S’abonner au mag
  • Mondial 2026
  • Norvège

Tore André Flo : « Aujourd’hui, la Norvège est capable de dominer l’adversaire »

Propos recueillis par Arthur Jeanne, à Oslo
6' 6 minutes
6 Réactions
Tore André Flo : « Aujourd’hui, la Norvège est capable de dominer l’adversaire »

La Norvège a retrouvé la Coupe du monde avec l’une des équipes les plus excitantes et offensives du plateau. Ce qui n’était pas franchement le cas lors de sa dernière apparition. En 1998, le pays scandinave faisait tomber le Brésil avec un jeu minimaliste qui consistait à envoyer des ballons longs à un avant-centre de 1,90 mètre et à le laisser se débrouiller. Cet avant-centre, c’était Töre André Flo.

La Norvège aborde la Coupe du monde dans la peau d’un outsider, vous la voyez comment ?

La Norvège a impressionné tout le monde pendant les éliminatoires. Nous, on sentait ça venir et on espérait ça depuis quelques années déjà. En fait, ça fait plusieurs compétitions que l’on passe tout près. On avait déjà de très bons joueurs, mais lors des éliminatoires précédentes, il manquait toujours un petit quelque chose dans les matchs décisifs. Il y avait déjà beaucoup de talents, mais ils flanchaient souvent dans la dernière ligne droite. Cette fois, on a senti que les joueurs ont mûri, ils ont passé un cap, individuellement et collectivement. L’équipe est devenue très forte. Je crois qu’ils sont prêts.

En 1998, la Norvège avait battu le Brésil à Marseille, un moment considéré comme iconique par tous les Norvégiens. Quels souvenirs gardes-tu de France 1998 ?

C’était déjà il y a 28 ans, mais il ne se passe pas une seule semaine sans que quelqu’un ne m’en parle. C’est un moment très spécial pour le sport norvégien et la Norvège en général. Au-delà de l’aspect sportif, cette Coupe du monde était géniale. Elle était très joyeuse, l’ambiance était superbe, les gens étaient contents. Partout où nous sommes allés, dans les villes comme dans les stades on a été super bien reçus. Je garde des souvenirs incroyables de ce mois en France.

Quelle différence y a-t-il entre le premier âge d’or du foot norvégien et l’équipe d’aujourd’hui ?

La différence est simple. Aujourd’hui, nous avons des superstars mondiales ! Nous étions des bons joueurs dans les années 1990, mais nous n’avions personne qui était proche de ce niveau. Quand on y pense, c’est exceptionnel que la Norvège joue aujourd’hui avec le capitaine d’Arsenal (Ødegaard) et le meilleur buteur de Premier League (Braut Haaland), qui est aussi probablement le meilleur attaquant du monde en ce moment. Et on a d’autres joueurs brillants individuellement. Nos succès à nous reposaient avant tout sur notre organisation tactique, notre discipline et la manière dont on était capables d’annihiler le jeu adverse. Drillo Olsen a révolutionné notre défense en nous faisant jouer une défense de zone stricte qui est d’ailleurs encore aujourd’hui une partie essentielle de l’ADN de notre football. Notre organisation était notre seule manière d’être bons et notre seule chance d’avoir des résultats. On en était parfaitement conscients. Autrement, on n’aurait jamais pu obtenir les résultats qu’on a obtenus. Aujourd’hui c’est différent, la Norvège est capable de dominer l’adversaire.

J’ai adoré jouer dans l’équipe de l’époque, j’ai pris beaucoup de plaisir, mais c’est vrai qu’on n’avait pas de dribbleurs comme Oscar Bobb ou Antonio Nusa.

Tore André Flo

Ça doit être plus sympa d’être un attaquant norvégien aujourd’hui que dans les années 1990 ?

Disons que c’est légèrement différent. (Rires.) Haaland peut compter sur d’excellents joueurs pour le servir. Moi, j’ai adoré jouer dans l’équipe de l’époque, j’ai pris beaucoup de plaisir, mais c’est vrai qu’on n’avait pas d’Oscar Bobb, pas d’Antonio Nusa, pas de dribbleurs, de types capables de faire de telles différences techniquement, de provoquer, de jouer les un-contre-un et de servir les attaquants. Aujourd’hui on a vraiment des joueurs excitants.

