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Foot et travailleurs de nuit : tout sauf le spoil

Par Brice Bossavie
Foot et travailleurs de nuit : tout sauf le spoil

Pendant que vous regardez le match tranquillement chez vous, ils sont au travail, parfois même pour vous servir. Et essayent de ne pas connaître le score du match pour le regarder ensuite en replay. Chauffeurs VTC, livreurs de pizzas et infirmiers de nuit racontent leur calvaire.

À chaque soir de grand match, son lot d’immuables rituels. Passer à la supérette prendre des boissons, rejoindre l’appartement d’un pote, débattre pendant vingt minutes des pizzas à commander, taper dans les cacahuètes, puis rentrer chez soi une fois les émotions du match consommées. Des petits détails quasi indispensables au foot et à ses fans qui font le sel d’une soirée de Ligue des champions, mais qui ne concernent pas tout le monde. Car sur les paliers d’immeubles, à l’avant des taxis ou aux accueils des services d’urgences, nombreuses sont les personnes à ne pas avoir l’occasion de suivre le match. Oui : des gens travaillent les soirs de C1. Et ils aimeraient bien qu’on arrête de leur dévoiler le score avant qu’ils ne soient chez eux.

Trahi par ses amis

Sans surprise, les soirées foot font le chiffre d’affaires de bon nombre de services chaque semaine en France. « Les matchs de foot, c’est ce qui fait tourner les pizzerias qui livrent à domicile, confirme Valentin, livreur chez Domino’s Pizza à Lyon. Les soirs de match, on a forcément une hausse de 50% de commandes. Du coup, on marque tous les matchs sur notre planning chaque semaine. » Même constat pour les chauffeurs VTC, qui notent une hausse des demandes de courses autour des stades à la fin des matchs, ainsi que pour les coursiers à vélo type UberEats, Foodora ou Deliveroo. « Je bosse deux à trois fois par semaine pour arrondir mes fins de mois, et ça m’arrive de le faire spécifiquement les soirs de match, affirme Thomas, livreur UberEats à Strasbourg. Tu as beaucoup plus de demandes à cause des gens devant le match, donc beaucoup plus de travail. En gros, tu peux te faire bien plus d’argent que d’habitude en une seule soirée. » Parmi ces travailleurs de nuit se cachent pourtant de nombreux fans de foot. Et pour certains d’entre eux, un objectif en tête : ne pas se gâcher le suspense du résultat, de manière à le regarder en replay une fois à la maison.

Pour tenter de rester dans l’inconnu des résultats, quelques règles simples, dont un premier ennemi clairement identifié : le smartphone. En mars dernier, Thomas livre pour UberEats dans les rues de Strasbourg le soir d’OM-Lyon tout en s’enregistrant l’Olympico avant de partir de chez lui. Alors qu’il pédale à travers la ville, son téléphone se met à vibrer dans tous les sens : « Mes potes parlaient du match en direct dans une conversation de groupe Facebook et je recevais des notifications L’Équipe et RMC. Je me suis retrouvé comme un con à pédaler avec le score qui tombait sous mes yeux… » Une erreur de débutant que ses frères de galère ont bien vite domptée.

Couper son téléphone

Sandra, infirmière de nuit aux urgences de l’hôpital de Bayonne, se retrouve ainsi à couper internet sur son portable les soirs de Ligue des champions jusqu’à la fin de son service au petit matin. « Si je mets ne serait-ce qu’un pied sur Facebook ce soir-là, je sais que c’est mort pour moi. Je joue au foot en club, du coup toutes mes coéquipières vont parler du match en moins de deux » , rit-elle.

Quand il bosse en tant que chauffeur VTC les soirs de match, Halim coupe lui aussi toutes ses notifications smartphone. Son job l’empêche pourtant de faire de même pour les SMS : « C’est impossible pour moi. J’en ai besoin pour communiquer avec des clients pour savoir où ils m’attendent pour une course par exemple » , explique-t-il. Une obligation vite identifiée en tant que faiblesse par ses potes affalés dans leurs canapés le dimanche soir. « Du coup pour m’emmerder, mes copains m’envoient des textos pour me dire : « Ohlala Halim, je sais pas si tu as vu, superbe but de l’attaquant Edinson Cavani à la 52e minute du match. » C’est vraiment vache quand même. »

Sandra : « Généralement, les patients ont d’autres soucis que le foot »

Dernier ennemi, et pas des moindres pour nos chevaliers du spoil : les postes de télévision. Au service des urgences de l’hôpital de Bayonne, Sandra se retrouve ainsi à constamment faire face au problème : « C’est très compliqué pour moi parce que vu que je travaille aux urgences, il y a une télé dans la salle d’attente où les matchs sont diffusés. Du coup, si je suis assignée en tant qu’infirmière d’accueil un soir de match, c’est foutu pour moi. En plus, je me retrouve à entendre les patients râler sur leur smartphone quand l’équipe qu’ils ne supportent pas marque un but. » Un objet de malheur qui rend la tâche des livreurs à domicile encore plus rude, comme le confie Valentin, le livreur de pizzas : « Tu ne regardes surtout pas la télé en arrivant chez le client, et tu ne traînes pas trop pour ne pas entendre les commentateurs prononcer le score ou le nom des buteurs. » Autre impératif : ne pas trop parler avec le client. « Tu restes courtois tout en évitant de trop discuter. Sinon il va te parler du match, et tu n’as vraiment pas envie de ça » , ruse Thomas. Aux urgences, Sandra fait de même. « Généralement, les patients ont d’autres soucis que le foot. Mais si on se met à parler foot, je leur demande direct de ne pas me dire le score. Pareil avec mes collègues qui ont pour ordre de ne pas me parler du match. Mais bon, il y en a toujours un qui fait une gaffe » , se lamente-t-elle. Valentin résume, désarmé : « En vrai, c’est très compliqué de ne rien savoir. »

L’enfer, c’est les clients

Si ces victimes de leur vie professionnelle ont envie de croire à un monde sans spoilers, elles savent pertinemment qu’elles ne maîtrisent pas grand-chose. « Finalement, le vrai danger, ce sont les clients qui t’ouvrent la porte avec un maillot sur le dos, résume le livreur de 4 fromages. Ils ne vont jamais te dire le score du match, mais tu vas bien voir à leur sourire ou à leur tête d’enterrement quelle équipe est en train de gagner le match. » Même constat pour les chauffeurs Uber comme Halim, qui se retrouve parfois à prendre des courses à la sortie du Parc des Princes : « C’est quand ça commence à ne parler que d’arbitrage que je comprends direct que Paris a perdu le match. »

Les œillères sont-elles encore possibles dans un monde où les écrans semblent omniprésents ? Thomas de Uber Eats philosophe : « C’est dans ce genre de situation que tu te rends compte que les spoilers peuvent vraiment être partout. Même après une soirée entière de livraison, où tu as galéré pour ne pas connaître le score, où tu arrives chez toi satisfait de ne pas savoir ce qu’il s’est passé du match, tu peux te retrouver à allumer ta télévision pour voir ton replay et tomber sur L’Équipe 21 qui te met le résultat en gros sous les yeux. Ça fout la rage ! » Spoilers partout, justice nulle part.

Par Brice Bossavie

Tous propos recueillis par BB

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