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Florent Sanchez : « Si certains pensent que je suis en retard, c’est leur problème »

Propos recueillis par Enzo Leanni
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Florent Sanchez : «<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Si certains pensent que je suis en retard, c’est leur problème<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>»

Avec huit caviars délivrés cette saison, Florent Sanchez, que les suiveurs assidus du centre de formation lyonnais appellent encore Flo Da Silva, est le meilleur passeur de la saison de National 1. Sous les couleurs de l’US Orléans, il s’épanouit plus que jamais, loin du Rhône et du niveau où il était attendu quelques années auparavant.

Que ressens-tu au moment de faire une passe ?

J’ai toujours aimé ça, depuis tout petit. J’ai toujours eu ce goût, envie de faire des passes et de bien faire jouer mon équipe, c’est quelque chose d’inné. Ça ne m’a pas toujours permis d’être au premier rang parce qu’on regardait plus souvent les buteurs avant moi. Eux, ils m’ont toujours remercié, en revanche. Aujourd’hui, ça me réussit plus, donc tant mieux.

Ça t’a freiné d’être moins vu que les buteurs ?

Non, je pense pas. On m’a toujours reconnu cette qualité de passe, peu importe qui venait nous voir, on m’en a fait part plusieurs fois. C’est juste qu’on est toujours au second plan par rapport aux buteurs, un peu dans l’ombre, c’est eux qui priment, mais c’est normal.

C’est encore plus fort quand ça entraîne un but ?

Je préfère une passe un peu pourrie qui emmène un but plutôt qu’une belle qui ne sert à rien. (Rires.) Mais je veux quand même que mon équipe joue bien, en passes. J’aime jouer dans des équipes qui jouent au ballon, j’aime aussi les regarder à la télé. Ce que je préfère, c’est le jeu dans les pieds, le jeu combiné, mais je m’adapte toujours à l’attaquant, donc je lui demande toujours ce qu’il préfère, lui.

En dehors du terrain aussi, tu te mets au service des autres ?

Au service de l’attaquant surtout. (Rires.) Dans la vie, je suis quelqu’un d’altruiste et simple, oui, je ne me prends pas la tête.

Vous vous trouvez les yeux fermés avec Fahd El Khoumisti (meilleur buteur du championnat) ?

J’ai toujours eu une bonne relation avec mes attaquants justement parce qu’à force de leur faire des passes, ça crée du lien. Avec Fahd, ça marche très bien, il décroche beaucoup, il sent le jeu, il joue simple et, devant la cage, il a le sang-froid pour marquer. Donc voilà, moi, je lui donne, et lui, il finit.

En 2021-2022, tu avais déjà offert sept passes décisives en une demi-saison avec Villefranche. Le point commun, c’est qu’Hervé Della Maggiore était déjà ton entraîneur. Qu’est-ce qu’il te demande de plus que les autres coachs ?

Il ne me demande pas spécialement quelque chose de plus, mais il me laisse beaucoup de liberté sur le terrain. Il me laisse libre de mes choix, libre de mes gestes. C’est ça qui fait que je peux être plus décisif, plus libéré dans tout ce que je fais sur le terrain. Il m’a fait prendre conscience des capacités que j’avais. Il ne me donne pas forcément de consignes, juste de faire ce que je sais faire, de prendre confiance en moi, et ça me réussit plutôt pas mal, donc je suis super content cette saison.

T’as toujours eu besoin de te sentir libre pour performer ?

C’est une clé parmi tant d’autres. J’aime bien quand je ne suis pas cloisonné à faire des choses qui me brident. Il y a des entraîneurs qui aiment donner certaines consignes aux défenseurs, certaines consignes aux milieux et certaines consignes aux attaquants, mais le coach ne fait pas du tout ça et ça me plaît.

Ta formation au futsal y est pour quelque chose ?

Ça ne m’a pas forcément apporté énormément au niveau de la passe, mais surtout dans la technique, la qualité du rapport avec le ballon, la sensibilité. À l’OL, on avait un coach, Amaury Barlet, qui nous en a beaucoup fait faire. Ça nous a appris à utiliser toutes les surfaces du pied.

Il y a forcément eu des erreurs, mais elles vont me faire avancer plus tard, je pense que je suis maintenant armé pour n’importe quelle situation.

Florent Sanchez

Après ta formation à l’OL et des prêts plus ou moins concluants à Villefranche, Volendam et Molenbeek, peut-on désormais parler de véritable éclosion à Orléans ?

Je pense que oui parce que, déjà, c’est la première saison professionnelle que je fais en entier ; avant, les prêts ne faisaient que six mois, que ça se soit bien ou mal passé. C’est la première fois que j’enchaîne, je suis content de ce que je fais pour le moment. C’est un peu comme quand t’es en formation, tu sais que t’es là pour plusieurs années, tu ressens de la stabilité, tu peux jouer sereinement, ça fait longtemps que je n’avais pas connu ça. L’équipe a confiance en moi, c’est aussi pour ça que ça marche cette saison. Ce n’est pas encore une explosion, mais au moins une confirmation par rapport à ce qu’on attendait de moi.

