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Killian Corredor : « Il faut que je retrouve ce plaisir d’enfoncer les gardiens »

Propos recueillis par Raphaël Faurie-Pacaud, à Nantes
10' 10 minutes
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Killian Corredor : «<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Il faut que je retrouve ce plaisir d’enfoncer les gardiens »

Il avait fait les beaux jours de Rodez en Ligue 2 pendant plusieurs saisons avant d’aller découvrir la culture allemande à Darmstadt. Tout juste rapatrié sur les bords de la Loire, Killian Corredor est l’une des recrues phares du FC Nantes cet été. Entretien avec l’un des attaquants les plus complets de Ligue 2 qui veut à nouveau enfoncer les cages de l’antichambre du football français.

Killian, tu reviens en France après t’être exilé pendant deux ans à l’étranger, à Darmstadt. Pourquoi ce choix ?

C’est notamment une décision extrasportive. Il y avait la volonté de me rapprocher de mes amis et de ma famille. C’était aussi pour retrouver du plaisir dans ce que je faisais, tout simplement. Je pense que ça a été une bonne chose de partir à l’étranger. J’ai découvert une autre mentalité, une autre façon de travailler, une vision du foot différente. Mais j’avais besoin de revenir en France.

Tu choisis de rejoindre Nantes, un club historique mais dont la dernière saison a été très compliquée. Quand on connaît le contexte actuel du club, assez instable, ça ne t’a pas fait douter d’aller dans ce projet ? 

Non, au contraire, c’était même presque un objectif de se dire : on sait ce que le club traverse, que les supporters ont beaucoup d’attentes par rapport à nous et aux résultats. Je pense d’ailleurs que c’est ce dont on a besoin : être poussés dans ce sens-là, pour nous bouger et atteindre nos objectifs. Ça ne s’explique pas forcément, mais j’ai aussi eu un feeling avec Nantes, avec le président et avec le coach (Michel Der Zakarian). J’ai directement adhéré à ce qu’ils m’ont vendu. Et depuis que je suis arrivé, je me sens très bien.

Il y a plein de joueurs qui n’aiment pas regarder les réseaux sociaux après les matchs. Moi au contraire, j’aime bien regarder, même si j’en prends plein la gueule, ça ne me fait rien.

Killian Corredor

C’est ton côté tête brûlée ? 

Peut-être un peu (rires). J’aime bien qu’on me charrie. Il y a plein de joueurs qui n’aiment pas regarder les réseaux sociaux après les matchs. Moi, au contraire, j’aime bien regarder, même si j’en prends plein la gueule, ça ne me fait rien. Ça me motive davantage et ça me donne encore plus envie de faire taire certaines bouches. Répondre tout de suite sur le terrain, tout simplement.

Tu ne remplaces pas n’importe qui dans l’effectif : Matthis Albine, le joueur le plus décisif de Nantes ces dernières saisons, parti à Monaco. C’est quand même une belle pression… 

Honnêtement, je n’y pense même pas. Je vais jouer mon football et amener ce que je peux à l’équipe. Je pense qu’on est deux joueurs différents, même si c’est vrai qu’on a un peu le même style. Matthis va beaucoup plus vite que moi, et il est globalement plus technique. À moi d’apporter ce que je peux apporter à l’équipe, sans penser au fait que je le remplace.

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On t’a un peu trimballé partout : à gauche, à droite, devant, piston, milieu, notamment à Darmstadt. Là, tu devrais être fixé au poste de numéro 9. Tu es content de retrouver un peu de stabilité ?

Ah oui, c’était une délivrance (rires) ! C’était compliqué, parce qu’au début, quand je signe à Darmstadt, le projet était de jouer soit devant avec deux attaquants, soit en numéro 10, électron libre derrière les deux attaquants. Quand j’arrive, je joue à ce poste-là et c’était génial. Sauf que le coach qui me fait venir se fait virer au bout de deux matchs. Son remplaçant me dit qu’il me voit en numéro 8 ou numéro 10. Je jouais clairement 8. J’avais eu des discussions avec lui pour essayer de changer les choses, parce que ça me pesait pas mal, et je pense que je n’amenais pas 100 % de mes qualités à l’équipe. C’était vraiment un objectif de rentrer en France et de trouver un projet où l’on me voit en numéro 9, en numéro 10, ou à la limite dans une ligne à trois attaquants. Mais pas en 8 ou en piston…

On te décrit comme un joueur très généreux, toujours prêt à faire des efforts, voire trop, ce qui te ferait perdre en lucidité. Tu penses que c’est le registre dans lequel tu dois le plus travailler ?

