- Disparition de Rolland Courbis
« Rolland Courbis pouvait t’emmener sur la lune sans oxygène »
La disparition, à 72 ans, de Rolland Courbis est un choc pour le monde du football. Ses anciens joueurs lui rendent hommage à leur manière. Avec le souvenir éternel du style Courbis.

Laurent Paganelli : « J’enregistrais ses causeries »
Entraîné par Rolland Courbis à Toulon entre 1986 et 1988
« J’ai appris ça il y a une heure… Et je n’ai pas compris. Je ne m’y attendais pas. Rolland était invincible. C’était mon Obélix. Ça m’a coupé les jambes. Pour moi, il était intouchable. Rolland, c’est une grande partie de ma vie. C’est presque un membre de ma famille qui est parti. J’ai du mal à en parler au passé… Il faut l’avoir côtoyé pendant des années pour savoir qu’il vous touche, qu’il vous apprend beaucoup de choses. Tellement de blagues, tellement de passion, tellement de football. La vie en elle-même, en fait. Un Sudiste, un vrai. Ça va au-delà du foot.
Pour pouvoir partager une, deux, trois saisons avec lui, pour vivre à côté, il fallait être dans son fonctionnement, aimer ce qu’il faisait, être accepté par lui, être en accord avec lui. C’était le respect permanent. Tu ne pouvais pas le trahir. Rolland, c’est une passion totale. Il m’a appris à rigoler, à jouer aux cartes, à être remplaçant, à appréhender la tactique, à aller jouer au casino… J’ai toujours eu la chance d’être son ami. À Toulon, j’enregistrais ses causeries avec un petit magnétophone pour les faire écouter à ma femme, mes parents, mes amis, parce que c’était exceptionnel ! Il pouvait t’emmener sur la lune sans oxygène. Il me manque déjà quelque chose. Sa disparition, je ne l’accepte pas… »
Je viens de retrouver cette archive 😂😂 pendant la Coupe du monde 98 courbix et paganix @rollcourbis une baffe au romain mémorable 😂😂 pic.twitter.com/o15yVw89wY
— Laurent Paganelli (@LaurentPaganel1) August 13, 2018
Guillaume Warmuz : « Un ADN unique »
Entraîné par Rolland Courbis au RC Lens entre 2000 et 2001
« Je suis profondément attristé. C’est un personnage original du football, qui laisse une trace, des phrases, des moments qui resteront dans l’histoire du foot. Ces personnes uniques, avec un ADN unique. Rolland était un personnage en couleur. Il était mon entraîneur. Quand il est arrivé à Lens, il avait eu un préjugé et avait pris une décision où il voulait me mettre remplaçant et m’avait dit que je pouvais partir. Il m’avait appelé quand j’étais encore en vacances pour m’annoncer ça. Il voulait démarrer avec un autre gardien, plus jeune. On était sorti du titre de champion, il souhaitait un peu de renouvellement. Moi, j’avais des clubs intéressés, mais ça ne me satisfaisait pas.
Et, à la régulière, j’ai retrouvé ma place. La veille d’aller à Nantes, pour le premier match de la saison, il m’a dit : “Je trouve que tu as fait une belle préparation. Tu vas jouer, j’ai plus de feeling avec toi.” Avec sa verve et sa truculence, il m’a poussé dans mes retranchements. Derrière, j’ai fait un début de saison exceptionnel. Donc il a été deux fois honnête avec moi : d’abord en me disant clairement qu’il ne comptait pas sur moi, puis en reconnaissant que j’avais été performant. Il n’était pas obligé de le faire, il aurait pu suivre son idée… J’ai toujours gardé une affection pour lui. »
Geoffrey Jourdren : « Entre atypiques, on se comprend »
Entraîné par Rolland Courbis à Montpellier entre 2013 et 2015
« Choqué. C’est mon fils qui me l’a appris. Tu ressens une petite décharge dans ton corps. C’est un monument du foot français qui part. Des gens que tu as côtoyés dans ta vie, des personnes que tu aimais bien. C’est un atypique. Moi aussi. Mais entre atypiques, on se comprend. Dans le fond, on s’aimait bien. J’ai des anecdotes de conflit où, deux heures après, on passait à autre chose. Un jour, il arrive en retard. L’entraînement commençait à 9h30 et il était là à 9h45. Je lui ai rentré dedans. Je lui ai dit que c’était 9h30. On a parlé pendant une heure et demie dans son bureau ensuite. Et, à la fin, on s’est limite serré dans les bras.
Humainement, il était très fort. C’est un des plus forts que j’ai rencontré. Quand quelqu’un parle de cette façon… J’avais envie de tout donner pour lui.
Ce n’était pas un coach pour moi, c’était plus que ça. On s’était revu aux 50 ans du MHSC, on discutait de tout et de rien… Il savait tirer 120% du joueur qu’il avait en face de lui. Humainement, il était très fort. C’est un des plus forts que j’ai rencontré. Quand quelqu’un parle de cette façon… J’avais envie de tout donner pour lui. C’était une figure. Quand il rentrait dans une pièce, il avait du charisme. Tu voyais que c’était Rolland Courbis. C’est un Monsieur. »

Olivier Echouafni : « Un précurseur dans le rôle de manager »
Entraîné par Rolland Courbis à Marseille entre 1997 et 1998.
« J’ai l’impression que c’est la loi des séries entre Jean-Louis (Gasset), qui vient de partir, et maintenant Rolland… C’est beaucoup de tristesse de les voir partir aussi tôt. Rolland, je l’ai eu comme entraîneur à Marseille. C’est vrai qu’il est particulier. C’est un fou de football. Avec son regard à lui, qui dépareillerait de ce qui se faisait dans le côté classique de l’entraîneur qu’il a été. C’est un des premiers entraîneurs à utiliser le téléphone portable à l’entraînement. Je ne sais plus pour quelle raison, mais, en pleine séance, il était capable d’avoir le téléphone avec lui…
Il était très joueur, il l’a toujours été. Ça a toujours été quelqu’un qui savait motiver ses troupes, ses joueurs. Je sais qu’il détestait, par exemple, que, le matin du match, les journalistes arrivent à trouver sa compo. Il était capable de tout changer dans la journée. Je pense que c’est un précurseur dans un rôle de manager, en France, un petit peu à l’anglaise. Il était beaucoup dans le côté management. Dans sa seconde vie de consultant, je l’ai trouvé très intéressant et très bienveillant avec le monde du football. »
L’équipe type de la neigePropos recueillis par Timothé Crépin

























































