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Lionel Abelanski : « J’ai rencontré Grégory Paisley pendant le tournage de Didier »
De son propre aveu, Lionel Abelanski est « le champion français des seconds rôles ». Révélé dans les années 1990 entre une apparition dans Didier et son rôle dans Train de vie, le comédien sera sur les planches du Grand théâtre du 21 janvier au 8 mars pour la pièce Willy Protagoras enfermé dans les toilettes. En décembre, au détour d’une pinte, ce fan de foot se demandait alors s’il n’était finalement pas le Daniel Dutuel du ciné. Pourquoi pas.

Dans Didier, tu joues un pote d’agent de foot. Un clin d’œil à ta passion pour le ballon rond ?
C’était pas un clin d’œil, mais c’était drôle que ça se présente comme ça. En fait, Chabat m’a proposé de jouer dans ce film. C’était marrant parce qu’avec Bacri, on faisait partie de ses « conseillers foot » vu qu’il n’y connaissait rien. Didier, c’est vraiment le meilleur film sur le foot. C’est le plus délirant, c’est celui qui va le plus loin. Sans parti pris bien sûr. (Rires.)
C’est ton seul film en lien avec le sport, et donc a fortiori avec le foot. Quel rôle d’entraîneur tu aimerais camper, par exemple ?
Luis Enrique, il a un charisme incroyable ! C’est quelqu’un de très touchant, qui a une inventivité et entretient une part de mystère… J’avais des doutes à son arrivée, je me rappelais sa sélection espagnole. C’était très brillant, mais ça ne tirait pas beaucoup. Ils se sont cassé la gueule en Coupe du monde contre la Russie avec leur toro géant. Là, il arrive un peu à se renier, avoir plusieurs possibilités. J’étais assez étonné de sa première saison, il avait encore Mbappé à gérer et on avait l’impression qu’il n’avait pas totalement la main, mais je ne suis pas dans le secret des dieux. La dernière saison a été incroyable.
J’ai découvert le foot avec Saint-Étienne et les Pays-Bas, deux perdants vraiment magnifiques.
En 1999, tu es nommé pour le César du meilleur espoir masculin pour ton rôle dans Train de vie. Bruno Putzulu te grille finalement la priorité avec son Petits désordres amoureux. Quel est ton club « perdant magnifique » préféré ?
Saint-Étienne et les Pays-Bas. J’ai découvert le foot avec eux, ce sont vraiment deux perdants magnifiques. Comme des Petits Poucets inattendus. Les Pays-Bas sont un petit pays, Sainté est une ville perdue dans le centre de la France. Il y avait Bastia, aussi. Johnny Rep. Sainté avec Rocheteau, Sarramagna, les frères Revelli, (Christian) Lopez, Janvion… J’étais vraiment fan, j’avais les posters dans ma chambre. Il y a aussi toute cette génération de l’équipe de France 1982-1986, même s’ils ont quand même gagné un Euro. France-RFA de 1982, c’est un de mes souvenirs les plus marquants. Normalement, on l’a gagné ce match. S’il y avait eu la VAR, on l’aurait gagné. (Rires.) Il y a aussi une faute sur Platini sur le deuxième but allemand. Elle est moins connue, mais c’est vraiment une grosse faute.
Quelle figure de la fiction préfères-tu dans ce rôle de loser sublime ?
Pierre Richard dans les Grands Blonds, ou Woody Allen quand il jouait dans ses films. Mes beautiful losers préférés !
Quel est l’acteur le plus nul au foot que t’as rencontré ?
(Il hésite.) Zinédine Soualem ne sait pas jouer au foot. Il jouait pourtant l’entraîneur dans Didier. (Rires.)
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Tu es surtout un habitué des seconds rôles au cinéma, un visage connu mais assez niche par sa présence discrète. Très présent et apprécié, mais encore plus à sa juste valeur par les connaisseurs : ne serais-tu pas le Marcelo Gallardo du cinéma ?
(Rires.) Peut-être pas Gallardo, mais un milieu de terrain travailleur, intéressant, qui n’est pas le mec qui flambe. Ni sur le pré ni sur les réseaux sociaux. Je serais peut-être un Bathenay, qui marquait quand même des buts incroyables de temps en temps. Récemment… (Il hésite.) Je dirais Dutuel, qui a joué à Auxerre début des années 1990, un super milieu de terrain. Ça me va très bien !
