Mais ça ne se résume pas à un joueur, c’est vraiment l’ensemble de l’équipe.

Malgré ses succès, Arsenal est souvent réduit comme une équipe ennuyeuse de coups de pied arrêtés et de touches. Tu comprends ces critiques ?
Non. Quand une équipe offensive marque beaucoup de buts, on dit que c’est la meilleure manière de jouer. Pourtant, si toutes les équipes jouaient comme le PSG, le football deviendrait vite monotone. Ce qui fait la richesse de ce sport, c’est justement la diversité des styles. Toutes les équipes n’ont pas vocation à pratiquer un football de possession tourné vers l’attaque. Certaines, comme Arsenal, s’appuient avant tout sur une organisation défensive solide, une vraie structure collective et une maîtrise des coups de pied arrêtés. À l’inverse, beaucoup de très bonnes équipes marquent rarement dans ce domaine, et c’est aussi ennuyeux, non ?
Tu penses que l’attention à ces détails fait la différence entre les meilleurs staffs du monde et la classe moyenne ?
Non, non, pas du tout.
Pourquoi ?
Parce que de nombreux staffs parmi les meilleurs du monde sont vraiment mauvais aux touches. Ils ont seulement un coach qui prépare une ou deux combinaisons. Parfois, je vois des équipes de championnats mineurs qui sont meilleures que les équipes de Premier League ou de Ligue 1 sur les touches.
Contre Liverpool en quarts de finale de la Ligue des champions, le PSG a joué des touches très intéressantes. J’en ai aussi vu des mauvaises.
Que penses-tu des touches du PSG ?
Je n’ai pas suivi l’ensemble des matchs du Paris Saint-Germain, donc je ne peux pas faire une analyse globale. En revanche, j’ai regardé contre Liverpool en quarts de finale de la Ligue des champions, et le PSG a joué des touches très intéressantes. J’en ai aussi vu des mauvaises. Ce soir-là, Liverpool effectuait un marquage sur le lanceur. Si vous marquez le lanceur, vous donnez à vos adversaires plus d’espace autour de la ligne, dans les intervalles et à l’intérieur du jeu. Ce n’était pas une bonne manière de défendre de la part de Liverpool, et le PSG l’a parfaitement exploité. Ils sont probablement meilleurs sur les touches que la moyenne, mais ils peuvent encore beaucoup s’améliorer, car c’est bien d’avoir une routine comme celle-là, mais le plus important, c’est d’apprendre aux joueurs à créer de nombreux espaces grâce à des variations tactiques.

Paris semble être le favori pour cette finale. Cependant, penses-tu que les longues touches et les coups de pied arrêtés, où Arsenal est mieux préparé notamment grâce à ton expertise, peuvent combler le gap entre les deux équipes et faire la différence ?
Je dirais que c’est du 55-45 pour le PSG. Après, il faut se rappeler qu’ils ont concédé quatre buts contre le Bayern Munich, c’est vraiment mauvais. Aussi, les observateurs oublient comme c’est difficile de jouer contre Arsenal. Ils ont terminé premiers de la phase de ligue et ont gagné tous leurs matchs. Mon avis, c’est que ça va être très serré avec peu de buts, pas un 5-4 ou un 3-2. La finale peut très bien se décider sur un seul but.
Dans cette physionomie de match, les coups de pied arrêtés et les touches pourraient être décisifs…
Oui, ça peut créer une grande différence. Arsenal est la meilleure équipe de corner du monde. Le match peut se décider là-dessus, ou bien le PSG va gagner en jouant un football fantastique. On verra bien.
Tu as ton ticket pour le match à Budapest ?
Non, parce que samedi à 16 heures, je vais tenter un record du monde du Guinness Book en effectuant le plus de touches en une heure. Les fonds seront reversés à une fondation luttant contre le cancer infantile au Danemark. Je vais donc regarder le match à la télé après mon record du monde. (Rires.)
Gagner la Ligue des champions et battre un record du monde le même jour, pas grand monde ne l’a fait, non ?
Oui, c’est vrai. Mon plus grand rêve est d’obtenir le record du monde et puis quelques heures plus tard, de gagner (indirectement) la Ligue des champions.
Pas de voyage à Budapest pour Samir Nasri à cause des supporters du PSGPropos recueillis par Mathis Blineau-Choëmet





















































