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« Il y a trop de maillots dans les tribunes, dans les rues… »

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Croisé au festival de cinéma européen des Arcs, l’écrivain anglais Jonathan Coe a accepté de s’interroger sur sa relation douce-amère avec le foot, de se souvenir de sa rencontre avec George Best, de préciser son idée de faire chanter The Smiths en tribune et de parler du meilleur roman qu’il ait lu sur le football...

Le football vous apporte-t-il quelque chose ?

Je vais être clair : je suis la musique et la littérature mais je parle assez peu de football, je sors parfois complètement de la conversation quand cela arrive. Pour autant, comme de nombreux supporters, je suis la sélection, même si nous savons que l’Angleterre va perdre. C’est toujours une agonie de regarder une Coupe du monde au final mais le rêve de 1966 est toujours présent.

Pourquoi alors mentionner Aston Villa, parfois, dans vos romans ?

Des souvenirs fugaces… J’habitais en banlieue de Birmingham, et j’allais plutôt voir Wolwerhampton quand j’étais gamin. Le résultat ? J’ai arrêté d’aller au stade très jeune, vers 11 ans. Incompréhensible, une perte d’intérêt, sûrement… Et, encore plus incompréhensible, dans les années 70, je suis devenu supporter de Derby County, en grande partie pour Brian Clough. J’aime le football sans le savoir, peut-être… Les livres, la musique et les films ont été de vrais substituts au foot dans mon rapport aux autres et ça n’a pas été un manque, clairement. Nick Hornby est passionné comme moi de littérature et de musique, mais également de football, et je vois bien que ça lui apporte quelque chose. Ça me manque un peu, parfois, oui, ce rapport à une communauté mais à Londres, j’en profite aussi…

C’est-à-dire ?

J’ai vécu Chelsea-West Ham il y a quelques années chez un ami qui habite dans un appartement collé à Stamford Bridge et j’ai vécu de vraies émotions. Géographiquement, le jeu doit rester en ville, pas être relégué en banlieue par choix économique, car on y perd du lien social : il faut que ceux qui n’aiment pas le football rencontrent ceux qui l’aiment. J’habite aussi dans le quartier de Chelsea, donc j’en profite les jours de matchs, je croise des supporters, je partage cette vie populaire… Mon problème, c’est qu’il y a trop de maillots dans les tribunes, dans les rues… On en voit partout maintenant, sans parler de ces tâches que sont les sponsors sur le ventre. Avant, il n’y avait que des écharpes, et ça me semblait plus beau, mais aujourd’hui, on voit visuellement l’explosion du football comme marché. Je trouve ça moins romantique, cette multiplication des maillots. Mais la réalité, c’est qu’il y a trop d’argent pour que tout s’écroule désormais, c’est entré dans les mœurs. Je vais toujours au pub, oui, notamment à cause du prix des billets. La composition du public à Chelsea n’a étonnamment pas autant bougé que ce que je pensais, au regard des prix. Personnellement, je ne pense pas inviter ma famille au stade pour aller voir un match, c’est beaucoup trop cher.
Il y avait une dimension amateur dans le jeu de Best

Vous auriez connu George Best…

Bien après qu’il a arrêté sa carrière, je l’ai vu plusieurs fois dans un pub, vers Chelsea, en milieu de journée. Il avait l’air bien là où il était, les gens venaient lui parler, il était loquace et avec une sorte de bienveillance, du moins, c’est ce dont je me souviens. Les joueurs de football en Angleterre sont des célébrités très bien payées aujourd’hui, et tout cela a été inauguré malgré lui par George Best. Le grand public le voyait comme une popstar avec une vie de playboy, et les gens étaient excités de vivre sa vie par procuration dans les journaux. Heureusement pour lui, il y avait un lien entre sa vraie vie et son jeu, lien qui est aujourd’hui plus difficile à lire chez les joueurs actuels, moins facile à comprendre, plus opaque… Il y avait une dimension amateur dans son jeu, et même s’il a beaucoup travaillé, il donnait l’impression d’être très humain, il n’incarnait pas physiquement la performance, même s’il était bon. Être efficient est le lot commun de la société moderne, hormis peut-être le métier d’écrivain… Quand j’écris un roman, c’est très privé, individuel, un travail d’amateur, qui se pense en dehors du marché, mon éditeur n’influe en rien dans mon travail, mais ça arrivera peut-être…

Vous avez aussi écrit des chansons…

J’ai écrit des morceaux, quelques paroles dans les années 70 mais pas pour les supporters. La pop n’est pas vraiment faite pour les stades et c’est la musique folk étonnamment qui a pénétré les stades, avec des chants comme Forever Blowing Bubbles plutôt élaborés d’ailleurs… Moi, j’aimerais qu’une équipe se réapproprie la chanson des Smiths, Heaven knows I’m miserable now, quand tu perds 0-3 à la maison…
Vidéo


Un conseil de lecture ?

The Unfortunates, par B.S. Johnson. C’est un livre d’un reporter lors d’un match en 1965 à Nottingham. C’est l’un des rares grands romans sur le football, il y en a tellement peu… Johnson était plus un écrivain français qu’anglais, dans le sens où il était très centré sur ses obsessions. The Unfortunates est un roman complètement introspectif, sur la chance, le hasard, le manque de contrôle de tes émotions… Il fait alors une analogie entre ce manque de contrôle de ta vie émotionnelle et un match de football : pendant 90 minutes, il crée une sorte d’histoire universelle sur la morale. Le livre s’achète dans une boîte, en 27 petits livres, qui correspondent à 27 chapitres et qui se lisent dans le sens que tu veux…

Propos recueillis par Brieux Férot

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Le jury de la 5e édition du Festival de Cinéma Européen des Arcs (http://2013.lesarcs-filmfest.com/) a décerné ses principaux prix aux films Ida de Pawel Pawlikowski (sortie : 12 février 2014, Memento Films), Of Horses and Men de l’Islandais Benedikt Erlingsson, au film norvégien I Am Yours de la ré́alisatrice Iram Haq (sortie en 2014, distribué par Premium-Films) et au film anglais Starred up (Des poings contre le mur) de David Mackenzie (sortie en juin 2014).

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