Tu es plutôt studio et caméras ou planches et public ? Plutôt Neymar superstar, ou numéro 10 du peuple à la Corentin Martins ?
Les deux ! J’aime passer du ciné au théâtre, selon les opportunités. Toujours par période. Il y a aussi un truc d’âge et de génération. Le ciné, c’est un truc assez jeune. La majorité des meilleurs rôles se font entre 25 et 45 ans. Ensuite, l’entonnoir se resserre un peu. Plus on mûrit, moins il y a de rôles dans les films ou à la télé. Il y a des exceptions, certes, mais on tourne un peu moins. Je ne suis pas grand-père encore (rires), mais il y a moins de rôles de grands-pères que de jeunes mecs actifs. Le truc, c’est de durer.
Comme en foot.
Voilà ! L’avantage, c’est qu’on peut jouer plus longtemps que les footeux. (Rires.)
J’ai lu des trucs violents sur les centres de formation. Des mômes à qui on fait croire qu’ils vont toucher le jackpot, puis ça n’arrive pas. C’est plus dur d’être footeux qu’acteur.
D’où t’est venue ta passion pour le foot ?
Sainté et les copains. On jouait le soir après les cours. On se retrouvait avec un ballon, il y avait la place du marché de ma ville, en banlieue parisienne. On avait dessiné des buts sur le mur, on ne devait pas perdre le ballon, car il y avait un notaire qui habitait juste derrière et le gardait. Il fallait jouer à ras de terre, ne pas envoyer des pains de loin ! Après, j’ai joué à Villemomble, dans la ville voisine, une bonne équipe. J’étais plutôt milieu de terrain, après je suis passé devant. Je me plaçais pas trop mal pour récupérer les balles qui traînaient. Un petit Gonçalo Ramos. (Rires.)
Après coup, tu aurais choisi quoi entre une carrière de footeux et d’acteur ?
Ni l’une ni l’autre. C’est hyper dur de commencer dans ces deux métiers. Pendant Didier, j’ai rencontré quatre ou cinq jeunes du PSG qui jouaient dans le film. Ils étaient hyper forts, au moins le niveau d’Anelka ! Le seul qui a joué en D1 puis en Ligue 1, c’était Grégory Paisley. Les autres, ils ont peut-être joué en D2 ou à l’étranger, je n’ai pas suivi. J’ai lu des trucs violents sur les centres de formation. Des mômes à qui on fait croire qu’ils vont toucher le jackpot, puis ça n’arrive pas. C’est plus dur d’être footeux qu’acteur. Nous, on a plusieurs chances, eux, je ne sais pas. Le temps joue contre eux, moins contre nous.

Très jeune, tu connais les premiers jours du Paris Saint-Germain. Quels souvenirs en gardes-tu ?
À la création du PSG en 1970, j’ai 6 ans. Est-ce que c’est mon équipe ? Non, c’était l’équipe de Saint-Germain-en-Laye pour moi. C’était dur au début quand même le PSG, je me rappelle aller au stade dans le froid, il n’y avait personne. Quand Canal a racheté le club, ça a pris son envol, je m’imaginais pas que ça deviendrait ce que c’est devenu dans les années 1990. Quand il y avait PSG-Sainté, je dois avouer que j’étais pour Sainté. Les choses ont changé, je suis versatile, je ne suis pas vraiment un vrai supporter. Au départ, j’étais très Sainté, puis il y a eu le Bastia de Papi, l’OM époque demies et finales de Coupe d’Europe. Si je dis ça, je vais me faire défoncer quand je vais retourner au Parc ! (Rires.) Je voulais voir du foot au stade, donc je me suis abonné. J’aime regarder le foot en étant concentré, j’ai du mal à le mater avec des potes qui disent des conneries. J’adore être tout seul, dans ma bulle. Je trouve que parfois à la télé, on te raconte pas le match que tu vois, ça me fait chier. Quand je vais au stade et que je vois les commentaires, je peux me demander : quel match ils ont vu ? Bon, j’adore quand même L’Équipe du soir, il y a un côté décalé et sociologique. Il y a des gens intéressants et d’autres que tu as envie de taper. (Rires.)
