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Il y a 60 ans, le crash de Munich et la naissance d’un mythe

Par Julien Fouqs et Rico Rizzitelli
Il y a 60 ans, le crash de Munich et la naissance d’un mythe

C’est l’un des drames les plus médiatisés de l’histoire du football et l’événement fondateur du mythe « Manchester United ». Et pour cause : le crash de l’avion de Manchester United survenu à Munich le 6 février 1958, qui coûta la vie à 7 joueurs du club, a été instrumentalisé par le club lui-même pour façonner sa légende.

La carcasse fumante de l’Airspeed Ambassador sous la neige, le travail des pompiers et des infirmiers, les larmes des survivants, puis des images de sir Matt Busby sur son lit d’hôpital. Le 6 février 1958, le crash des Busby Babes de Manchester United passe en boucle à la télévision quelques heures à peine après l’accident. Quelques jours plus tard, l’entraîneur de United profite de la présence des journalistes radio pour enregistrer un message diffusé ensuite à Old Trafford. Aujourd’hui, on dirait de Matt Busby qu’il était un « bon communicant » . Avec tout le mépris que le terme comporte. En 1958, il est simplement un type qui a pris conscience que le football était entré dans l’ère moderne, celle des médias. Et qu’une bonne exploitation médiatique est un moyen imparable de créer un mythe. Quitte à travestir la réalité.

Les figures classiques de la dramaturgie se dessinent à merveille dans le crash de Munich. Le héros ? Harry Gregg, retourné dans la carcasse pour sauver une femme et son enfant, puis pour secourir ses coéquipiers Bobby Charlton et Dennis Viollet. Le coupable ? Le pilote de l’avion. Les sacrifiés ? Geoff Bent, Roger Byrne, Eddie Colman, Mark Jones, David Pegg, Tommy Taylor, Liam Whelan, tous ces footballeurs morts. Comme pour ménager le suspense, la star de l’équipe Duncan Edwards ne meurt pas sur le coup. Pendant quinze jours, il entretient l’espoir. Sa lutte se transforme quasiment en feuilleton. À 21 ans, déjà international depuis quatre ans, il est le leader de l’équipe. Le 21 février, il rend finalement les armes. Son obstination face à la mort – sur son lit d’hôpital, il demande à l’entraîneur adjoint : « À quelle heure est le coup d’envoi contre Wolverhampton ? Je ne me vois pas manquer ce match » –, plus encore que ses exploits footballistiques, font d’Edwards une manière de fantôme triomphant. Dans les sondages menés auprès des supporters de United, il apparaît aujourd’hui encore régulièrement parmi les plus grands joueurs. Pour beaucoup, il est même le meilleur footballeur de l’histoire du club. Combien l’ont pourtant vu jouer ? Il y a peu d’images d’Edwards sur un terrain, et pour tout dire, elles ne sont pas renversantes. Il a façonné sa légende sur ce vide, cette absence de preuves. Quelques semaines avant le crash, sir Matt avait expliqué, sans plus de détails, qu’il était le meilleur joueur du monde. Après la catastrophe, France Football avait titré via la plume de son envoyé spécial Max Urbini : « J’ai vu le dernier match de Duncan Edwards. »

Folklore et mensonges

Dans son autobiographie(1), le « héros » Harry Gregg l’a un peu mauvaise : « Le drame est devenu une part intégrante du folklore mancunien et cela me rend très triste d’entendre les mensonges et les mythes créés autour de cette nuit-là, pour de simples raisons financières. Un ancien joueur de Manchester a fait beaucoup d’argent en animant des soirées au cours desquelles il racontait comment il avait échappé au drame en raison d’une blessure qui l’avait privé du déplacement. Des âneries ! Il ne jouait jamais ! À aucun moment, il n’aurait pu prétendre être du voyage. Un de mes coéquipiers assure également qu’il m’a vu, couvert de sang, sortir un enfant de la carcasse. Il oublie de préciser qu’il ne m’a pas aidé, et qu’il partait en courant. »

Le livre du journaliste Frank Taylor, survivant du drame, The Day A Team Died, rencontra un important succès au moment de sa parution, en 1983. Pour Harry Gregg, l’ouvrage recèle pourtant « beaucoup d’erreurs factuelles et prend une distance toute romanesque avec la réalité. Frank écrit ainsi que les services de secours allemands ont été très efficaces et qu’une horde d’ambulances sont venues nous secourir. Nous avons été en fait conduits à l’hôpital dans un camion Volkswagen qui transportait à l’origine du charbon. C’est un détail, mais nous devons raconter la vérité en mémoire de ceux qui ont péri sur place. De la même façon, on a souvent exagéré ce que j’ai fait au moment du drame. J’imagine que l’image du héros était facile à vendre. »

« United est seul contre le reste du monde »

En Angleterre, l’exploitation, tant médiatique que commerciale, du drame de Munich a très vite engendré une contre-réaction. Trop d’images, trop de larmes, trop de pathos. Deux ans seulement après le drame, on entendit, au cours d’un match de Manchester City, les premiers chants « Munich, Munich » . Aujourd’hui, cette scansion dure encore. Certains n’hésitent pas, en prime, à imiter, bras écartés, un avion qui s’écrase. Ça se passe ainsi à Leeds ou à Liverpool. Manchester United s’est construit autour de cette haine, jusqu’à revendiquer cet isolement et cette insularité face au reste du pays. Comme Ferguson aime à le rappeler pour mobiliser ses troupes, « Manchester United est seul contre le reste du monde » . Un schéma qui remonte vraisemblablement à cinquante ans en arrière.

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Par Julien Fouqs et Rico Rizzitelli

Article paru dans le hors-série "Légendes" de So Foot en 2009.

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