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Que se passerait-il Vincent Bolloré rachetait un club de foot ?

Depuis l’éviction d’Olivier Nora, désormais ex-PDG des éditions Grasset, le monde de l’édition est en émoi et un vent de révolte tente de s’opposer, un peu tardivement, à Vincent Bolloré. Qu’en serait-il au cas où le grand patron de la droite décomplexée décidait de jeter son dévolu sur un club de foot ?
Virginie Despentes a livré son analyse tactique de Vincent Bolloré sur le plateau du Quotidien : « Il arrive, il prend, il achète, il démolit ». L’écrivaine à la manœuvre du départ massif d’auteurs et autrices de la maison Grasset (115 signataires de la première lettre commune), certains déchirant leur contrat d’édition en direct comme David Dufresne, dessine un profil assez terrifiant, et finalement terre à terre, des méthodes du milliardaire breton. Par ailleurs, cette fuite des « historiques » du catalogue Grasset rappelle, d’une certaine manière, l’exil de certains groupes ou collectifs de supporters historiques après le rachat ou l’évolution de leur club de cœur, et qui décidèrent de chercher refuge ailleurs, comme les braves du FC United of Manchester ou encore les ex du virage Auteuil du PSG arrivés au Red Star.
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En regardant la stratégie que mène Vincent Bolloré, mixant projet idéologique très « nouvelle droite » et management d’entreprise qui fleure bon le XIXe siècle, on peut effectivement se demander quels seraient les effets et les dégâts d’un tel patron s’il venait à acquérir un des pensionnaires de notre Ligue 1. Au regard de son peu de respect pour l’histoire et le patrimoine, considérant que « ce que j’achète m’appartient entièrement », nul doute que son premier geste serait sûrement de virer tout ce qui pourrait incarner une quelconque continuité, sans parler d’indépendance. Ou alors il garderait ceux prêts à accepter toutes ses décisions, comme Marc Keller regardant partir un à un joueurs et même entraîneurs en cours de saison.
Il serait sûrement enclin ensuite à se comporter au sein du foot comme il intervient au bulldozer dans les médias ou l’édition, estimant qu’il ne s’agit que d’un secteur économique comme un autre, sans aucune considération pour les spécificités ou la culture (quel vilain mot à ses oreilles) de ce champ spécifique. Il ne garderait que le nom pour tout refaçonner selon ses intérêts et surtout sa ligne politique : supporters, staff, entraîneur ou joueurs. Se soumettre ou partir. Seul patron à bord.
Droit dans ses bottes
Aujourd’hui, un consensus existe pourtant sur un modèle vertueux, du moins en matière de résultats, dans la gestion d’un club, aussi riche et puissant soit-il : le propriétaire doit laisser le « sportif » (coach, etc.) décider de ce qui se passe sur le terrain, à l’instar du PSG depuis l’arrivée de Luis Enrique. Or Vincent Bolloré n’accepterait certainement pas qu’un Pep Guardiola ose lui opposer son veto au nom de ses compétences et de ses fonctions, comme Olivier Nora qui s’était permis de refuser le dernier livre de l’essayiste réactionnaire Nicolas Diat. Vincent Bolloré déciderait de tout, directement ou indirectement (comme à C-News via Serge Nedjar), y compris dans la composition de l’équipe ou le choix du board (il faudra bien replacer Louis Sarkozy quelque part après tout). Peu lui importe le classement final, du moment qu’on évince les joueurs wokistes à la Jules Koundé. Peu importe les qualités de l’effectif, le critère de sélection serait une fidélité indéfectible.
Pour ceux qui s’inquiètent du cumul de casquettes et des conflits d’intérêts, rien à craindre pour le patron de Canal + : Nasser Al-Khelaïfi a déjà prouvé qu’on pouvait faire grandir un club et fructifier sa chaîne en même temps. Le foot nous a fourni son lot de présidents fous, mégalos, paranoïaques, nuls (pensée pour les Bordelais). La bollorisation du foot nous ferait sûrement franchir une nouvelle étape. Et lorsque les ultras sortiront leur banderoles de protestation ou que quelques anciens se permettront de tier la sonnette d’alarme, Vincent Bolloré pourra de signer une tribune dans le JDD pour dénoncer les footballeurs privilégiés, « une petite caste qui se croit au-dessus de tout et de tous », « des entraîneurs trop payés », et évidemment « les groupes de supporters coupés des réalités »…
"Tout le monde déteste Riestra", le dernier reportage de Rico RizzitelliPar Nicolas Kssis-Martov























































