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Stormy : « Dans le foot comme le rap, on peut partir de rien et réussir »

Propos receuillis par Arsène Belgodère-Soria et Noah Potloot, à Paris
9' 9 minutes
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Après son premier album Iceberg, Stormy revient sur le devant de la scène avec la sortie de son nouvel opus Desperado. Loin d’être désespéré par ses nombreux succès musicaux au Maroc et dans le monde, Stormy revient sur l’ascension de sa musique, son amour du foot et ses nombreuses connexions avec la sélection marocaine.

On a vu de nombreux artistes français en featuring sur ton dernier album. C’est qui Stormy ? Un artiste qui veut s’exporter en France ?

J’ai 29 ans, je suis rappeur marocain et je viens de Rabat. Je suis rentré récemment dans le monde de la musique étant donné que mon premier morceau date de 2017. Bon, inutile de le chercher, vous ne le trouverez pas car il a sauté : je n’avais pas les droits sur l’instru. (Rires.) Sinon, on travaille beaucoup sur une mon image à l’international. J’ai récemment tourné un clip au Japon et l’objectif, à terme, est effectivement de m’exporter à l’international, et donc en France.

Tu fais de nombreuses allusions au foot dans tes musiques et tu sembles très connecté avec la sélection marocaine : quel est ton premier souvenir marquant lié au football, et comment est-ce que ce sport est entré dans ta vie ?

Bon, comme tout Marocain, je me souviens évidemment d’avoir passé des soirées entières devant le match de la sélection nationale depuis très jeune. Mais en vrai, c’est surtout la découverte du Real Madrid qui m’a vite fait plonger dans le foot. J’ai un peu été forcé par mon père. (Rires.) Je me souviens qu’il m’avait ramené de Madrid deux maillots : l’un de David Beckham et l’autre de Roberto Carlos. Après une bonne dizaine d’années, j’ai fini par retourner ma veste pour passer du côté du Barça. J’ai vraiment été marqué par Ronaldinho. Mais si on parle purement du Maroc, mon premier grand frisson d’enfance, c’est Youssef Mokhtari à l’époque de la CAN 2004. J’étais jeune mais je me rappelle qu’il était vraiment monstrueux sur le terrain.

Justement, revenons à tes attaches avec le foot marocain : tu as grandi à Rabat, une ville scindée par une rivalité historique entre l’ASFAR et le FUS Rabat. Quel est ton club de cœur ?

Sans hésiter, je soutiens l’ASFAR. C’est mon équipe préférée au Maroc, à Rabat. Encore une fois, ça m’a été transmis par mon père qui était vraiment derrière le club. Mais mon frère est pour le FUS : je te laisse imaginer l’ambiance pendant les matchs quand on était jeunes. D’autant plus que là-bas, au Maroc, c’est des vrais derbys, il y a vraiment une vraie rivalité derrière qui peut se transmettre dans la vie de tous les jours.

À l’époque j’aimais beaucoup Insigne, Cavani et surtout El Shaarawy. Pour sa coupe de cheveux.

Stormy, fan de Serie A

Tu continues de suivre activement leurs performances aujourd’hui ?

Pour être tout à fait honnête, je ne regarde pas tous les matchs par manque de temps, mais je ne rate jamais les grands rendez-vous et les affiches décisives. Après, la relation est plus humaine : je suis en contact direct et je parle régulièrement avec la quasi-totalité des joueurs de l’effectif.

Si tu avais dû faire carrière sur les terrains, quelles auraient été tes qualités principales, et de quel joueur aurais-tu aimé t’inspirer ?

J’ai beaucoup joué au foot mais comme j’étais trop lent je jouais en défense. (Rires.) J’étais un bon défenseur et j’ai fréquenté de nombreux clubs de Rabat. Après voilà, j’aurais aimé être attaquant mais j’ai vite été freiné par ma pointe de vitesse. Sinon, à l’époque j’aimais beaucoup Insigne, Cavani et surtout El Shaarawy. Pour sa coupe de cheveux.

Justement, on sait que tu es très proche de plusieurs footballeurs de haut niveau. Qui sont tes amis dans le milieu ?

Dans le football, mes connexions les plus fortes sont sans aucun doute avec Achraf Hakimi et Hamza Igamane. Il y a un super feeling entre nous. Mais tu vois, c’est aussi une question de racines, d’origines qu’on partage. Moi je suis parti de rien et aujourd’hui je monte. C’est la même chose pour la plupart des joueurs du Maroc : on est un pays où la misère est encore très présente donc forcément, ils n’avaient pas de crampons, en tout cas pas les moyens pour s’en payer, et ça montre un lien entre le foot et le rap : on peut partir de rien et réussir. Sans aucun coup de pouce.

 

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Parlons un peu des Lions de l’Atlas. Après les derniers remous de la Coupe d’Afrique des nations, est-ce que tu te considères comme champion d’Afrique ? 

Je pense que rien n’est encore figé, on sait qu’il y a eu des recours, notamment du côté du Sénégal, qui a fait appel, donc on attend de voir les verdicts définitifs. Le plus important, c’est d’aller de l’avant. C’est en tout cas le discours qui se tient dans la sélection. Les gars sont focus sur le Mondial, ils ont envie d’aller loin.

Tu l’as vécue comment cette panenka ratée de Brahim Díaz ?

Mal ! J’ai eu un choc nerveux et j’étais dans le mal pendant deux jours. J’avais pas mal de sorties de prévu cette semaine-là donc c’était forcément compliqué de tout assumer après un si gros choc psychologique. Honnêtement, tout le monde était un peu dans le mal au Maroc. Mais comme je l’ai déjà dit, on est maintenant sur la Coupe du monde. C’est ça l’objectif.