Tu étais justement l’un des cracks du centre de formation de l’OL susceptibles de percer rapidement, comment expliques-tu ce retard à l’allumage ?

Je peux entendre cette expression, mais chacun a sa trajectoire, certains vont parfois plus vite tout le temps, d’autres doivent faire des étapes. J’avais besoin de ces étapes en début de carrière, j’en ai encore besoin parce que, mine de rien, ce n’est que ma première saison complète. Pour l’instant, je vis ma carrière comme je la ressens. Si certains pensent que je suis en retard, c’est leur problème. Moi, je pense plutôt que ça m’a permis d’apprendre d’autres aspects du foot, j’ai fait des prêts, je suis parti à l’étranger, je suis revenu, j’ai appris d’autres choses. Je n’ai aucun regret. Il y a forcément eu des erreurs, mais elles vont me faire avancer plus tard, je pense que je suis maintenant armé pour n’importe quelle situation.

Tu te considères comme une victime collatérale de l’ère Textor marquée par un désintérêt des jeunes du centre ?

Non, je ne suis pas du tout un dommage collatéral. Il y a des choses qui ont été mal faites, ce n’est pas forcément de l’extérieur, c’est moi le fautif, les erreurs viennent de moi.

Je prends plutôt mon côté nonchalant comme une qualité, il n’y en a pas beaucoup qui sont comme ça, c’est pour ça que je remercie le coach, il me laisse à l’aise là-dessus.

Florent Sanchez

Quelles erreurs ?

Un peu de tout… Un manque d’investissement aux entraînements, peut-être.

Ton côté nonchalant peut largement agacer, ton entraîneur disait à La République du Centre que tu pouvais être « un joueur de Ligue des champions certains jours et le lendemain un joueur de Régional 2 ».

(Rires.) Ça peut me desservir quand ça ne va pas sur le terrain. Je prends plutôt mon côté nonchalant comme une qualité, il n’y en a pas beaucoup qui sont comme ça, c’est pour ça que je remercie le coach, il me laisse à l’aise là-dessus. Quand ça se passe mal, on me regarde plus, c’est sûr, mais quand ça va bien, on me regarde plus aussi, il y a une forme de facilité qui se dégage. Je sais que, de toute façon, quoi qu’il se passe, je vais être souvent plus jugé que les autres. Je me concentre sur moi-même, je n’écoute ni les critiques ni les compliments, sinon je ne m’en sors plus.

Les jeunes poussent.
Les jeunes poussent.

Tu fais partie d’une génération 2003 particulièrement scrutée à Lyon en raison de la présence de Rayan Cherki. C’est difficile de digérer une telle médiatisation précoce ?

Non, je ne trouve pas. Quand t’es au centre de formation, t’es dans ta bulle, on est entre nous, on ne sait pas trop ce qu’il se passe à l’extérieur. On entendait, on voyait que ça parlait de nous, mais on était très insouciants, donc on ne faisait pas attention à ce qu’il se disait sur nous. Les éducateurs nous disaient toujours de ne surtout pas nous focaliser sur ça, que ça soit bon ou mauvais. On a eu de la prépa mentale, certains coachs préviennent directement qu’il faut toujours se focaliser sur soi pour s’en sortir.

Cherki était dans la lumière et il a réussi, ça ne l’a pas empêché de percer.

Florent Sanchez

Les éducateurs lyonnais vous ont déjà parlé des cas Enzo Reale ou Farès Bahlouli, aussi portés aux nues pendant leur adolescence avant de décevoir dans le monde pro ?

Non, ils ne nous parlaient justement pas trop des anciens, ils voulaient qu’on se concentre sur nous, d’être focus sur le travail.

Ces dernières années, Bradley Barcola ou Malo Gusto ont atteint le très haut niveau européen alors qu’ils n’étaient pas aussi attendus chez les jeunes, alors que Willem Geubbels ou Mohamed El Arouch n’ont pas le début de carrière espéré. Mieux vaut grandir dans l’ombre selon toi ?

Je ne pense pas. Comme je l’ai dit, toutes les carrières sont différentes, chacun passe par ses propres étapes. Cherki était dans la lumière et il a réussi, ça ne l’a pas empêché de percer. Lukeba ou Barcola étaient dans l’ombre et ils ont aussi réussi, ce n’est pas une vérité. Il y a le destin, le travail que tu fais, le poste où tu joues, il y a plein de choses qui entrent en compte.

Les supporters de l’OL mettent-ils trop la pression à leurs chouchous ?

Non, au contraire, ils les chouchoutent. On sentait qu’ils étaient très proches de nous, ils nous ont couvés. C’est un super public pour les jeunes.

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