Oui et non. Oui, parce qu’il faut que je retrouve cette finition qui était mon point fort tout au long de ma formation et pendant l’année avec Rodez en Ligue 2. Et non, parce que j’aime jouer. Je ne me définis pas comme un pur numéro 9 qui reste dans la surface, attend les ballons et marque peut-être 30 buts dans la saison. J’ai besoin de jouer, de venir aider mes coéquipiers. J’aime bien décrocher aussi, c’est pour ça que je pense être polyvalent, et j’aime d’autant plus faire les efforts, que ce soit défensifs ou offensifs. Ça fait partie de moi et c’est ce qui m’a permis d’en arriver là aujourd’hui.

Pourtant un pur buteur, c’est ce qui manque à Nantes ces dernières années… 

Je préfère qu’on soit à deux devant et que l’on soit à 10 buts chacun, plutôt qu’être à 20 buts et que celui d’à côté soit à zéro. C’est toujours cette notion de collectif chez moi, ça a toujours été comme ça. C’est ce qui m’a permis de monter aussi haut donc je ne vais pas changer ma façon de jouer.

Tu restes donc un joueur de surface finalement…

J’ai besoin d’y être, d’accompagner les actions, de couper au premier poteau, d’avoir des gestes de buteur. J’ai été formé tout au long de ma formation à Toulouse comme numéro 9. Donc il faut que je retrouve ce côté-là, ce plaisir d’enfoncer les gardiens et de marquer. Maintenant, si je ne dois pas marquer pendant trois mois mais que je fais cinq passes décisives pour Ganago ou un autre, ça ne me posera pas de problème.

Justement, comment se passe ce début de relation avec Ganago, avec qui tu devrais être associé dans le 4-4-2 ?

Depuis le début de la préparation, on a pour objectif de se trouver. Parfois on force un peu trop les passes entre nous deux (rires). Mais je pense que c’est ce qu’il faut pendant une préparation. Pour arriver en championnat avec quelque chose de fluide, pour se comprendre dans les déplacements et dans la surface. Il me cherche beaucoup, je le cherche beaucoup. Je sais qu’il a ce côté altruiste comme moi : s’il peut me faire marquer, il le fera, comme on l’a vu au dernier match où c’est lui qui me fait marquer. Donc oui, les automatismes commencent à se former, même avec les milieux, avec les défenseurs. Il va falloir être prêts d’ici samedi (les Canaris affrontent le Red Star à la Beaujoire pour l’ouverture de la Ligue 2, NDLR).

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Quelles ont été les consignes du coach ?

L’objectif, c’est qu’on arrive à trouver les yeux fermés. Le coach veut que je retrouve ce côté tueur : il y a des moments, même pendant la préparation, où je vais faire la passe de trop à la place de frapper.

Il t’a interdit de passer à l’entraînement ? 

Pas jusque-là ! Mais quand je rajoute une passe en trop, il vient me voir pour me dire de tirer. Mais ça fait partie de moi. C’est plus fort que moi.

Le coach sait que je vais tout donner pour le maillot, que je vais courir, que je serai toujours à 200 %. S’il faut crever sur le terrain, je crèverai sur le terrain.

Killian Corredor

Tu es un joueur reconnu pour avoir beaucoup de grinta. C’est ce que tu veux apporter à cette équipe ? 

Je pense qu’il va falloir qu’on se mette tous au diapason pour exister dans ce championnat. Qu’on ait cette grinta, qu’on gagne ensemble, qu’on fasse les efforts les uns pour les autres, qu’on gagne nos duels et qu’on enfonce toutes les équipes. On le sait, la Ligue 2 est un championnat archi dur. Si nous ne sommes pas une vraie équipe, un vrai collectif, on n’avancera pas.

