- Trophée des champions
- PSG-OM (2-2, 4-1 TAB)
Les gardiens gâchent-ils le charme des séances de tirs au but ?
Lucas Chevalier contre l’OM, Matveï Safonov trois semaines plus tôt, mais aussi Mike Penders contre Dunkerque en Coupe de France qui file voir son coach avant le tir : les gardiens tentent de renverser le rapport de force avant les penaltys. Quand, dans le même temps, les règles favorisent de plus en plus les tireurs (pied sur la ligne, interdiction de bouger latéralement ou de toucher la barre). Se pose alors la question du charme de ces séances de tirs au but où l’analyse et les notes grignotent la place laissée à l’instinct.

Maillot vert, chaussures jaunes assorties aux gants et serviette rouge, telle est la tenue de Lucas Chevalier au moment d’entrer en scène face à l’OM pour la séance de tirs au but, ce jeudi soir lors du Trophée des champions. Et la serviette peut sembler être un accessoire pour jouer au football, mais elle ne l’est pas. Elle est essentielle désormais chez les gardiens du PSG. C’est la même qui avait servi de livre à Matveï Safonov contre Flamengo en Coupe intercontinentale (une séance déjà remportée, tout comme celle contre Tottenham en août 2025 lors de la Supercoupe d’Europe). Dedans ? Toutes les informations sur les tireurs adverses. Des antisèches, en somme. Comme un adolescent dans les couloirs du lycée à quelques secondes de rentrer dans la salle d’examen pour le bac. La formule à connaître ici n’est pas F = G × (m1 × m2 / d2) comme en physique (loi de la gravitation universelle), mais plutôt en bas à droite ou en haut à gauche.
Lucas Chevalier c'est trop 😮 2 sur 2 dans la séance pour le gardien parisien !#TropheeDesChampions pic.twitter.com/1ds613W0BE
— L1+ (@ligue1plus) January 8, 2026
Entre chaque essai marseillais, le Parisien se ressourçait hors de la surface et se nourrissait des notes préparées par Borja Álvarez, son entraîneur spécifique, afin de construire son récital. Après le papier dans la chaussette, puis la gourde et l’Elastoplast, le support est désormais encore plus grand, histoire que les informations soient les plus exhaustives possibles (visage, numéro, pied préférentiel et emplacement des dernières tentatives).
Notre rôle dans les staffs est de réduire l’incertitude. Les tireurs ont des préférences, mais très peu tirent tout le temps au même endroit.
L’instinct et le ressenti à l’instant T n’ont plus tellement leur place dans les staffs pour cet exercice longtemps considéré comme une loterie. « Notre rôle dans les staffs est de réduire l’incertitude, résume Gennaro Bracigliano, en charge des gardiens à l’AS Nancy Lorraine. Les tireurs ont des préférences, mais très peu tirent tout le temps au même endroit, l’idée est donc de prévoir au maximum ce qui peut se passer. » Sébastien Giménez, son homologue au RC Strasbourg Alsace, détaille sa méthode : « Le but est divisé en 9 parties pour visualiser les précédents tirs. Avec un 1 pour le dernier tir, 2 pour l’avant-dernier, et ainsi de suite. Et du rouge pour les ratés et du vert pour les réussis. »
Quand Penders quitte son but
D’ailleurs, au dernier tour de Coupe de France contre Dunkerque, son gardien est venu le voir sur le banc entre le moment où la faute soit sifflée et celui où le penalty soit tiré. De quoi provoquer l’étonnement et l’énervement de Christophe Lollichon, son confrère dunkerquois, prompt à rappeler à l’arbitre que le Strasbourgeois n’avait pas à quitter son but ainsi. Ce que l’homme en noir lui signifia également. « On avait préparé la séance de tirs au but, mais Mike (Penders) a eu un petit oubli sur ce penalty en cours de match tiré par Robinet, donc il est venu. » Ce n’est pas la première fois que le Belge part à la pêche aux informations en plein match. Déjà contre Lyon, en octobre dernier. « Mais là, c’était pour une autre raison : reprendre la maîtrise du temps et temporiser. En plus, pour brouiller les pistes sur le tireur, le ballon lyonnais est passé entre 4 mains différentes pour finalement finir dans celles de Corentin Tolisso. Certains tireurs s’isolent même pour arriver dans la surface au dernier moment et instaurer le doute chez le gardien qui a des notes », poursuit l’Alsacien qui avait vu son gardien l’arrêter (42e), contrairement à celui face à Robinet.

