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Éric Perrot et Johannes Bø : « Il y a une belle rivalité entre la France et la Norvège »

Propos recueillis par Mathis Blineau-Choëmet et Enzo Leanni
12' 12 minutes
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Éric Perrot et Johannes Bø : « Il y a une belle rivalité entre la France et la Norvège »

Habituellement, Français et Norvégiens s’affrontent avec des skis de fond aux pieds et une carabine à plombs dans le dos. Avant la confrontation entre Kylian Mbappé et Erling Haaland, il était évident de sonder les biathlètes Éric Perrot, franco-norvégien triple médaillé olympique, et Johannes Bø, légende norvégienne de la discipline.

Historiquement, la France est un pays de foot et la Norvège un pays de biathlon. Vous avez l’impression que ça s’inverse depuis plusieurs années ? Éric Perrot : Vu qu’on est en train de gagner au biathlon, on accepte de les laisser gagner au foot. (Rires.) On équilibre la balance. Blague à part, on est heureux de pouvoir les concurrencer de plus en plus en biathlon. Ça a été le cas par le passé. C’est une rivalité serrée, même si historiquement, la Norvège est devant. C’est sûr que l’équipe de France de biathlon est très dense et que l’équipe de foot de Norvège commence aussi à se densifier avec plusieurs gros joueurs et une équipe qui a moyen de jouer.

Johannes Bø : En Norvège, le football est devenu un sport de référence. Nous avons beaucoup de gros noms, des joueurs de plus en plus talentueux et l’équipe joue vraiment bien. En revanche, ça va être très compliqué pour la Coupe du monde, la population pense que la Norvège peut créer la surprise, mais il ne faut pas trop en attendre. En tout cas, nous sommes très fiers d’être de retour en Coupe du monde, ça va être un grand moment.

Perrot : J’étais déçu qu’elle ne se qualifie pas à la dernière Coupe du monde parce que je trouvais qu’elle avait une bonne équipe. Aujourd’hui, je trouve que sa qualification est méritée. Je suis impatient de voir parce que ça a de la gueule ce qu’elle fait. Je ne sais pas jusqu’où elle peut aller. Loin, je ne sais pas. En tout cas, je n’espère pas au détriment de la France, mais ça peut envoyer du lourd.

Nous n’avions jamais réussi à bien jouer collectivement en équipe nationale. Je pense qu’on est meilleur que jamais en ce moment.

Johannes Bø

Est-ce que le foot peut rattraper le biathlon dans la culture sportive norvégienne ?

Perrot : En Norvège, le biathlon est ancré depuis très longtemps. Il y a un vivier très fort et une culture très pointilleuse du haut niveau. Il y a énormément d’athlètes qui sortent régulièrement. Cette même culture du ski nordique a été déplacée dans le foot. C’est en train de bien performer. J’espère que l’Eliteserien (nom du championnat local, NDLR) va continuer à prendre du niveau.

Bø : C’est vrai que le championnat norvégien a progressé, on le voit avec Bodø/Glimt en Ligue des champions. Nous avons souvent eu des bons joueurs jouant dans les grands championnats européens, mais nous n’avions jamais réussi à bien jouer collectivement en équipe nationale. Je pense qu’on est meilleur que jamais en ce moment.

Perrot : En Norvège, il y a une énorme culture foot. J’ai été surpris l’année où j’habitais là-bas. Avant de venir, je pensais que les Norvégiens n’étaient pas bons au foot et qu’ils ne devaient pas beaucoup jouer. En fait, il y a des terrains partout, notamment des synthétiques, ça joue dans tous les coins de rue. Ils suivent énormément la Premier League. Tu vois des drapeaux, des maillots. Ils sont à fond.

Pendant l’hiver, avez-vous parlé de ce fameux match de poule de Coupe du monde ? Perrot : On n’en a pas parlé directement, mais à la fin de l’hiver oui, parce qu’on est tous des suiveurs de foot. Aux Jeux olympiques de Milan-Cortina, on jouait des France-Norvège sur FIFA. On a gagné le match filmé même si, en off, c’était assez serré. Heureusement, on n’avait pas choisi nos équipes respectives, sinon ça aurait été mort pour eux. (Rires.)

Bø : On en a un peu rigolé. Il y a une vraie complicité entre nous sur le circuit. J’aime beaucoup la rivalité entre les deux pays… en biathlon et maintenant en football.

