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Le « crocodile » derrière un mur sur coup franc : futile ou utile ?
L’OM retrouve la Ligue des champions mercredi, une semaine après avoir perdu contre Liverpool à la maison. Avec, notamment, un but né d’une illumination de Dominik Szoboszlai sur coup franc, qui a eu le mérite de faire réagir Roberto De Zerbi en conférence de presse. Alors, futile ou utile ce « crocodile » derrière le mur pour empêcher les frappes au sol ? Réponses avec des frappeurs au pied gauche soyeux et Rémy Vercoutre, cobaye lyonnais préféré de Juninho à l’entraînement.

Le Virage Nord du Vélodrome avait annoncé dans son tifo d’avant-match être « prêt à mourir pour la gloire de ‘‘son’’ étendard ». Pour remporter ce combat face à Liverpool, il aurait été préférable qu’un homme se retrouve à terre au cours de la rencontre. Pas par blessure comme sur un champ de bataille, mais par tactique. À la 45e minute, plus exactement. Lorsque Dominik Szoboszlai a posé le ballon, avec à ses côtés Mohamed Salah. Un droitier et un gaucher pour ce coup franc concédé par Leonardo Balerdi à l’approche de la surface. Sauf que personne ne s’est couché derrière le mur composé de quatre éléments. Suffisamment nombreux pour couvrir le côté gauche du but de Geronimo Rulli, à moins que le ballon ne passe au-dessus ou en-dessous. Le Hongrois a préféré la malice et la finesse pour tirer au ras du sol de l’intérieur du pied.
J’ai fait mes devoirs et on m’a dit que si personne ne se couchait, je pouvais frapper en dessous du mur.
Pourtant à la mode sur bon nombre de terrains, Rulli n’a pas pris l’habitude de coucher un coéquipier derrière son mur. Il faut dire que la plupart du temps, le joueur qui se sacrifie est plus moqué que loué. « Personne ne s’est couché, on s’est organisé de cette façon, a admis Roberto De Zerbi en conférence de presse. Le gardien a été écouté, il préférait qu’il n’y en ait pas. Mais à ce moment-là, s’il n’y a pas de « crocodile », il ne faut pas sauter. »
Szoboszlai ouvre le score juste avant la mi-temps face à l'OM 😣 Ce coup franc est sublime mais ce coup franc fait mal...#OMLIV | #UCL pic.twitter.com/7kEaHD3HEd
— CANAL+ (@canalplus) January 21, 2026
Une situation qui n’avait pas échappé au staff des Reds, prompt à alerter leur droitier sur la situation. « J’ai fait mes devoirs et on m’a dit que si personne ne se couchait, je pouvais frapper en dessous du mur. J’ai essayé et ça a marché », a souri le buteur au micro de TNT Sports. Un détail que Virgil Van Dijk a confié en zone mixte ne pas avoir remarqué sur le moment : « Domi a été intelligent pour tirer en dessous. Je n’avais pas vu qu’il y avait personne derrière le mur. C’est une grande inspiration. »
Un effet de mode plus qu’une trouvaille tactique ?
Pied gauche soyeux sur les pelouses de Ligue 1, Ludovic Obraniak avoue n’avoir jamais pensé à tirer de la sorte « parce que j’avais un ‘‘brossé’’ au sol moins puissant que si je devais la faire passer au-dessus du mur ». Le buteur lillois en finale de la Coupe de France 2011 résume la pensée d’un tireur au moment de poser le ballon : « Choisir quoi faire sur un coup franc, c’est avant tout une analyse des possibilités, avant même la réalisation technique. Dernièrement, on commençait à voir de moins en moins d’équipes mettre un mec derrière le mur, car comme toute bonne chose à la base, son utilisation avait été banalisée, voire détournée, et donc son utilité atténuée. On voyait des mecs allongés sur des coups francs à 25 ou 27 mètres. C’était n’importe quoi. Personne ne peut surprendre un gardien en frappant au sol à 30 mètres. Tout le mérite revient au frappeur et à Liverpool d’avoir bien analysé la situation. »
À l’époque, les coups francs au sol, c’était les coups francs ratés
Autre gaucher de renom, mais de la génération précédente, Frédéric Meyrieu salue également la réalisation. « C’est de l’instinct qu’on ne voit plus trop aujourd’hui. À l’époque, les coups francs au sol, c’était les coups francs ratés, rigole-t-il. Maintenant, c’est une vraie menace mais à condition qu’ils restent rares et imprévus. » Qu’ils dépendent de la situation du match et de l’instant T en somme.

« Par exemple, moi, j’aimais prendre un ou deux pas d’élan de plus, débuter ma course et m’arrêter pour voir ce qu’allait faire le gardien. Il n’allait pas se dire que je cherchais à le feinter, juste que je préférais attendre encore. Et comme ça, je savais où il allait anticiper », se rappelle le troisième meilleur marqueur français en Ligue 1 dans l’exercice (15, derrière Alain Caveglia et Franck Sauzée). Effet de mode ou réelle opportunité, l’ancien meneur de jeu reste sceptique : « Si on voit peu de buts comme ça, c’est qu’il y a une raison. Pour le peu de bénéfices, ça utilise un mec, souvent, pour rien. En face, il faut un bon pied pour tirer fort, dans un trou de souris. Pour le coup, on peut aussi apprécier et applaudir. »
« Mettre un joueur au sol gâche un défenseur »
Aujourd’hui en poste à Al Wasl FC, Rémy Vercoutre trouve également que « Rulli n’est pas totalement fautif. Il est surpris parce que le tir est très bien réussi. » Mais au-delà de ce cas particulier, « c’est surtout le joueur qu’il faut saluer. Tirer fort, au sol, sans aucun rebond n’est pas donné à tout le monde. Essayez, vous verrez. Plus on met de force, plus le ballon risquera de faire quelques mini rebonds et de se surélever. » L’ex-portier et entraîneur des gardiens de l’OL a pu expérimenter bon nombre de situations à l’entraînement avec Juninho et renforcer sa réflexion en devenant ensuite membre des staffs de Laurent Blanc et Pierre Sage dans le Rhône : « Mettre un joueur au sol gâche un défenseur et permet des opportunités de combinaisons autour du mur. Personnellement, je ne suis pas fan. Je préfère un mur sur la pointe des pieds ou qui saute peu. »
Qu’entend-il par « peu » ? « Dix, quinze centimètres histoire que le ballon ne puisse pas passer en dessous, pas plus. Qui plus est quand la faute est proche de la surface, observe le consultant Ligue 1 + en début de saison. J’ai eu la chance de travailler avec le meilleur dans l’exercice : Juninho. À 20 mètres, il ne sert à rien de sauter trop haut tant le ballon a peu le temps pour redescendre. Même lui n’y parvenait pas. Regardez, il n’en a pas marqué beaucoup proches de la surface et c’était pareil à l’entraînement. D’ailleurs, pour l’anecdote, quand le coup franc était trop proche, Juni essayait toujours de reculer un peu le ballon discrètement car il préférait la distance. » Depuis, la mousse en spray de l’arbitre a fait son apparition.
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Tous propos recueillis par AP, sauf mentions























































