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Qui envoyer en cinquième tireur pendant une séance de tirs au but ?

Par Théo Juvenet
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Qui envoyer en cinquième tireur pendant une séance de tirs au but ?

Le raté d’Ethan Nwaneri avec l’OM remet un vieux débat du football sur la table : quel profil de joueur est à privilégier sur un tir au but fatidique ? Éléments de réponse.

Il est 23h10 au Vélodrome quand Ethan Nwaneri, 18 piges au compteur, voit son péno finir dans le ciel du Vélodrome. Un raté très lourd de conséquences puisqu’il élimine l’OM de la Coupe de France, et le condamne à vivre une quatorzième saison blanche d’affilée. Un choix de tireur qui relance forcément le débat de savoir qui envoyer en bout de liste. Si la désignation se fait généralement sur la base du volontariat en mort subite, la règle des cinq reste primordiale et en ce sens, Marseille a pris le risque d’envoyer au turbin un jeune joueur en prêt depuis Arsenal. De quoi gâcher un prêt sur le court terme et freiner l’élan d’une carrière prometteuse. Mais alors qui fallait-il envoyer au front pour envoyer la dernière munition. Le bon soldat et capitaine Leonardo Balerdi, qui ne s’est de toute façon pas distingué pour sa précision sur péno ? Le leader technique que peut incarner Mason Greenwood ? Un joueur d’expérience aux nerfs solides comme Pierre-Emerick Aubameyang ou Geoffrey Kondogbia ? Laissons le débat de savoir si les pénos relèvent davantage de l’intuition ou de la science exacte au profit d’une petite liste du cinquième tireur idéal.

→ Le joueur expérimenté

C’est l’option la plus logique de cette liste, mais elle est loin d’être la plus évidente. Comme dans de nombreux cas, il y a deux écoles : soit on envoie son taulier en dernier pour maximiser ses chances de réussir le penalty fatidique, soit on le situe en début de séance pour s’assurer de faire la course en tête. Et c’est plutôt la seconde option qui a tendance à être utilisée par les clubs. Mercredi contre Nice, Lorient a par exemple opté pour le duo Noah Cadiou (27 ans, qui a joué dans les trois niveaux nationaux) et Montassar Talbi (même âge, titulaire à Lorient depuis quatre saisons), là où Marseille a compté sur ses artificiers Mason Greenwood et Pierre-Emerick Aubameyang pour ouvrir le bal. Tous ont réussi leur tentative, mais leur savoir-faire a aussi pu faire défaut en bout de course. Mais qui dit expérience, peut aussi dire gros ego : à trop vouloir attendre le moment de gloire, on ne finit par jamais le connaître. Demandez à Cristiano Ronaldo en demi-finales de l’Euro 2012 contre l’Espagne : voulant tirer à tout prix le tir au but décisif avec son Portugal, celui-ci n’a juste pas tiré tout court et n’a donc pas pu compenser les ratés de João Moutinho et Bruno Alves.

Indice de fiabilité : 8/10

→ Le jeune joueur, parce que c’est formateur

Plus de dix ans de formation, faire partie des 4% de joueurs qui passent du centre à l’équipe pro, bien gagner sa vie et vivre de sa passion… pour que finalement une carrière prenne un éclat à cause d’un seul tir au but. C’est le destin, et l’énorme part de risque qui est parfois prise avec de très jeunes joueurs, envoyés au charbon au son du « Ça passe ou ça casse. » Si le pauvre Nwaneri vient d’en faire les frais avec Marseille, le cas d’école est également anglais. En finale de l’Euro 2020 cette fois, où Gareth Southgate décide de placer toute sa confiance en ses deux jeunes cracks Jadon Sancho et Bukayo Saka (respectivement 21 et 19 ans à ce moment-là) au petit point blanc. Au-delà du titre finalement remporté par l’Italie à Wembley, ce double raté montre deux facettes de l’échec à un jeune âge. Le premier ne s’en est jamais vraiment relevé et balbutie son football dans des clubs (Manchester United, Chelsea, Aston Villa) qui espéraient recruter son ancienne version. Le second, lui, vient de disputer son 300e match avec Arsenal et n’a jamais été aussi proche de marquer l’histoire de son club formateur. Plus qu’une fiabilité, cette option représente surtout une part de risque élevée pour le joueur lui-même.