 

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Pour toi Éric, c’est encore plus spécial comme affiche…

Perrot : Ma mère est norvégienne (Tone Marit Oftedal, ancienne biathlète), mon père est français (Franck Perrot, idem) et on adore regarder les matchs internationaux. Ma maman est de Sandnes, juste à côté de Bryne, où a grandi Haaland (il prononce à la norvégienne avec le son O). L’année où j’ai vécu en Norvège, je suis passé régulièrement dans son village pour faire du ski à roulettes et m’entraîner, c’est assez drôle de se dire qu’on est voisins. Quand ma mère a su que c’était France-Norvège, elle était assez folle. C’est le genre de match où je vais me régaler devant ma télé. Je suis vraiment impatient du match, je vais avoir les deux drapeaux dans les mains. Je vais le voir en Norvège parce que je pars tout l’été là-bas pour m’entraîner et revoir ma famille avant de retrouver l’équipe de France. Avec ma famille norvégienne, on est assez tranquilles sur le chambrage.

Si la France perd, je me ferai très discret et j’irai m’enfoncer au fin fond de la montagne.

Éric Perrot

Et entre athlètes des deux pays, ça se passe comment ?

Bø : Il y a toujours un peu de trash-talking entre Français et Norvégiens, mais c’est bon enfant, il n’y a pas de mauvais perdants. J’ai longtemps lutté face à Martin Fourcade… Rien ne peut être comparable aux batailles que nous avons livrées. Disons que j’ai été rival avec Martin et ami avec les autres. (Rires.) Je ne garde que des bons souvenirs de ces moments passés avec les athlètes français.

Perrot : J’ai hâte de charrier les Norvégiens. Cet été, je vais au Blink Festival, un festival de biathlon en Norvège, donc je vais les croiser. Et si on perd, je me ferai très discret et j’irai m’enfoncer au fin fond de la montagne.

 

Selon vous, c’est plus facile d’émerger en biathlon ou en football ? Perrot : C’est dur de répondre. La culture ski est ancrée depuis des années, mais le foot c’est énorme. En matière de pratique, tout le monde joue au foot et a un certain niveau. Je pense donc que d’un côté comme de l’autre, c’est chaud.

Bø : C’est difficile de comparer les deux sports et je pense qu’il est vraiment dur d’être le meilleur dans un domaine, de toute façon. En biathlon, il faut se faire un nom dans le peloton, devenir le meilleur de son pays, puis remporter des titres de champion du monde. Après, en foot, il y a beaucoup plus d’équipes et de joueurs, donc un peu plus de places.

Quelles sont les similitudes et les différences des systèmes de formation des deux pays dans ces sports ?

Perrot : Déjà, on n’a pas la même culture sportive. On peut dire que la Norvège se rapproche de la culture sport US qu’on peut connaître, pas par rapport aux universités, mais plutôt vis-à-vis de l’engouement et de l’engagement qu’ils mettent dans le sport. En Norvège, tout le monde pratique. Ils terminent l’école en milieu d’après-midi, donc ils peuvent aller au club de foot, au club de biathlon… Il y a énormément de temps de pratique pour les jeunes. Quand j’y habitais, on jouait tout le temps au foot à la récré et dans mon école, ils pratiquaient tous en club. En France, à l’école, on termine en fin d’aprèm. Alors oui, tu vas taper un foot avec tes copains, mais ce n’est pas comme ça que tu te rapproches du haut niveau. Il y a une vraie différence de culture d’éducation physique. En France, elle est poussive alors qu’en Norvège, elle est ancrée.

Arriver seul dans la surface pour tirer un penalty, c’est la même sensation qu’en arrivant sur le pas de tir. On sait que le monde entier nous regarde.

Johaness Bø

Et, en général, peut-on comparer les deux sports ? Perrot : Il y a la qualité d’endurance qu’un footeux et un biathlète doivent avoir pour performer. Ce n’est pas tout à fait le même type d’effort parce que c’est plus explosif au foot, mais quand il faut tenir sur du long terme, pendant 90 minutes, une prolongation, voire des penaltys, il y a intérêt à avoir un sacré physique. Il faut beaucoup de foncier et d’entraînement. En revanche, nous, on n’a moins la capacité de mettre des gros sprints pour récupérer la balle, même si on doit ajouter du punch pour mettre des attaques pendant les courses. La pression, sur des moments précis, peut aussi être identique.

Bø : Arriver seul dans la surface pour tirer un penalty, c’est la même sensation qu’en arrivant sur le pas de tir. On sait que le monde entier nous regarde. À l’entraînement, on le fait des dizaines de fois, mais ce n’est pas facile de se préparer à le faire dans une telle situation. Tout repose sur la force mentale. J’adore vraiment cette préparation mentale.

Perrot : J’ai regardé la finale de la Ligue des champions et, honnêtement, je ne sais pas si c’est la même pression de tirer le premier ou le dernier penalty que de mettre cinq balles au tir. Il y a plus de pression au foot parce qu’il y a davantage de monde derrière. Moi, je me sens mal pour Gabriel qui a loupé son tir au but lors de PSG-Arsenal. Le pauvre, il s’est fait défoncer. Au biathlon, on n’a pas ce côté-là. Il n’y a pas autant de gens qui nous suivent et donc il y a moins d’extrémistes sur les réseaux. On est protégés alors qu’au foot, les insultes sont assez hardcore. Honnêtement, je n’aimerais pas vivre ça. Je pense que ça rentre en compte dans la performance de savoir qu’il y a des gens très malveillants si tu fais mal l’action.

