- Ligue 1
- J30
- Lorient-OM (2-0)
OM : tous fautifs !

Défait à Lorient et sous la menace de ses poursuivants dans la course à la Ligue des champions, l’OM a encore montré une bien mauvaise image sur le terrain, comme en dehors. En coulisses, joueurs, staff et dirigeants ont pris le mauvais réflexe de se renvoyer la faute, tout en étant incapable d’identifier le problème de fond.
Olympique de Marseille : club fondé en 1899, où le foot se vit plus (pour ne pas dire trop) fort qu’ailleurs. Au crépuscule d’une énième saison placée sous le signe de l’agitation tant sur le terrain qu’en dehors, l’OM a normalisé le fait de vivre dans l’instabilité constante, passant très vite de l’espoir et la communion absolue à la résignation et la crise totale. Défait à Lorient et tout d’un coup mal barré dans la course à la Ligue des champions, même s’il conserve des bonnes chances de qualification, Lille n’ayant pas fait le break au classement, le club marseillais a encore montré ce qu’il sait finalement faire de mieux, à savoir déjouer dans des moments clés, exprimer son dégoût de soi-même et s’automutiler devant les micros. Avec, pour cette dernière, la faculté à se cibler mutuellement entre les trois grands groupes qui régissent un club de foot : les joueurs, le staff et le directoire.
Tout le monde sait que ça cloche, mais personne ne sait ce qui cloche
Alors à qui la faute ? Logiquement, celle-ci revient davantage aux joueurs, décideurs de tout résultat sportif. « Avec ce type d’engagement, on ne peut pas prétendre au podium. […] Je ne sais pas ce qu’on peut faire », réagissait comme désemparé Geronimo Rulli après ce revers qui laisse l’OM à la quatrième place en attendant les résultats de Lyon, Rennes et Monaco ce dimanche. Émoussés psychologiquement, les Marseillais sortaient pourtant d’une semaine à Marbella qui aurait dû, en théorie, permettre de recharger les batteries. Que nenni. Les coéquipiers de Leonardo Balerdi ont balbutié leur football, incapables offensivement comme défensivement de confirmer leur rebond moribond du week-end dernier face à Metz. Dans cette disposition, la réaction de Medhi Benatia en zone mixte semble assez légitime.

« On fait des stages qui nous coûtent des sous parce que tu veux créer du liant avec les mecs parce que c’est ce qui nous a manqué… Combien à ton avis sont rentrés dans le vestiaire et ont retourné la table ? Zéro, tout est nickel, les bouteilles sont bien en place. […] Y en a certains qui partiront, après Coupe du monde, en disant qu’ils ont un club… Dans deux mois on se dira : ‘Mais il est bon lui !’ Mais le plus grave c’est qu’il aura pas fait les efforts ici », a déroulé le directeur sportif de l’OM après la débâcle. Seulement, ce groupe de joueurs résulte des choix de mercato du directeur sportif lui-même. Avec des paris qui ne s’avèrent pas vraiment fructueux à l’échelle de toute la saison, à l’instar d’un Benjamin Pavard en manque de confiance ou d’un Igor Paixão sur courant alternatif. Ce même Benatia, qui par une démission finalement annulée en février dernier faisait clairement l’aveu d’une mission ratée à la tête de l’OM.
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Un problème d’hommes
Déchaîné en zone mixte, Benatia a également décrié le troisième grand groupe, qui n’avait jusque-là pas eu droit à sa petite balle. « Tous les coachs couvrent leurs joueurs, c’est la mode ça. Roberto (De Zerbi) faisait pareil. C’est bien de les couvrir mais leurs prestations ne sont pas dignes d’un club comme l’OM. » Au même moment, en conférence de presse, Habib Beye montrait lui aussi qu’il avait pris certains mauvais réflexes de la maison. De nature très pédagogue même dans les moments difficiles, lui aussi a décidé d’entretenir ce « volcan marseillais. »
Si nous devons aborder les quatre derniers matchs avec des jeunes qui ont la faim de bien finir la saison, nous le ferons.
« Si nous devons aborder les quatre derniers matchs avec des jeunes qui ont la faim de bien finir la saison, nous le ferons », a-t-il martelé en conf’. Si celui-ci a peut-être subitement pensé à l’épisode des Minots en 2006, où il était déjà à l’OM en tant que joueur, Beye a en revanche oublié ce qui s’était passé deux heures auparavant. Sa composition « offensive » (avec quatre joueurs alignés que l’on aurait pu faire jouer en pointe) a été un pari raté, et la performance de ses joueurs est logiquement le reflet de l’instabilité qui règne à la Commanderie. Lui qui cherchait l’incertitude l’a décidément trouvé.
À l’arrivée, toutes ces parties ont un point commun : savoir très bien renvoyer la faute à autrui, sans jamais assumer la responsabilité de tout le monde. Si l’OM n’est toujours pas, après toutes ces années, un environnement sain, c’est surtout le résultat de personnes qui ne tirent pas dans le même sens. Le tout saupoudré de décisions au timing qui interrogent, du choix du président à une refonte visuelle qui peut paraître anodine. Parce qu’à Marseille force est de constater que tout semble être décidé à chaud : l’éviction des coachs, celle de Pablo Longoria, un nouveau président en toute fin d’exercice (qui au passage tacle l’ancien), un logo historique qui change à l’issue d’une saison compliquée marquée par un désamour avec les supporters… Pendant que tout ce petit monde s’écharpe, le club, lui, continue sa traversée du désert longue de 14 ans (et un dernier titre glané dans une compétition qui n’existe même plus), alors que chaque été depuis quatre saisons, la somme qu’il investit dépasse la barre des 100 millions d’euros. De quoi montrer que le problème de l’instabilité marseillaise est avant tout humain.
Medhi Benatia dézingue ses joueursPar Théo Juvenet

















