Indice de fiabilité : 5/10

→ Le type « qui se sent »

Et si c’était ça le secret d’une séance de péno ? Aucune préparation, aucune liste, et juste du feeling. Ce moment où, bras dessus bras dessous avec vos coéquipiers, il y en a forcément un qui doit se dévouer. Inutile de prendre l’exemple d’une grande compétition internationale quand chacun de nous tous (enfin, ceux qui ont déjà joué au foot) a déjà connu ce moment de stress intense. En général, le joueur qui « se sent » quitte le rang sans rien dire à personne, et a déjà pris une longueur d’avance psychologique : il a déjà choisi son côté, ne regarde pas le gardien et exécute son plan. Un choix de l’intuition qui a aujourd’hui ses limites, avec des gardiens dont les staffs se sont professionnalisés dans leur approche de l’exercice, et qui connaissent toutes les tendances de chaque tireur. Une tendance en faveur des gardiens qui se confirmait en début de saison, avec un taux de conversion de penaltys historiquement bas : 69,2%, le taux le plus bas des cinq grands championnats.

Indice de fiabilité : 6/10

→ Le « Loco » qui met le cerveau en mode veille

On retourne sur une option à la part de risque élevée. Pas sur la carrière du joueur, mais sur le résultat final, ce qui est franchement plus embêtant. Dans un Euro à histoires de penaltys, il y a l’exemple de Didier Deschamps, qui choisit d’envoyer Theo Hernandez en dernier tireur. Un profil de joueur qui ne réfléchit pas lorsqu’il prend le ballon et se lance dans ses immenses chevauchées, pas moins qu’en séance de tirs au but. Pari gagnant, ce soir de juillet 2024, quand il envoie une énorme sacoche dans la lucarne de Diogo Costa. Sans se poser de question. Pas convaincu ? Regardez alors Antonio Rüdiger se présenter en dernier tireur contre Manchester City en 2024… Le problème avec ces « Locos », c’est qu’on ne sait jamais quand et comment ils peuvent vriller dans leur tête, d’où la note de fiabilité inestimable.

Indice de fiabilité : 0/10 ou 10/10, pas de nuances

→ Le gardien

C’est notre hot take. Peut-être victimes de leur rareté dans cet exercice, les gardiens ont parfois prouvé qu’ils étaient des excellents tireurs de pénos, et ce dans des moments clés. Quand on sait que l’ennemi principal du tireur est de trop gamberger avant le tir lui-même, désigner un gardien dans ce moment-là n’est peut-être pas si débile. Pour quelqu’un jamais confronté à une situation face au but, cette nouveauté a plus de chances de provoquer « la chance du débutant. » En 2015, le portier ivoirien Copa Barry offrait à son pays la deuxième CAN de son histoire, en arrêtant le dernier tir ghanéen puis en marquant le sien. Les encyclopédies du football se rappelleront pour sûr que Barry était obligé de tirer ce penalty, puisqu’il était le onzième de la liste. Mais dans les faits, il faut une sacrée dose de courage au moment M. Et ça a pas mal réussi. Dans un contexte à enjeu bien moindre, on se souvient des énormes patates de Vanja Milinković-Savić avec Naples ou Joe Hart avec Manchester City, ou encore de la décontraction de Rogerio Céni avec São Paulo. En gros, faites confiance à ceux que vous attendez le moins dans ces moments.

Indice de fiabilité : 9/10

L’isolement surprenant de Mason Greenwood pendant la séance de tirs au but

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