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Leonardo Balerdi, le symbole d’un OM en échec

Par Adrien Radulovic
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Leonardo Balerdi, le symbole d’un OM en échec

Comme à chaque désillusion de l’OM, Leonardo Balerdi se retrouve dans le collimateur des supporters qui n’en peuvent plus du défenseur argentin. D’Annecy en 2023 à Toulouse cette semaine, il incarne la lose d’un club phocéen qui ne sait plus gagner un trophée. Le seul homme stable, à sa manière, dans un environnement instable.

C’est l’histoire d’un cycle. Un cycle infernal, si on veut être précis. En mars 2023, au Vélodrome et en quarts de finale de Coupe de France, l’Olympique de Marseille est empêtré dans une irrespirable séance de tirs au but contre Annecy, pensionnaire de Ligue 2. Sept tentatives de chaque côté, un échec partout, Leonardo Balerdi s’avance en huitième tireur phocéen. Il sait qu’il n’a pas le droit à l’échec. Mais son pied tremble, et le ballon file hors cadre. L’OM est éliminé, malgré un tableau ouvert délesté de l’ogre parisien, et se dirige vers une nouvelle saison blanche.

Je pense que Balerdi deviendra un des meilleurs défenseurs centraux d’Europe dans les années à venir.

André Villas-Boas, visionnaire

Trois ans plus tard, sur la même pelouse et au même stade de la compétition, contre Toulouse cette fois-ci, le scénario s’est répété. Dernier rescapé de 2023 (!), Balerdi s’est ici élancé en troisième et si ce n’est pas son loupé qui a entériné l’élimination – laissant ce privilège au jeune Ethan Nwaneri – c’est bien l’Argentin qui est dans le viseur des supporters. « Qu’il retourne en Argentine », « Balerdi c’est terminé, je ne veux plus le voir en capitaine ni en défense », a capté La Provence en sortie de stade. Mais comment l’Argentin a-t-il fait pour se mettre dans cette situation ?

Le meilleur d’entre eux, selon Villas-Boas

Si le défenseur déçoit autant, c’est peut-être parce que les attentes ont été grandes à son égard. Si Marseille est allé débusquer à Dortmund cette promesse de 21 ans en 2020, à travers un prêt payant assorti d’une option d’achat, c’est parce qu’il était la priorité d’André Villas-Boas. Ses premiers pas confirmeront l’intuition, à l’image de son premier but en professionnel offrant une victoire à Lorient. Il n’en faut pas plus pour que Villas-Boas lui déclare sa flamme : « Je pense que Balerdi deviendra un des meilleurs défenseurs centraux d’Europe dans les années à venir, parce qu’il a toutes les qualités, et petit à petit il va s’affirmer avec nous. » Un cadeau à peine empoisonné tant le compliment ajoute encore de la pression.

Surtout, les limites ne mettent pas longtemps à pointer le bout de leur nez, comme sur ce penalty suivi d’un second carton jaune face à Porto pour sa deuxième titularisation en Ligue des champions. Et AVB ne tarde pas à changer son discours : « On avait donné une chance à Balerdi face à Porto et il l’a ratée avec une erreur grave. Il l’a payé cher, car on pensait à ce moment à faire un changement… Duje est revenu à un niveau incroyable… » L’OM a terminé son aventure en Europe en tant que bon dernier de son groupe, André Villas-Boas a pris la porte et Canet-en-Roussillon, alors en National 2, a coulé le rafiot marseillais en Coupe de France. La déception, déjà.

Les doutes avant l’explosion

Si on se fie à la tradition locale, l’aventure de Balerdi aux abords du Vieux-Port aurait dû s’arrêter là. Nombreux sont les paris perdus à avoir pris la poudre d’escampette dès le premier coup de vent contraire. D’ailleurs, en 2022, il était proche de filer à Bologne. Pourtant, le natif de Villa Mercedes en a sous le capot et s’est accroché, au point de toujours retrouver du crédit aux yeux de ses nouveaux coachs. Et il y en a eu : Jorge Sampaoli, Igor Tudor, Marcelino, Gennaro Gattuso, Jean-Louis Gasset, Roberto De Zerbi.

Je ne juge jamais un joueur qui rate un penalty.

Habib Beye

En attendant de voir Habib Beye, tous ont fini par se résoudre à l’aligner, avec une mention spéciale pour le Croate : « J’ai joué avec tous les entraîneurs, chacun m’a fait grandir, grâce à eux je pense que je peux jouer dans tous les championnats. Mais Tudor m’a vraiment fait confiance, m’a donné beaucoup de temps de jeu. » Les divers mercatos ont pu lui mettre dans les pattes William Saliba, Luan Pérès, Chancel Mbemba, Samuel Gigot ou dernièrement le trio Pavard, Aguerd, Medina, sans jamais l’éloigner bien longtemps du onze. Ajoutez à ça un brassard de capitaine filé en 2024 par De Zerbi, technicien qui l’a le plus dirigé sous le maillot ciel et blanc, on a là le portrait-robot d’un mec indispensable, non ?

Ce n’est visiblement pas l’avis des supporters, qui ne comptent plus le nombre de fois où leur guerrier argentin les a poussés à souffler de désespoir ou à lever les yeux au ciel. Sauf que Balerdi n’a pas à s’excuser d’avoir réussi à garder sa place dans le vestiaire ou sur le terrain. Cette année, il a profité des méformes de Pavard ou des blessures d’Aguerd pour conserver son temps de jeu, montrant que l’abnégation peut aussi permettre de faire carrière. Le Vélodrome sait que Balerdi ne sera jamais le nouveau Van Buyten, mais jusqu’à preuve du contraire, aucun autre concurrent n’a su s’imposer sur la durée. L’OM doit peut-être avouer qu’il n’a pas les moyens ou les idées pour faire mieux, à moins que ce soit le contexte qui inhibe tous les défenseurs ? Ne comptez pas sur Beye pour l’enterrer : « Je ne juge jamais un joueur qui rate un penalty. » En tout cas, si Balerdi ne se résout pas entre-temps à faire voir son talent ailleurs, il y a fort à parier que l’on parle encore de lui l’an prochain, une semaine de quarts de finale de Coupe de France. Et si c’est pour le but de la qualif, ça changerait.

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Par Adrien Radulovic

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