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Loïc Lagnon : « Le temps personnel, c'est le plus gros sacrifice »

À 19 ans, Loïc Lagnon mène une vie à toute vitesse. Milieu polyvalent du centre de formation de Dijon, où il vient d'intégrer le groupe N2, il suit en parallèle des études de haut niveau à l'HEPTA (Hautes Études Pluridisciplinaires Pour Top Athlètes), un bachelor pour les sportifs de haut niveau, depuis septembre 2025. Un cas unique en France, pour un footballeur.
Tu es un joueur du centre de formation de Dijon depuis douze ans. En septembre 2025, tu as décidé de rejoindre des études de haut niveau à l’HEPTA (Hautes Études Pluridisciplinaires Pour Top Athlètes), un bachelor pour les sportifs de haut niveau. Pourquoi ?
J’ai grandi dans une famille où je ne pouvais pas faire du foot sans les études, parce qu’aujourd’hui, il y a trop d’aléas. Cette opportunité est venue à moi par hasard, avec un mail reçu pour candidater au programme. Je m’y suis vite intéressé et j’ai vu que ça s’adaptait parfaitement à ce que je souhaitais faire. J’ai envie de réussir scolairement et footballistiquement. Il y avait quand même la crainte de savoir si c’était bien. C’est tout récent donc aucun élève n’a encore utilisé son diplôme pour structurer la suite de son parcours.
Concrètement, ça consiste en quoi ces études ?
Je dois valider trois écoles (ESSEC, Centrale Supélec et Sciences Po) pour décrocher le Bachelor. J’avoue que je suis plus à l’aise avec les matières scientifiques. Sciences Po est plus difficile pour moi mais je m’accroche.
Il y a souvent cette critique comme quoi les footballeurs ne peuvent pas faire d’études. Je trouve que c’est n’importe quoi.
Tu es aussi le premier footballeur à intégrer cette école pour le moment…
Oui c’est vrai. Il y a souvent cette critique comme quoi les footballeurs ne peuvent pas faire d’études. Je trouve que c’est n’importe quoi. Pour beaucoup, c’est un choix, pas une impossibilité. Ils voulaient se donner à 200 % dans le football, un autre choix de vie. Chacun a le sien, selon l’éducation de ses parents, de sa famille. Pour moi, il faut respecter et considérer les choix de chacun. Dans l’école, il y a vraiment de tout : du surf, de la voile, du décathlon, du tir sportif…des scientifiques, des littéraires…
Tu as donné une interview sur le site du Dijon FCO, où tu disais que pendant la musculation, tu prenais tes écouteurs pour suivre tes cours. Ce n’est pas trop dur de faire les deux en même temps ?
Je n’ai pas trop le choix (rires). L’équipe pédagogique met tout en œuvre pour essayer de trouver des horaires qui conviennent au mieux à toute la promotion mais c’est compliqué. Je suis disponible après les repas, et le soir, pendant ma récupération ou ma préparation physique en salle donc je n’ai pas le choix de les mettre. Ça me permet de faire passer le temps un peu plus vite quand je fais du gainage. (Rires.)
L’HEPTA est apparu en 2024, juste après les Jeux olympiques. S’il n’y avait pas eu cette opportunité, comment aurais-tu programmé ta carrière ?
J’avais l’idée d’aller faire des études à l’étranger, notamment aux États-Unis, parce qu’ils avaient un gros coup d’avance sur la France avec des universités de qualité. Beaucoup de sportifs arrêtaient leurs études pour le sport, ou inversement. Moi, je ne me voyais pas faire STAPS ou une autre école, parce que je voulais essayer de faire de la finance et tenter de travailler dans ce domaine après le football.
Tu disais que tu avais 50 heures de travail par semaine environ. Comment tu fais pour te dégager du temps libre ? Ce n’est pas trop compliqué à assumer mentalement ?
C’est vraiment le problème, surtout quand on est jeune. On se demande parfois si on ne fait pas tout ça pour rien. Je pense que le temps personnel, c’est le plus gros sacrifice. Mais je suis convaincu que je serai récompensé. C’est sûr que quand on se lance dans le sport de haut niveau, on a moins de vacances, moins de temps pour voir ses amis, sa famille…
On parle beaucoup de la santé mentale des joueurs. Tu n’as pas peur d’exploser en plein vol ?
Parfois, on explose forcément. Mais il y a toujours mes parents pour me soutenir. Si j’ai besoin d’aide, je n’hésite pas à leur demander. Et même au club, avec l’équipe, je n’hésite pas non plus. On a aussi des psychologues pour nous accompagner, mis à disposition par l’école.
Tu n’as pas mis tes coéquipiers au courant. C’était pas peur ?
Non, je n’ai aucune crainte de parler de ça. Toute la semaine, je suis plongé dans les études donc dès que je vais au foot, je n’ai qu’une seule envie, c’est d’aller jouer avec mon équipe et de donner le maximum pour les matchs du week-end. Aujourd’hui, ils sont au courant et sont contents pour moi. Mais on n’en parle pas entre nous.
Jamais, je n’ai voulu cacher que je pariais et je n’avais pas en tête que c’était interdit. C’était un manque de vigilance de ma part.
Tu as aussi été mêlé à une histoire de paris sportifs en début d’année où tu as eu deux matchs de suspension…
Oui à 18 ans, j’ai misé en toute transparence les primes de bienvenues de la FDJ. Je ne m’en cachais pas du tout. J’avais créé mon compte avec mon nom, mon prénom, ma date de naissance, ma carte d’identité… Jamais, je n’ai voulu cacher que je pariais et je n’avais pas en tête que c’était interdit. C’était un manque de vigilance de ma part. Le club a été très surpris : dans ma convention, il n’était pas indiqué que c’était interdit. Depuis, Dijon a ajouté l’interdiction de jouer aux paris sportifs dans les conventions.
Comment tu as géré cette période ?
Beaucoup de fois, quand je croisais quelqu’un, on me disait : « Alors Loïc, on joue aux jeux d’argent ? » Je répondais « oui », sans même prendre le temps de leur expliquer que c’était pour 44 euros, que je n’avais jamais eu d’interdiction claire. Sportivement, ça ne m’a pas trop impacté, parce que dans tous les cas, j’étais encore en réathlétisation de ma pubalgie, donc je n’allais pas jouer ces deux matchs. C’est surtout l’image que ça donnait du club et de moi-même qui m’a déçu.
Tu vois comment ton avenir aujourd’hui à Dijon, qui vient de remonter en Ligue 2 ?
Je viens d’intégrer le groupe de National 2 (anciennement N3, NDLR). J’ai été blessé longtemps la saison passée. J’ai beaucoup forcé pendant la Gambardella (le DFCO a perdu 3-2 contre Rennes en finale, NDLR) et j’ai eu une pubalgie sévère puis une mononucléose. Cette année, je veux trouver ma place dans cette équipe de National 2, et petit à petit m’imposer. Pour, pourquoi pas, devenir titulaire indiscutable et viser plus haut…
Dijon retrouve la Ligue 2, Saint-Brieuc le National 2Propos recueillis par Raphaël Faurie-Pacaud
























































