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Coupe du monde ou accouchement, un nouveau débat est né

Par Mathis Blineau-Choëmet
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Coupe du monde ou accouchement, un nouveau débat est né

Jérémy Doku a déclaré qu’il souhaitait quitter la Coupe du monde pour assister auprès de sa compagne à la naissance de son premier enfant. Cette prise de position a suscité de nombreuses critiques alors que le Belge a simplement exprimé sa volonté d’assister à un moment unique dans la vie d’un homme. Un choix personnel qui mérite d’être respecté.

« C’est le plus beau jour de ma vie. » Cette phrase, des millions de parents l’ont prononcée, la voix tremblante et le cœur battant la chamade, après avoir traversé l’incroyable aventure qu’est la naissance d’un enfant. Les mois de grossesse ponctués de doutes et d’espoirs, la première échographie, la découverte du sexe du bébé, la préparation de sa chambre, l’achat du doudou, le choix du prénom, les contractions, la route en express vers la maternité, les hurlements de douleur des courageuses mamans, le premier cri aigu du bout de chou, le découpage du cordon ombilical par la sage-femme avant qu’enfin, la joie submerge les parents, autant en larmes que leur nouveau-né.

Un choix personnel à respecter

Alors que sa femme devrait vivre le dénouement de sa grossesse dans les prochains jours, certains considèrent que Jérémy Doku n’aurait pas le droit de vivre cet instant unique parce qu’il participe à la Coupe du monde avec la Belgique. Cette prise de position est aussi immature qu’un bébé le jour de sa naissance. Donner son avis sur l’ensemble des sujets de notre société devient jour après jour un fléau et, plus grave encore, illustre nos divisions internes. Qui sont-ils, et qui sont-elles, pour penser à la place de Jérémy Doku, un homme libre de ses choix tant qu’ils n’affectent pas ceux des autres ?

Après le match nul des Diables rouges face à l’Égypte, le joueur belge a exprimé son désir de traverser l’Atlantique, et ainsi de quitter sa sélection pendant quelques jours, pour assister à la naissance de son premier enfant. « Aucun papa ne voudrait manquer ça, je veux vraiment être là », a déclaré le futur daron, déjà prêt à donner le biberon. Jouer une Coupe du monde est un rêve, assister à la naissance de son enfant en est un autre. Jérémy Doku semble avoir déjà fait son choix. Un choix louable, non pas parce que le rédacteur de cet article l’estime, mais car Doku himself juge que c’est la bonne option pour lui.

L’attaquant de Manchester City n’est pas le premier à faire face à ce dilemme qui ne devrait pas en être un. À l’Euro 2021 et à l’Euro 2024, Didier Deschamps avait laissé Kingsley Coman quitter le groupe des Bleus pour accompagner sa femme sur le point d’accoucher, avant de, quelques jours plus tard, retrouver le groupe France. C’est également arrivé dans le cyclisme, lorsque Wout van Aert, un autre Belge, avait quitté le Tour de France 2023 avant l’arrivée sur les Champs-Élysées alors qu’il était au sommet de son art.

L’enfant est roi

Avant d’être des stars planétaires, les footeux et autres sportifs sont des humains comme les autres : ils ont des sentiments et aspirent à vivre des expériences que le commun des mortels connaît. Les amoureux du ballon rond l’oublient souvent, entre autres en période de Coupe du monde, mais il n’y a pas que le foot dans la vie. Certes, il est un élément important, primordial même pour certains – surtout pour les joueurs –, du quotidien et de la société. Néanmoins, cette passion et ce métier ne doivent pas passer outre les priorités de la vie comme la naissance d’un enfant, un moment inoubliable dans l’existence d’un être humain.

Dans cette histoire, la vie privée du couple Doku doit aussi être respectée car la grossesse est un sujet sensible. Sait-on si Jérémy Doku, 24 ans, et son épouse Shireen ont vécu plusieurs fausses couches avant d’enfin découvrir que le test de grossesse était positif ? Cette naissance est-elle née d’un combat ? Peut-être ou peut-être pas, et à vrai dire, il s’agit d’un chemin intime et sinueux qui ne regarde qu’eux. Cependant, ces incertitudes rappellent justement à quel point la naissance d’un enfant est précieuse, et combien l’envie d’être présent pour ce match passe avant tout le reste. Aussi car derrière chaque naissance, il y a toujours un ultime duel à mener.

Je sais que la fédération soutient ses joueurs et comprend leurs situations.

Jérémy Doku

Lorsque l’enfant commence à pousser, la femme est le personnage principal de la naissance. Elle souffre d’une douleur qu’aucun homme sur cette Terre ne saurait décrire. Cette souffrance indescriptible peut être atténuée par la présence du père (ou de la mère non porteuse, mais dans le cas du foot masculin, cela répond en général au schéma d’un couple hétérosexuel, NDLR), qui, malgré son rôle de « figurant », se doit d’être présent pour épauler sa partenaire et accueillir le bébé.

Non, « la naissance d’un enfant n’est pas un moment dégueulasse » comme juge la journaliste France Pierron. C’est un moment crucial dans la construction d’une famille qui s’apprête à accueillir un nouvel arrivant. S’il assiste à la délivrance de sa femme, Doku ne sera pas toutefois le meilleur papa du monde : il laissera son épouse seule pendant les premiers jours du bébé, une période aussi difficile que la naissance, car il retournera jouer cette foutue Coupe du monde. Enfin, si les Belges sont encore en lice.

Un Mondial de foot, c’est tous les quatre ans. Un enfant, c’est unique, aussi parce qu’on peut également ne plus jamais en avoir. Alors oui, Jérémy Doku a le droit de discuter avec sa fédération pour savoir s’il pourrait être libéré pendant quelques jours. Lui-même l’a admis : « Toute la planète regarde, et je sais que le football implique bien d’autres considérations. » Pourtant, louper le match face à l’Iran ou contre la Nouvelle-Zélande ne devrait pas avoir tant d’impact sportif que ça sur le résultat des Diables rouges. « Je sais que la fédération soutient ses joueurs et comprend leurs situations. On verra ce qu’on peut faire »a-t-il conclu dans la sérénité. Jérémy Doku aurait bien raison de foncer rencontrer son bébé à la même vitesse qu’il déboule sur les défenses adverses. Aussi, parce que dans quelques années, l’ailier belge aimerait dire à son fils ou à sa fille : « J’étais là mon enfant. »

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Par Mathis Blineau-Choëmet

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