 

Toi qui es désormais coach de la sélection U16, comment expliques-tu qu’il y ait autant de talent offensif en Norvège aujourd’hui ? Je crois que c’est le fruit d’un plan construit il y a plus de dix ans. La Norvège a mis en place un programme de formation et de développement des talents (voir So Foot n°237). On a développé nos sélections chez les jeunes, et on a commencé à faire disputer des matchs internationaux plus tôt à nos talents afin de les confronter aux meilleurs joueurs du monde ou d’Europe. On a aussi mis en place une politique où toutes nos équipes doivent adopter les mêmes principes de jeu. Chaque coach est libre d’apporter son propre style par nuances, mais la méthode d’entraînement est la même pour tous, les qualités que nous cherchons à développer chez les joueurs aussi, tactiquement nous adoptons tous les mêmes idées. Je pense que ces initiatives ont beaucoup aidé l’équipe nationale. Une autre raison importante a bien sûr été la construction de terrains synthétiques dont certains indoor. Nous pouvons désormais nous entraîner toute l’année.

Quand on jouait sur un terrain givré en hiver, on ne pouvait pas vraiment jouer au ballon, la solution logique était de jouer dans la profondeur.

Tore André Flo

C’était dur de jouer au football quand tu étais gamin dans l’ouest de la Norvège ? C’était difficile de s’entraîner l’hiver avec la neige et du froid. Maintenant, le problème ne se pose plus. Et ça change aussi ton rapport au ballon, la manière dont tu joues. Aujourd’hui, tu peux travailler l’aspect technique. Quand on jouait sur un terrain givré en hiver, on ne pouvait pas vraiment jouer au ballon, la solution logique était de jouer dans la profondeur. Il faut reconnaître que notre jeu était stéréotypé, qu’il manquait de variations. Mais je pense qu’il est beaucoup plus facile de devenir un bon joueur aujourd’hui. Les gamins peuvent jouer en short et dans des conditions confortables toute l’année. Nous en hiver, si on voulait jouer au foot, c’était sur la neige, avec des gants, des bonnets et plusieurs couches de vêtements. Ça n’était pas facile de jouer au foot pour être honnête !

On dit que de ce fait, la Norvège est meilleure devant, mais forme moins de bons défenseurs qu’à votre époque.

C’est un sujet qui a pas mal fait parler, mais je crois que depuis quelques années, on s’est vraiment penché sur le sujet, on a bossé dur pour progresser défensivement et avoir à nouveau une défense hermétique. Je pense qu’on est en passe de réussir. Le truc, c’est qu’on a tellement de talents devant que si l’on doit pointer du doigt un point faible, ça pourrait être notre défense. Maintenant, je ne crois pas qu’il sera facile de marquer contre la Norvège. Il suffit de voir le nombre de buts que la Norvège a concédé en éliminatoires (5 en 8 matchs, NDLR).

Comment est la relève ?

Il y a beaucoup de talent dans la prochaine génération du foot norvégien. D’ailleurs, j’ai remarqué que de nombreux clubs européens envoyaient des émissaires pour superviser nos matchs. Cela n’arrivait pas souvent avant. Cela démontre qu’on fait les choses bien. C’est super.

Østigård a vécu la naissance de son fils par FaceTime

Propos recueillis par Arthur Jeanne, à Oslo

Commentaires

Les membres ont posté 6 commentaires sur cet article. Participez à la discussion en vous connectant .


À lire aussi
Les grands récits de Society: Les mystères de Monique Olivier
  • Crime
Les grands récits de Society: Les mystères de Monique Olivier

Les grands récits de Society: Les mystères de Monique Olivier

Elle l’appelait “mon fauve”. Monique Olivier a été l’épouse et la complice de Michel Fourniret. Comment en est‑elle arrivée là?

Les grands récits de Society: Les mystères de Monique Olivier
14
Revivez Irak - Norvège (1-4)
  • Mondial 2026
  • Gr. I
Revivez Irak - Norvège (1-4)

Revivez Irak - Norvège (1-4)

Revivez Irak - Norvège (1-4)
Articles en tendances




13
Revivez Nouvelle-Zélande-Égypte (1-3)
Revivez Nouvelle-Zélande-Égypte (1-3)

Revivez Nouvelle-Zélande-Égypte (1-3)

Revivez Nouvelle-Zélande-Égypte (1-3)
22
Revivez Uruguay-Cap-Vert (2-2)
Revivez Uruguay-Cap-Vert (2-2)

Revivez Uruguay-Cap-Vert (2-2)

Revivez Uruguay-Cap-Vert (2-2)
00
Revivez Belgique - Iran (0-0)
Revivez Belgique - Iran (0-0)

Revivez Belgique - Iran (0-0)

Revivez Belgique - Iran (0-0)

Nos partenaires

  • #Trashtalk: les vrais coulisses de la NBA.
  • Maillots, équipement, lifestyle - Degaine.
  • Magazine trimestriel de Mode, Culture et Société pour les vrais parents sur les vrais enfants.