Il y a cette anecdote de Greg Coupet qui avait tenté d’être consultant, mais qui avait été dégoûté quand on lui avait demandé de surjouer…
Tu m’étonnes ! Après, il faut que l’émission vive. Regarde Stade 2 à l’époque, c’était super plan-plan, on attendait que les images. Robert Chapatte qui présentait… (Il l’imite.) « Donc vous étiez à Toulouse, oui il faisait beau ! » Une heure d’émission, on parlait de tous les sports, mais c’était la seule ! C’était un peu avant Téléfoot. J’adorais aussi, ils étaient les seuls à avoir des images après les matchs. Tu avais aussi Roustan, qui faisait des reportages complètement décalés, très drôles. Il faisait ses petits podcasts avant l’heure, courant 2010, complètement amateur au caméscope, qui finissaient sur le site de L’Équipe. Ça m’a fait un truc, sa mort.
Tu as aussi connu le foot à la télé avec l’arrivée de Canal, c’était comment ?
En France, Canal a donné un éclairage sur le foot. C’est énorme ce qu’ils ont fait. On a vu du foot toutes les semaines, même s’il fallait l’abonnement. Avant, on voyait un peu de Coupe d’Europe et la France tous les trois mois. Là, on a vu des matchs de championnat qu’on ne voyait jamais. Il y avait de la démesure, mais ça fait du bien au cinéma, au foot, à la télé. Il n’y avait pas de création à la télé à l’époque, juste quelques petits trucs sur France 3. J’ai 20 ans quand Canal est créé, on se dit « whaou ».
Kostadinov, je ne connaissais pas trop, j’ai appris qu’il était venu en France en bagnole parce qu’il n’avait pas de visa, putain.
Dans les années 1990, les clubs français performent dans les compétitions européennes et le PSG enchaîne les demi-finales. Entre Didier et Train de vie, tu arrives à suivre ?
Je me souviens notamment de Bayern-PSG, avec le but incroyable de Weah (0-1 en 1994, NDLR). Plus tard, ils gagnent la Coupe des coupes (1-0 contre le Rapid de Vienne en 1996, NDLR), qui était une grande coupe ! On disait même que la C2, c’était mieux que la C3, ce qui n’était pas forcément la réalité. D’ailleurs, Paris a fait deux finales de suite : une gagnée, une perdue contre le Barça en 1997. Puis c’est retombé à la fin des années 1990. Colony Capital, c’était autre chose. (Rires.)
1993, c’est une année paradoxale pour le foot français : l’OM est champion d’Europe, le mythique PSG-Real, puis voilà Kostadinov…
J’étais allé voir France-Israël avec mon père. Il restait deux matchs, il suffisait d’un point. On rentre avec mon père au Parc, on entend (il chante) Born in the USA et L’Amérique… Quand Ginola marque le deuxième but, on se dit que c’est bon. À chaque fois, mon père voulait partir plus tôt pour éviter les bouchons. Donc on sort et on entend « Oooooooooh ». À la dernière minute, on perd, la honte… France-Bulgarie, on avait fait un bon match à l’aller, même s’il y avait Stoitchkov, un joueur très impressionnant. Kostadinov, je ne connaissais pas trop, j’ai appris qu’il était venu en France en bagnole parce qu’il n’avait pas de visa, putain. Je le regarde dans un café avec des potes, le cauchemar… J’ai failli arrêter de regarder le foot. Comme la Coupe du monde 1986 contre la RFA, j’étais chez un copain qui avait loué une grosse télé pour le Mondial. Il l’a cassée de rage. (Il l’imite.) « J’en ai marre ! J’en peux plus ! Ça fait 30 ans que je mate le foot ! » (Rires.)
Tu es né en 1964, soit la même année que, au pif, Paolo Maldini, Frank Rijkaard, Rudi Völler, Peter Schmeichel, Roberto Mancini, Jürgen Klinsmann… C’est lequel ton préféré ?