 

Le collectif est-il aussi important dans le biathlon que dans le foot ?

Perrot : Bien sûr, c’est juste différent. L’été, on est souvent en groupe, et l’hiver, on passe plus de temps ensemble qu’avec nos familles. On est une équipe, on a un gros collectif et ça permet de progresser individuellement. Ça ressemble à un sport co. Le seul avantage, c’est que quand le collectif ne tourne pas, on a des échappatoires avec les courses individuelles. J’aime bien quand on compare le biathlon aux sports co, ça permet de créer une identité nationale. Nous, on représente l’équipe de France 100 % du temps. On n’est pas dans des clubs. C’est cool de porter le maillot. D’ailleurs, j’aimerais qu’il y ait des maillots pour nous identifier. Le maillot Perrot, numéro 8, ça me parle !

Quand je marque un but, c’est le meilleur sentiment au monde, c’est un peu comme si je gagnais la Ligue des champions.

Johaness Bø

Le biathlète français Émilien Jacquelin s’est lancé dans l’aventure cyclisme après les JO 2026. Et vous, ça vous tente le foot ? Bø : J’ai toujours rêvé de jouer au foot depuis que j’ai commencé ma carrière de biathlète. Dès que je suis parti à la retraite (en 2025, NDLR), j’ai rejoint une équipe de sixième division. On s’entraîne une fois par semaine en hiver, et, en été, on joue un match le week-end. C’est surtout pour s’amuser, mais, quand je marque un but, c’est le meilleur sentiment au monde, c’est un peu comme si je gagnais la Ligue des champions.

Perrot : Le foot ça me parle, mais je ne me serais pas lancé dedans. Notre seul avantage dans les sports d’endurance, c’est qu’on peut courir vite et longtemps, donc au poste d’ailier, ça marche. Je joue au niveau amateur. On a notre petite équipe à la maison chez moi à Peisey, en Savoie. Au fond de la vallée, on a un très beau stade. On a fait quelques tournois de sixte. J’ai un petit peu arrêté ces derniers temps. Quand je joue avec des amis ça va, mais quand on tombe sur des équipes agressives, j’ai peur pour mes chevilles.

Bø : Je me suis cassé le bras l’année dernière et, cette année, je me suis blessé aux côtes. Je ne me suis vraiment pas habitué au sport de contact. J’essaye de me muscler pour être plus résistant et, c’est vraiment amusant. Au moment du tir, je suis quand même bien meilleur au biathlon qu’au football. (Rires.) Disons que je préfère le football l’été et le biathlon l’hiver.

Perrot : J’aimerais bien qu’on organise un match France-Norvège avec les biathlètes du circuit, ça serait drôle. Je pense que ça tape la balle des deux côtés. En équipe de France, on est quatre ou cinq à jouer un peu au foot. Côté Norvège, Vetle Christiansen aime beaucoup aussi, ça serait un bon numéro 4 difficile à manœuvrer. Au Blink Festival, je ramène toujours les crampons et là on fait de vrais France-Norvège avec mes amis. On arrive toujours à les tordre d’une manière ou d’une autre !

 

Qui est votre joueur préféré ?

Perrot : N’Golo Kanté. Un mec super discret, trop fort. Il n’y a rien à dire sur son niveau. C’est le plus ancien et il est toujours là. C’est un mec qui ne s’est jamais trahi. Il est humble, discret et il produit un football magnifique, ce qui lui permet d’être toujours dans l’équipe aujourd’hui. Je trouve ça fabuleux.

Bø : Je suis fan de Newcastle et d’Alan Shearer. Il était génial à l’époque, c’est grâce à lui que j’ai choisi de supporter Newcastle. J’ai même eu un maillot dédicacé de sa part, j’étais trop fier !

Quel est votre prono pour ce match ? Bø : Les deux équipes vont sortir du groupe et la France n’aura même pas besoin de nous battre pour être première. Allez, je mise sur un match serré. 1-1 serait un bon résultat pour tout le monde. Nous n’avons pas disputé la Coupe du monde depuis 30 ans (28 en réalité, NDLR). Il est temps de se remettre en selle et de donner le maximum sans rien attendre des autres.

Perrot : Je vais me mouiller un petit peu. Je vais dire 2-1, mais la Norvège est capable de pimenter la partie. Ça va être serré et fun à regarder.

Pronostic Norvège France : analyse, cotes et prono Coupe du monde

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