En parlant de ton tempérament, dans une interview donnée à Presse Océan, ton ancien coach à Rodez, Laurent Peyrelade, a prédit que la Brigade Loire va t’adorer…  

J’avais vu l’interview, oui. Je lui ai envoyé un message après pour le remercier (rires). Le coach me connaît. Il sait que je vais tout donner pour le maillot, que je vais courir et que je serai toujours à 200 %. S’il faut crever sur le terrain, je crèverai sur le terrain. J’espère qu’ils m’apprécieront, parce que je ferai partie de l’équipe qui aura fait remonter le club et que l’on aura fait une superbe saison.

Samedi contre le Red Star, tu vas découvrir la Beaujoire, mais à huis clos.

C’est sûr que j’ai hâte de jouer à la Beaujoire et encore plus avec ses supporters. Malheureusement, il va falloir faire avec pour ce premier match. Quand on est poussés par nos supporters, c’est plus facile de se motiver, d’être présents dans les duels et dans l’intensité. Mais il va falloir tout mettre en place pour les amener avec nous. On sait qu’ils ont vécu une saison compliquée l’an dernier, qu’ils ont besoin de résultats directement. On doit retrouver leur confiance.

L’objectif de Nantes, c’est évidemment de retrouver la Ligue 1. Tu n’as connu que des clubs qui étaient des outsiders pour la montée. Comment tu gères ce nouveau statut ? 

C’est une autre pression. Mais c’est une bonne pression de ne pas cacher ses ambitions et d’être dans un club qui annonce dès le début de saison qu’il veut monter en Ligue 1. C’est ce qui est normal pour un club comme le FC Nantes. Le contraire serait difficilement compréhensible. Maintenant, il va falloir l’assumer.

Je n’ai pas souvenir d’une Ligue 2 aussi belle que cette saison.

Killian Corredor

Le recrutement a aussi misé sur des joueurs avec beaucoup d’expérience en Ligue 2 comme Wilitty Younoussa qui arrive de Rodez, ou Mathieu Cafaro, l’expert des montées en Ligue 1… 

Je pense qu’on a un bon mélange dans l’équipe : des mecs qui ont connu la Ligue 1, des mecs qui ont connu la Ligue 2 et qui savent comment vont être les matchs, la difficulté de ce championnat, et des mecs qui ont cette expérience, ce vécu. Je pense que c’est un bon mélange.

Pourtant à l’exception de Metz qui est un spécialiste, on voit que c’est compliqué de remonter directement en Ligue 1, à l’image de Saint-Étienne.

On sait comment ça se passe en Ligue 2. On est plusieurs à l’avoir connue, et on sait que si on enchaîne les victoires, qu’on commence à avoir des séries et à se remettre en confiance, on va y arriver. Aujourd’hui, je n’ai pas souvenir d’une Ligue 2 aussi belle que celle de cette saison.

Il y a de nombreux prétendants pour la montée : Saint-Étienne, Nantes, Metz, même Rodez. L’évolution de la Ligue 2, toi qui l’as connue il y a quelques années, tu en penses quoi ?

Cette saison, elle a passé un cap comme je le disais. Reims, Nantes, Saint-Étienne, Metz, Montpellier, ce sont quand même des clubs habitués à la Ligue 1. Il y a des promus de National, comme Sochaux et Dijon, qui ne sont pas non plus n’importe quels clubs. Donc il y a des équipes habituées à la Ligue 2 et aux exploits, comme Rodez, de belles équipes comme le Red Star qui vont toujours être en haut. Franchement, ça va être une très belle Ligue 2, avec des matchs très intéressants. Mais on sait que les matchs les plus compliqués, ne seront pas forcément face à ces équipes.

Tu aurais pu découvrir la Ligue 1, mais finalement tu as fait le choix de la Ligue 2. Tu préférais vivre une belle montée que connaître une saison galère en Ligue 1 ?

Exactement, je n’aurais pas mieux dit (rires) ! Je préfère essayer de connaître une montée, d’aller chatouiller le haut du tableau et viser le titre, plutôt que de jouer le maintien en Ligue 1. J’ai vécu cette sensation avec Rodez, mais je suis resté sur ma faim en échouant lors des barrages. C’était vraiment un objectif de revivre ces sensations et de remettre un club comme Nantes à sa place.

Et si Waldemar Kita vendait le FC Nantes ?

Propos recueillis par Raphaël Faurie-Pacaud, à Nantes

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