(Il hésite.) Je dirais Rijkaard. Hyper solide, juste. Je repense au trio avec Van Basten et Gullit. J’ai l’image d’un gars vraiment droit, rigoureux, peut-être que je me trompe. Rudi Völler, il nous avait fait mal, à la sélection ou aux clubs français. J’ai bien aimé Schmeichel en Angleterre, super Euro 1992. (Sarcastique.) Qu’on devait gagner normalement. C’est eux qui nous éliminent en poule, puis gagnent l’Euro alors qu’ils étaient pas qualifiés initialement. (Ils sont repêchés après l’éclatement de la Yougoslavie, NDLR.) Maldini, il m’a toujours énervé. On perdait toujours contre l’Italie et leurs clubs, mais il était très fort. Pareil pour Klinsmann. Avant, on le prenait personnellement quand on perdait contre une de leurs équipes. Il faut dire qu’on ne pouvait pas beaucoup les voir, quand aujourd’hui on peut voir tous les grands joueurs toutes les semaines. Avant, c’était seulement quand ils nous tapaient. (Rires.)
Ton footballeur préféré de tous les temps, c’est qui ?
Platini. Un truc d’enfance. Un type normal, pas hyper rapide, mais magicien. Je l’ai croisé après Didier, ça m’a fait plus d’effet que de voir n’importe quelle star de ciné que j’avais vu enfant. C’était Dieu.
Dans le foot actuel, lequel est ton chouchou ?
Ça change. Quand Mbappé est arrivé au Mondial 2018, c’était pfiouuuu, puis au PSG… Mais chouchou, j’aurais du mal à dire. Avant, j’aimais beaucoup les joueurs anglais. Gascoigne. Le petit avant-centre de Liverpool… (Il cherche.) Owen ! Lineker, aussi.
L’année dernière, tu es nommé aux Molières pour ton rôle de Harold Mitchell dans Un tramway nommé désir, quasiment en même temps que la Ligue des champions du PSG. Lequel de ces événements t’a procuré le plus de plaisir ?
J’ai pas gagné, donc… Une nomination aux Césars ou aux Molières n’est pas une fin en soi. C’est anecdotique, c’est pas une compète. C’est arbitraire, parce que les gens aiment bien untel. Beaucoup de choses se mélangent. Donc oui, la victoire du PSG, tellement incroyable. J’aurais été très heureux si j’avais eu un prix. Mais là, c’est un truc collectif qui se partage.
D’ailleurs, dans quelles conditions as-tu vécu cette consécration ?
À la campagne, avec trois potes. Dont un avec lequel j’avais vu la remontada, donc il fallait vraiment qu’on règle le truc, qu’on soit plus des porte-poisse ensemble, qu’on puisse regarder encore des matchs tous les deux.
Quel acteur actuel correspondant le plus à ton créneau de second rôle attachant préfères-tu ?
(Il hésite.) Il y a le jeune, Sébastien Chassagne ! On s’entend super bien, on a fait deux ou trois films ensemble. Un jeune mec d’une quarantaine d’années, je l’aime beaucoup.
Quel match t’a le plus marqué ?
Le Heysel (Liverpool-Juventus, finale de la Coupe des clubs champions 1985), j’oublierai jamais, horrible. C’est plus un match. Je comprenais pas pourquoi ils jouaient encore. Inimaginable, cette espèce de guerre dans un stade, le truc qui s’effondre. Affreux.
T’as été aperçu au siège de la FFF lors de la diffusion des Héros du gazon, en octobre dernier. Tu connais personnellement des personnalités du monde du foot ?
Pas Michel Platini malheureusement. (Rires.) Je connais Hervé Mathoux qui aime beaucoup le théâtre. Je connais Courbis par sa compagne. (L’interview a été réalisée avant le décès de Rolland Courbis, NDLR.) Mais c’est tout. Je préfère aller au stade dans une vraie tribune qu’en tribune invités. C’est bien, je serai plus jamais invité. (Rires.) En vraie tribune, il y a des gens que je vois toutes les semaines, c’est assez joyeux. Bouger un peu dans la tribune, se faire de nouveaux potes, c’est cool.
Le PSG sur le point de prolonger le contrat d’un de ses titulairesPropos recueillis par Victor Marie, à Paris

























