Les gardiens cherchent donc à récupérer un peu de pouvoir et de maîtrise dans un duel où le tireur a certes la pression de réussir, mais surtout l’avantage de l’exercice. Qui plus est alors que les règles contraignent de plus en plus les portiers (pied sur la ligne au moment du tir, interdiction de bouger latéralement avant la course d’élan ou de toucher la barre…) et renforcent la position dominante de l’attaquant, dont le contrôle de la course d’élan n’est pas toujours des plus stricts.
Les enjeux sont si énormes désormais que le degré d’analyse des staffs ne va pas décroître. Au contraire.
Se pose alors la question du charme de ces séances à l’avenir ? Avec des portiers hypnotisés par leurs notes entre chaque tir. Face à des adversaires s’avançant robotisés tels des handballeurs sur jet de 7 mètres. « Ce n’est que l’outil, qui est plus visible, qui change, mais pas l’analyse », note Christophe Lollichon, (re)connu en 2012 pour son travail sur les joueurs du Bayern Munich avant la finale victorieuse de Chelsea en Ligue des champions. Des données que « l’ordinateur sur pattes » qu’était Petr Čech avait assimilées au point de partir toujours du bon côté et d’en arrêter deux. « Les enjeux sont si énormes désormais que le degré d’analyse des staffs ne va pas décroître. Au contraire, poursuit-il. Pour ma part, je ne fais que suggérer aux gardiens et eux adhèrent ou pas. Et ils sont de plus en plus demandeurs. »
« Je sais que tu sais que je sais »
Confronté à la venue de Penders sur le banc adverse en Coupe de France, l’ex des Blues pense-t-il, pour autant, que ces notes et ces séquences doivent être régulées ? « Ce serait vraiment vicieux d’interdire tout ça. Le gardien serait encore défavorisé. Et puis on pourrait toujours imaginer d’autres aides : comme un gardien qui change de gants ou de chaussures juste avant la séance ou des écritures sur la doublure du maillot. » Un peu à la façon des Sous-doués passant le bac dans le film de Claude Zidi en 1980. L’ancien arbitre Saïd Ennjimi n’est pas aussi catégorique : « Ça peut être considéré comme un comportement antisportif déjà maintenant, car la définition est large. Pour que ça le devienne réellement, il faudrait que ça devienne une mécanique récurrente et donc dérangeante pour le tireur. Le législateur n’intervient que quand il y a des abus. L’effet de mode serait ainsi sanctionné, comme les tirages de maillots à une époque. »
Sébastien Giménez prêche pour sa paroisse et y voit plutôt un moment à « pourquoi pas sanctuariser, si on en vient à légiférer dessus. Des pauses fraîcheur/coaching vont bien être mises en place à la Coupe du monde. Vu que tous les penaltys sont vérifiés par la VAR, ça nous laisse du temps pour échanger avec le gardien. » De quoi renforcer la tension du duel et la dimension psychologique si ces échanges ou lectures se multiplient à la vue de tous. « Avec ses notes, le gardien envoie un message au tireur : “Je sais que tu sais que je sais”, conclut Gennaro Bracigliano. Le doute change alors de cerveau, et le gardien est parvenu à renverser le rapport de force. » De quoi en faire une bonne épreuve de philo au bac. Et sans antisèche cette fois.
Par Alexandre Plumey
Tous propos recueillis par AP
















