Atteindre les quarts de finale, ce serait le minimum pour une équipe qui sort de deux compétitions internationales réussies.

Stormy

La pilule est passée. Mais tu la vois aller au bout cette équipe du Maroc ?

Oui forcément mais il faut rester très réalistes : il y a de très belles équipes derrière. On a bien joué contre le Brésil puis un peu plus compliqué contre l’Écosse. Après, si on ne gagne pas, ça ne sera pas un drame en soi. Déjà, atteindre les quarts ça serait pas mal. C’est en tout cas le minimum pour une équipe qui sort de deux compétitions internationales réussies.

Si tu devais donner un favori en dehors du Maroc ?

Sans hésiter, l’Argentine. Je trouve que Messi est vraiment monstrueux et qu’il pourra porter les siens jusqu’à la victoire.

Revenons sur la musique. Dans ton dernier album, on retrouve un beau mélange linguistique avec de l’espagnol, du français et du darija. Cette mixité rappelle un peu la sociologie de la sélection marocaine, composée de binationaux venus de toute l’Europe. Tu penses que c’est cette diversité qui fait la richesse de l’équipe marocaine ?

C’est une force incroyable, oui. En darija, notre langue intègre déjà naturellement une multitude de mots empruntés à l’espagnol, au français ou à l’anglais. Quand j’écris mes textes, intégrer des expressions ou des phrases dans ces différentes langues me vient de manière totalement fluide, parce que c’est notre façon de communiquer au quotidien. C’est notre normalité, c’est authentique. C’est compliqué a expliquer mais ça crée une sorte d’alchimie, que seuls nous, Marocains, pouvons comprendre.

Il y a aussi tout un débat autour de la binationalité avec des joueurs qui choisissent le pays de leurs parents, et à l’inverse leur pays de naissance. Ça parle de ça dans l’équipe marocaine ?

Ce sont des décisions personnelles et on ne peut pas blâmer un joueur parce qu’il en a choisi son pays de naissance. Depuis quelques saisons, c’est plutôt l’inverse qui se produit avec pas mal de binationaux qui viennent jouer au Maroc. Ce sont des choix de carrière et de vie. Souvent, tout se joue sur la clarté et la solidité du projet sportif qu’on leur présente. Au Maroc, tu as beaucoup d’investisseurs nationaux et internationaux qui viennent investir pour construire des infrastructures qui conviennent au haut niveau, surtout avec l’échéance de la prochaine Coupe du monde.

 

On assiste en parallèle à l’explosion de l’équipe nationale marocaine et à celle de la scène rap locale à l’échelle internationale. Selon toi, d’où vient cette passerelle si évidente entre le micro et les crampons au Maroc ?

Le rap et le football partagent énormément de codes et de valeurs communes. Mon rôle aujourd’hui, c’est de montrer aux plus jeunes que tout est réalisable, même quand on manque cruellement de moyens au départ, qu’on n’a pas accès à un grand studio ni à des infrastructures pros. De mon côté, j’ai tout commencé à la maison : un home studio improvisé avec un micro à 200 balles et une carte son à 300 balles. On peut y arriver par soi-même. Et ça, c’est une question de dalle, de rage de réussir. Je retrouve ça dans les gars que je fréquente dans la sélection : ils n’avaient pas grand-chose mais ils s’en sont sortis. Je pense vraiment que c’est ce lien d’origines et de débrouillardise qui, forcément, fait que je me retrouve en eux. Après, au niveau musical, on se donne beaucoup de force en tant qu’artistes marocains. Tu vois même des mecs comme Zamdane, qui s’est créé un gros public en France, et auxquels je m’identifie moins musicalement, je les respecte énormément et je leur donne de la force. Ça, c’est le plus important.

On peut dire que musicalement, tu as créé ton propre centre de formation en mode autodidacte ?

C’est tout à fait ça. J’étais en autoproduction totale, à l’ancienne. J’ai débuté dans ma chambre, j’ai appris sur le tas à m’enregistrer, à structurer mes morceaux et à faire mes propres pré-mixes. C’est cette école de la débrouille qui m’a forgé.

On se souvient tous du featuring entre Rohff et Karim Benzema à l’époque. Si tu devais inviter un joueur de foot sur l’un de tes morceaux, qui serait-ce ?

Si je m’écoutais, je crois que je monterais carrément toute une équipe sur un même projet. (Rires.) Une mixtape complète.

C’est en projet ?

(Il se tourne vers son agent.) Bon, j’ai pas le droit d’en dire plus. (Rires.) Mais une idée est lancée. C’est tout ce que je peux te dire.

Pour finir, tu as un morceau emblématique intitulé « Maradona ». Pourquoi ce choix de titre ? C’est ton GOAT Maradona ?

Ce n’est pas forcément lié à sa carrière de joueur en elle-même. À la fin du morceau, j’ai mis une punchline où je dis que j’ai tout construit de mes propres mains. Au Maroc, on utilise l’expression en darija (« Derchabidi »), qui signifie littéralement « je l’ai fait de mes propres mains ». Le parallèle s’est fait naturellement : j’ai monté mon projet tout seul, de mes mains, à l’image de la Main de Dieu de Maradona. C’est ça le clin d’œil. Sinon, moi j’ai toujours beaucoup aimé Ronaldinho. Je pense que c’est lui qui a ouvert la voie à Messi et a inspiré toute une génération de dribbleurs.

En direct : Maroc-Haïti (0-0)

Propos receuillis par Arsène Belgodère-Soria et Noah Potloot, à Paris

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